GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 5 Décembre
Mardi 6 Décembre
Mercredi 7 Décembre
Jeudi 8 Décembre
Aujourd'hui
Samedi 10 Décembre
Dimanche 11 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Europe

    La Crimée, un an après l'annexion: quel bilan?

    media Le président russe Vladimir Poutine s'adresse à la foule lors d'un rassemblement visant à marquer le premier anniversaire de l'annexion de la Crimée, le 18 mars 2015, à Moscou. REUTERS/Maxim Shipenkov/Pool

    Il y a un an, le parlement russe votait l’intégration de la Crimée à la fédération de Russie. C’était la fin d’un processus qui avait commencé le 27 février avec la prise du Parlement et du siège du gouvernement de Crimée par des hommes armées. Le 16 mars, 97 % des électeurs approuvent par référendum le rattachement à la Russie. Un an plus tard quel est le bilan de cette annexion pour la Russie ?

    De notre correspondante à Moscou

    Le 16 mars 2014, ils étaient 97 % d’électeurs en faveur du rattachement de la Crimée à la Russie. Un an plus tard, force est de constater que cette décision est toujours aussi populaire. Une grande majorité des habitants de Crimée et des Russes approuvent ce que l’on appelle là-bas le retour de la Crimée dans la « mère patrie ». Quelques intellectuels, mais ils sont peu nombreux, désapprouvent la méthode. C’est le cas de l’opposant Alexeï Navalny. C’était le cas aussi de Boris Nemtsov. Mais tous les analystes sont d’accord pour dire que la Crimée est redevenue russe pour longtemps.

    Ce rattachement a fait monter en flèche la cote de popularité de Vladimir Poutine. Et ses récentes révélations sur le fait qu’il avait pris lui-même la décision d’organiser cette annexion, ne peuvent que conforter son image. Les cérémonies organisées en ce moment, de même que le documentaire tout à sa gloire diffusé dimanche, entretiennent la popularité du président russe. Même quand il dit, dans ce documentaire, qu’il était prêt à mettre en alerte le dispositif nucléaire pour la Crimée, c'est accepté par les Russes.

    Pas de hausse du niveau de vie

    Les habitants de Crimée attendaient du rattachement à la Russie une amélioration de leur condition de vie. Il est vrai que la Crimée est une région très pauvre. Et les salaires et les pensions sont plus élevés en Russie qu’en Ukraine. Le problème, c’est que la crise économique est arrivée, que la Crimée s’est retrouvée sous sanction et que l’acheminement des denrées en provenance de Russie revient beaucoup plus cher qu’en provenance d’Ukraine car il n’y a pas de continuité territoriale. Autant de facteurs qui ont provoqué une forte inflation.

    Pour les Criméens, le niveau de vie n’a donc pas augmenté, et pour les entrepreneurs, la situation est difficile à cause des sanctions. Il faut ajouter à ça une chute du tourisme, notamment parce que les Ukrainiens ne viennent plus, car il n’y a plus de liaisons ferroviaires internationales avec la Crimée et que seuls les avions des compagnies aériennes russes y atterrissent.

    Mais tout de même, une majorité de gens ne regrettent pas le rattachement à la Russie. Et surtout, tous disent : « Il n’y a pas la guerre ! » Les images en provenance du Donbass, la présence de réfugiés ukrainiens, cela leur fait peur, et les amène à penser qu’ils ont échappé au pire.

    Les Tatares sous surveillance

    Il y a en Crimée une minorité tatare qui représente environ 12 % de la population. Ce sont des musulmans qui étaient en Crimée avant l’arrivée des Russes. Staline les avait déportés en Asie centrale. Depuis 20 ans, ils sont autorisés à revenir mais ils se méfient des Russes. Leurs leaders s’étaient opposés à l’annexion par la Russie.

    Et si certaines personnalités tatares acceptent de travailler avec les autorités russes, leurs leaders traditionnels sont interdits de séjour en Crimée. Cette communauté est particulièrement surveillée avec un contrôle sur les écoles coraniques et les mosquées. Le dernier rapport de Human Rights Watch évoque des arrestations arbitraires et des disparitions de personnalités tarares.

    Mais on voit maintenant apparaître des mouvements salafistes avec des tendances intégristes notamment chez les jeunes. Le chercheur Alexeï Malachenko, spécialiste du Caucase, rappelle que les Tatars de Crimée ont toujours soutenu les indépendantistes tchétchènes, et que, à l’époque de la guerre en Tchétchénie, des combattants tchétchènes se faisaient soigner en Crimée. Ces liens existent toujours.

    Moscou a aussi envoyé en Crimée des émissaires du Tatarstan russe, pour amadouer les Tatares de Crimée, mais pour l’instant cette médiation n’a pas abouti. A noter également la déclaration du président turc Recep Tayyip Erdogan : même si son pays a de bonnes relations avec la Russie, il a souligné que la Turquie se portait garante du destin des Tatares de Crimée.

    La Crimée, un atout stratégique

    Moscou se sert de la Crimée comme de l’enclave de Kaliningrad située entre les pays baltes et la Pologne. Ces régions situées à l’ouest de la Russie sont des têtes de pont destinées à effectuer des démonstrations de force à destination de l’occident. Moscou a déjà déployé des armes nucléaires tactiques à Kaliningrad. Elle n’exclut pas de faire de même en Crimée. Mais cela dit, la flotte russe est en piteux état, et les parades navales à Sébastopol peinent à masquer la réalité.

    Sans doute la Russie a-t-elle la volonté de moderniser son armée et de faire de la Crimée une base stratégique importante, mais en a-t-elle les moyens ? C’est toute la question.

    Un fardeau pour le budget russe

    Difficile de savoir combien a coûté l’annexion de la Crimée à la Russie. Mais en tout cas, la Crimée est une région pauvre, sans eau, avec peu de ressources, dépendante à 80 % de l’Ukraine pour son énergie. Elle ne rapporte donc rien à la Russie, mais elle coûte cher.

    D’après le journal russe RBK, 85 % du budget de la Crimée est financé par Moscou. C’est à peu près pareil pour la Tchétchénie. Et cela sans parler des investissements dans les infrastructures comme par exemple le pont de Kertch qui devrait relier la Crimée à la Russie pour, selon les experts, environ quatre milliards d’euros. Une somme faramineuse surtout pour une Russie en crise entrée en récession, et qui finance déjà d’autres territoires.

    Cela rend l’avenir de la Crimée incertain. Pour en faire un pôle touristique attractif, tout est à construire. Même pour en faire une vaste caserne, il faut de l’argent. D’après certains experts, Vladimir Poutine s’est lancé dans l’aventure de la Crimée sans en évaluer le coût économique. Et pour l’instant, la priorité est toujours donnée à l’ambition politique et géopolitique du dirigeant russe sans considération des conséquences économiques. Poutine est persuadé, et certains membres du gouvernement l’ont déjà dit, que les Russes sont prêts à souffrir, à supporter les difficultés économiques, pour soutenir la politique extérieure de leur président.

    Moscou célèbre l'annexion de la Crimée 18/03/2015 - par RFI Écouter


    La ferveur l’emporte sur les considérations économiques

    Avec notre envoyé spécial à Simféropol,  Etienne Bouche

    Les habitants sont arrivés sur la place centrale de Simféropol en fin d’après-midi. Ce mercredi était un jour férié. Et il avait beau faire très frais pour la saison, les gens sont venus en nombre, toutes générations confondues.

    Le marché de la rue Gorki était animé, on y vendait des produits traditionnels, des drapeaux et des effets patriotiques. Sur scène, les ensembles musicaux se sont succédé, chansons patriotiques et danses folkloriques. Les slogans étaient repris dans une ambiance bon enfant.

    On célébrait le retour de la Crimée en Russie. Son appartenance à l’Ukraine est ici unanimement considérée comme une parenthèse, une erreur historique. Le discours de Vladimir Poutine a été retransmis et très applaudi.

    Ce soir, pas question de parler des problèmes que traverse la Crimée, les problèmes économiques notamment. Les gens répètent que tout ira en s’améliorant et, dans les discours, la ferveur l’emporte. Un retour au sein de l’Ukraine est jugé inimaginable alors que les Etats-Unis et l’Union européenne ont récemment rappelé leur ferme opposition à l’annexion de la péninsule par Moscou.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.