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    Russie: qui a assassiné Boris Nemtsov?

    media Une rose soutient l'effigie de Boris Nemtsov, à l'endroit où l'opposant russe a été abattu, dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 février 2015. Muriel Pomponne / RFI

    L'opposant russe Boris Nemtsov, ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine, a été assassiné à Moscou dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 février, à quelques pas du Kremlin. Il critiquait vivement le président russe Vladimir Poutine et l'implication de la Russie dans le conflit ukrainien. Depuis, les réactions atterrées se multiplient de toutes parts. 

    Les réactions de l'opposition et celles des proches du pouvoir sont diamétralement opposées, rapporte notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne

    Pour les proches du pouvoir, l'assassinat de Boris Nemtsov, opposant notoire de Vladimir Poutine, en plein Moscou, fait partie d'un complot destiné à discréditer la Russie et ses dirigeants. D'après son porte-parole, le président Poutine lui-même a déclaré que « cet assassinat brutal portait les marques d'un meurtre commandité et avait tout d'une provocation ». Ce meurtre vise à la « déstabilisation du pays », déclare un député pro-Kremlin, tandis qu'un vice-speaker de la Douma parle d'« un meurtre rituel » qui sera utilisé contre la Russie par l'opposition et le monde occidental, qui ne se satisfait plus du « cauchemar sanglant de l'Ukraine », mais est « prêt à tuer en Russie ». Le président tchétchène Ramzan Kadyrov accuse directement les services spéciaux occidentaux et ukrainiens.

    Face à cette hystérie complotiste, les opposants attirent l'attention sur « le climat de haine et de violence créé par le régime ». Ce meurtre vise à « créer l'effroi chez tous ceux qui ne sont d accord avec le régime », déclare l'un d'eux. L'opposant Garry Kasparov, dénonce « la dictature de Poutine, sa propagande permanente sur les ennemis de l'Etat », tandis que Leonid Gozman estime que cet assassinat est « le deuxième acte du drame qui a commencé quand Poutine a parlé de la 5e colonne ou des nationaux traîtres ». « Ils ont semé le vent, nous allons tous ensemble récolter la tempête », ajoute-t-il.

    Poutine promet que tout sera fait pour châtier les coupables

    Le pouvoir a réagi rapidement, disant que la lumière serait faite sur ce meurtre. L'enquête a déjà commencé et selon le comité qui la dirige, les premiers éléments disponibles prouvent qu’il s’agirait d’un meurtre soigneusement planifié, que la victime a été suivie avant d’être abattue.

    Pour Vladimir Poutine, cet assassinat brutal porte les marques d’un meurtre commandité et a tout d’une « provocation ». Le président russe a promis que « tout sera fait pour que les organisateurs de ce meurtre soient châtiés ». Son porte-parole Dmitri Peskov ajoute que l’opposant « ne représentait aucun danger politique et que si on le compare avec la popularité du président, Boris Nemtsov était juste un peu plus qu’un simple citoyen ».

    Inquiétude de HRW sur l'impartialité de l'enquête

    « Il y a eu toute une série de meurtres ces dernières années, à commencer par celui de l'avocat Stanislav Markelov  en 2009, celui d'Anna Politkovskaia bien sür en 2006, de la militante des droits de l'homme Natacha Estemirova en 2009 également. Toute une série de cas et aucun n’a été élucidé de manière satisfaisante. Nous sommes très inquiets quant au fait que l'enquête du gouvernement soit vraiment impartiale et prennent en compte tous les aspects de l'affaire, y compris les activités politiques de Nemtsov, estime Rachel Denber, responsable Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. Je dois dire que j'ai été très surprise d'entendre le porte-parole de Vladimir Poutine déclarer hier que le meurtre de Boris Nemtsov portait la marque d'une "provocation" - il entend bien sûr par là provocation contre l'Etat. Il essaie de dire que non seulement le gouvernement n'est pas responsable, mais qu'il est une victime dans cette affaire. C'est très étonnant qu'un porte-parole du chef de l'Etat intervienne aussi rapidement dans l'enquête pour dire que ce meurtre a été commis pour causer du tort au gouvernement russe ». 

    Le Kremlin «n'avait aucun intérêt à tuer Nemtsov», selon le chercheur Pierre Lorrain

    Le spécialiste de la Russie Pierre Lorrain, chercheur à l'Institut d'histoire sociale, estime qu'il est peu probable que le Kremlin soit derrière cet assassinat : « La situation en Russie est telle que lorsque quelqu'un dérange, pour des motifs quelconques, qu'ils soient politiques, de vengeance ou autre, parfois, il est beaucoup plus rentable de le liquider que de continuer à la supporter. Mais ça, ce n'est pas forcément le gouvernement ou le Kremlin qui agit. Ce sont différents groupes d'intérêts particulièrement violents.

    Là, ce qui me surprend, c'est que le Kremlin, le gouvernement russe n'avait aucun intérêt à tuer Nemtsov dans ces conditions, à la veille d'une grande manifestation. C'est vraiment très surprenant, simplement parce que la portée de la manifestation va être amplifiée par le meurtre de Nemtsov. Si on voulait éviter que la manifestation ait lieu, ce n'est pas comme ça que l'on s'y prendrait. Donc il n'y a pas aujourd'hui de raison réelle pour que Nemtov ait été tué par la volonté du gouvernement », souligne Pierre Lorrain.

    Selon la presse, Boris Nemtsov craignait pour sa sécurité, car il travaillait actuellement à un rapport sur la présence des forces russes en Ukraine. « C'était un homme qui n'avait pas peur de critiquer Vladimir Poutine, explique pour sa part sur RFI Zoïa Svetova, journaliste et militante des droits de l'homme. « Son assassinat représente une nouvelle étape dans l'histoire de la Russie actuelle. Il était menacé. Son avocat avait dit hier qu'il recevait des menaces sur les réseaux sociaux. Il avait publié plusieurs rapports sur les sujets les plus sensibles pour le pouvoir de Poutine », ajoute Zoïa Svetova.

    Une marche organisée dimanche à Moscou en hommage à Boris Nemtsov

    Après l'assassinat de Boris Nemtsov, l'opposition a annulé la manifestation contre la crise prévue ce dimanche. A la place, il y aura une marche en hommage à l'opposant assassiné. En effet, le défilé contre la crise avait été relégué par les autorités en grande banlieue de Moscou.

    Dans sa dernière interview, Boris Nemtsov invitait ces concitoyens à s'y rendre pour protester contre l'« agression de Vladimir Poutine » en Ukraine. Il exprimait là un point de vue minoritaire y compris dans l'opposition. De tout cela, il n'est plus question aujourd'hui. La manifestation anti-crise, dont il devait prendre la tête, se transforme en marche en hommage à Boris Nemtsov. 

    La marche aura lieu au centre de Moscou pour se terminer sur le pont où Boris Nemtsov a été assassiné, face au Kremlin. Sans aucun doute, il y aura plus de monde que pour la manifestation initialement prévue. Ainsi le parti libéral Iabloko qui s'était désolidarisé du mouvement, participera à l'hommage à Boris Nemtsov.

    La chaîne de télévision russe NTV, critiquée par ses prises de position jugées partisanes, a annulé l'émission qu'elle voulait consacrer à Boris Nemtsov. Un répit dans la campagne de dénigrement systématique des opposants, dénoncés comme des traîtres il y a encore quelques jours, lors de la manifestation anti-Maïdan organisée par des proches du pouvoir. 

    La piste islamiste est vraiment quelque chose qui est lancé pour les médias occidentaux, pour attirer leur attention. Mais la piste ukrainienne est quelque chose de beaucoup plus sérieux, dans la mesure où la question de l'Ukraine est au centre du message de l'opposition politique aujourd'hui en Russie. Et la marche qui devait avoir lieu demain avait, en grande partie, des slogans liés à la crise ukrainienne.
    Quelles pistes pour l'assassinat de Nemtsov? Anna Colin Lebedev, sociologue, experte de la Russie post-soviétique 28/02/2015 - par Philippe Lecaplain Écouter

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