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    Russie: l'opposant Boris Nemtsov abattu en plein centre de Moscou

    media L'opposant Boris Nemstov a été tué cette nuit à Moscou. REUTERS/Denis Sinyakov/Files

    Boris Nemtsov, ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine, a été tué par balle à quelques encablures du Kremlin, vendredi 27 février. Il était l'un des principaux opposants à Vladimir Poutine. La manifestation de l'opposition à laquelle il devait participer dimanche est remplacée par une marche en sa mémoire. L'assassinat a été « méticuleusement planifié », indiquent les enquêteurs. Vladimir Poutine a réagi.

    Article mis à jour avec nos correspondantes à Moscou. Cliquer pour rafraichir

    C'était à peine trois heures avant son assassinat, sur l'antenne de la radio Echos de Moscou, l'un des derniers médias indépendants de Russie. La journaliste interpelle : « Vous auriez pu être président ! Quelles sont vos ambitions politiques ? » Boris Nemtsov répond : « Arrêtez avec ces questions. Dans ma jeunesse, Eltsine a voulu faire de moi son successeur, mais il a changé d'avis et a désigné Poutine. Ça a été sa plus grande erreur. »

    L'opposant russe de

    extrait
    Sur la radio Echos de Moscou, le testament politique de Boris Nemtsov 28/02/2015 Écouter

    55 ans, père de quatre enfants, a été abattu dans la rue près du Kremlin, en plein cœur de Moscou, vendredi 27 février. Il était en train de se promener avec une jeune femme sur le Grand Pont de pierre. « Vers 23h15, une voiture s'est approchée d'eux, quelqu'un a tiré des coups de feu, dont quatre l'ont touché dans le dos, causant sa mort », a déclaré une porte-parole du ministère russe de l'Intérieur, Elena Alexeeva, à la chaîne de télévision Rossiya 24.

    Hommages à un homme «honnête» et «courageux»

    Dès la nouvelle connue, des Moscovites sont venus se recueillir à l'endroit où l'opposant a été assassiné. Notre correspondante à Moscou Muriel Pomponne, présente sur place, fait part de la grande émotion qui règne parmi ces gens de tous les âges. Certains d'entre eux ont connu l’époque du président Eltsine, lorsque Boris Nemtsov était un fringuant jeune ministre, mais il y a aussi des jeunes qui n'ont connu que l'opposant. Sous un ciel gris et bas, ils avançaient ce vendredi matin en silence sur le pont, avec des œillets, des roses, des géraniums, des bougies aussi, qu’ils venaient déposer à l’endroit même où Boris Nemtsov a été assassiné.

    Accompagné de sa femme et de sa fille, un œillet à la main, Igor Maskaiev a les larmes aux yeux. Il a travaillé avec Boris Nemtsov, quand il était gouverneur de la région de Nijni Novgorod. « C’était un homme très simple, raconte-t-il, un homme politique à l’européenne. Il partageait les valeurs démocratiques de l’Europe, le respect des lois, la lutte contre la corruption. Du coup, dans la Russie d’aujourd’hui, il s’est retrouvé un peu en marge. Mais il n’avait pas peur de parler. »

    Beaucoup d’émotion aussi chez cette dame âgée : « C’était un homme politique très courageux. Un éternel opposant de Poutine. Il n’avait pas peur de critiquer sa politique. Et moi non plus je ne suis pas d’accord. Voilà pourquoi je suis ici. » Une jeune fille dépose une bougie. « Ca fait bizarre, commente-t-elle, un meurtre au centre de Moscou… L’assassinat d’un homme politique connu… Je ne pouvais pas imaginer ça ! Et j’ai peur maintenant, j’ai peur de ce qui va se passer dans les semaines, les mois, les années à venir. Est-ce que les assassinats vont se poursuivre ? Qui sera le prochain ? »

    Certains, comme cet homme, espèrent que les choses vont bouger : « Nemtsov était une personne très honnête. J’espère que cet évènement va rendre l’opposition plus forte, et que cela va modifier le paysage politique de la Russie. »

    Ces hommes et ces femmes disent vouloir rendre hommage à un politicien qui militait pour la liberté, pour la paix, une voix dissidente qui devient de plus en plus rare en Russie actuellement. Ce dimanche, Boris Nemtsov devait participer à l'une des plus importantes manifestations organisées depuis des mois dans la capitale russe. En lieu et place de ce rendez-vous, qui a été annulé, une marche en son honneur sera observée. Les autorités ont même autorisé l'évènement.

    Des Moscovites viennent déposer des fleurs à l'endroit où Boris Nemtsov a été abattu. REUTERS/Sergei Karpukhin

    Un opposant invétéré, très véhément sur l'Ukraine

    Boris Nemtsov était avant tout un homme politique charismatique et téméraire, rappelle Veronika Dorman, également correspondante de RFI à Moscou. Mais surtout, parmi les leaders de l’opposition, il était le seul à avoir réellement pratiqué le pouvoir. Il avait été vice-Premier ministre et ministre de l'Energie sous la présidence de Boris Eltsine dans les années 1990, et aussi gouverneur de la grande ville de Nijni Novgorod. Au sein de l’opposition, ce n’est pas pour lui que la majorité aurait voté si elle en avait eu l’occasion, mais il faisait partie des infatigables critiques de Vladimir Poutine.

    En disgrâce depuis l'arrivée au pouvoir de ce dernier, Boris Nemtsov avait créé un parti d'opposition, l'Union des forces de droite, disparu en 2008. Ces dernières années, il était co-président du parti d’opposition Parnas (Parti de la liberté du peuple). Il était aussi l'un des leaders du mouvement Solidarnost, avec l'ancien champion du monde d'échecs Gary Kasparov. Il dénonçait notamment la corruption et le coût faramineux des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi. Et ces dernières semaines, il protestait aussi et surtout contre la déstabilisation de l'Ukraine par la Russie.

    C'était d'ailleurs l'objet de son passage radio du jour, ce vendredi peu avant sa mort : appeler les auditeurs à manifester dimanche contre la guerre en Ukraine. A l'antenne, avant de s'épancher sur ce qu'aurait pu être son destin si Boris Eltsine en avait décidé autrement, Boris Nemtsov avait expliqué que la marche de dimanche visait « l'arrêt immédiat de la guerre avec l'Ukraine ». Il demandait que « Vladimir Poutine cesse son agression », la grave crise économique russe actuelle étant d'ailleurs liée à ce conflit à ses yeux.

    Boris Nemtsov était une figure incontournable de l'opposition, co-président du Parti de la liberté du peuple et leader du mouvement Solidarnost. REUTERS/Mikhail Voskresensky/Files

    Porochenko ne croit pas au hasard

    Dans sa dernière interview, Boris Nemtsov avait par ailleurs évoqué le sort de la députée et pilote militaire ukrainienne Nadia Savtchenko, en grève de la faim depuis plus de deux mois pour protester contre sa détention en Russie : « Le niveau de sadisme et de cruauté envers Nadia dépasse toutes les bornes, avait-il dit. Elle est le symbole de la résistance de l'Ukraine. Si jamais, Dieu nous en préserve, il lui arrivait malheur, il n'y aura que Poutine qui sera maudit, mais on rejettera la faute sur les Russes, ce que je ne voudrais pas. »

    Et de développer : « Peut-on exercer des pressions sur Poutine le sadique ? Ma réponse est oui. Mais il faut, dans ce cas, qu'un million de personnes sortent dans la rue. Si cela ne dépendait que de moi, si j'étais président de Russie, je ne l'aurais tout simplement pas emprisonnée. Et si j'étais président de l'Ukraine, je lui aurais demandé d'arrêter sa grève de la faim. »

    Immédiatement après l'assassinat, une autre figure de l'opposition, Ksenia Sobchak, a affirmé que feu l'ancien ministre était en train de travailler sur un rapport attestant de la présence de forces armées russes en Ukraine, un fait toujours démenti par le Kremlin malgré l'accumulation des évidences. Alors, le lien entre le meurtre de ce vendredi à Moscou et la situation en Ukraine, le président ukrainien lui-même l'établit sans équivoque. Petro Porochenko a en effet écrit sur Facebook : « Il était un pont entre l'Ukraine et la Russie, et ce pont a été détruit par les coups de feu d'un assassin. Je pense que ce n'est pas par hasard. »

    Sur les lieux de l'assassinat, l'ancien Premier ministre Mikhail Kasyanov, autre leader de l'opposition, a rendu hommage à Boris Nemtsov. REUTERS/Maxim Shemetov

    Le président Poutine évoque la piste d'un contrat

    L'assassinat de Boris Nemtsov a été « méticuleusement planifié », indiquent les enquêteurs russes. Selon l'agence de presse Tass, le président Vladimir Poutine a déclaré que ce meurtre avait l'apparence d'un contrat, et qu'il avait « tout d'une provocation ». Le numéro 1 russe assure qu'il supervisera personnellement l'enquête.

    Même si c’est la première qui vient à l’esprit, la thèse d’un meurtre commandité par le Kremlin pourrait bien être la moins vraisemblable. S’il publiait des rapports dénonçant la corruption du régime, Boris Nemtsov ne représentait en effet pas de réel danger pour le président russe, tant le système est vissé et l’opposition impuissante. En revanche, la responsabilité de M. Poutine est surtout d’avoir créé un climat de haine dans le pays. En désignant l’opposition comme une cinquième colonne et les opposants comme des national-traitres à neutraliser, Vladimir Poutine a donné une sorte de feu vert aux esprits dérangés.

    Le président français François Hollande a dénoncé samedi « l'odieux assassinat » d'un « défenseur courageux et inlassable de la démocratie ». De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel s'est dit « consternée » par un « meurtre lâche ». La Maison Blanche parle d'un « meurtre brutal » et appelle « le gouvernement russe à rapidement mener une enquête impartiale et transparente ». « C'est une terrible tragédie pour tout le pays », a pour sa part réagi l'ancien ministre des Finances de Vladimir Poutine, Alexeï Koudrine.

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