Finlande : gros coup de chaud au pays du grand froid - Europe - RFI

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Finlande : gros coup de chaud au pays du grand froid

media Jouni Aikio et son épouse Marianne, deux authentiques Sámis, respecteux de la nature et attachés à leurs traditions. Christophe Carmarans / RFI

La Finlande, pays qui possède l’agriculture la plus septentrionale de la planète, est en première ligne pour les changements climatiques avec une température qui augmente deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Premiers touchés : les éleveurs de rennes. Nous sommes allés à leur rencontre en Laponie.

Un paysage de conte de fée. Des rennes en liberté, là, sous nos yeux, qui broutent sur le bord de la route, un quart d’heure à peine après que nous avons quitté le petit aéroport d’Ivalo où ne se posent guère que deux vols par jour. Et puis un lac gelé, immense. Du blanc à perte de vue, délimité au loin par les conifères et les bouleaux de la forêt. Sur le lac, seulement deux silhouettes humaines et celles, virevoltantes, de deux chiens tout fous qui leur courent tout autour en aboyant sans cesse.

Qui pourrait imaginer que c’est là, sur ce lac d’Inari, en Laponie finlandaise, bien au-delà du cercle polaire, à 330 km au nord de Rovaniemi, la « ville du Père Noël », que le réchauffement climatique se fait le plus sentir parmi les régions habitées ? « Il y a 25 ans, j’arrêtais de pêcher sur le lac fin octobre,  à cause de la glace. Mais il y a deux ans, je pêchais encore le 5 décembre ! »  Lui, c’est Jouni Aikio. Tout le monde le connaît à Inari. Et pas seulement parce qu’il a eu sept enfants, toutes des filles.

Yeux plissés, regard intense, un visage à la Harvey Keitel barré d’une épaisse moustache brune et coiffé d’une chapka en poils, ce mardi d’avril, Jouni est de nouveau à la pêche avec sa femme Marianne et les deux chiens. Mais c’est de la pêche hivernale, sur plus d’1 mètre d’épaisseur de glace. Muni d’un vilebrequin aussi haut que lui, Jouni a fait un trou dans la glace et il va attendre que ça morde en discutant avec nous.

Ombles chevaliers, perches, corégones, attraper l’un de ces poissons d’eau froide qui remplissent bien les assiettes, c’est son but de la journée. Comme tous les Sámis - ne les appelez pas Lapons, ça les énerve – Jouni et Marianne ont pour philosophie de prendre ce que la nature leur donne. Rien de plus. On a surnommé les Sámis, « les Indiens de l’Europe ». Remplacez le bison par le renne comme principal moyen de subsistance et la comparaison se tient.

Ça chauffe pour les rennes

Jouni Angeli devant son réfrigérateur rempli de viande de renne prête à la vente et à la consommation. Christophe Carmarans / RFI

Autrefois nomades, comme les Indiens, les Sámis se sont sédentarisés. Et ils sont donc à présent aux premières loges pour témoigner du réchauffement climatique. Alors que la hausse de température constatée depuis un siècle est de + 0,8 degré à l’échelle de la planète, elle est pratiquement du double - + 1,5 degré - en Finlande. Et plus on monte vers le Nord, pire c’est. « J’ai remarqué que la neige fondait beaucoup plus vite et plus en avance qu’autrefois », poursuit Jouni.  « Il y a plus de vent aussi. Et ça change encore plus, de nos jours. Ça n’affecte pas notre identité en tant que Sámis mais ca change nos méthodes de travail ».

De l’autre côté de la ville, un autre Jouni, Jouni Angeli, acquiesce. Contrairement à son homonyme et son épouse qui exercent divers métiers, Jouni Angeli est dans le renne à cent pour cent avec sa femme. Cet affable et replet paysan aux yeux clairs et au verbe rare est en prise directe avec le problème. Pour le moment, ce sont en effet les rennes qui font le plus les frais des caprices de la météo. La raison ? Le lichen, leur nourriture principale, pour ne pas dire exclusive. Les pluies verglaçantes, de plus en plus fréquentes, forment, quand elles surviennent, une croûte de glace qui emprisonne le lichen. Cela empêche du même coup les rennes de creuser avec leurs sabots dans le manteau neigeux, comme ils en ont l’habitude, afin de brouter leur met préféré, qui met dix ans à repousser, une fois arraché. 

A cause du réchauffement, dix-neuf espèces de lichens et les deux tiers des mousses sont d'ailleurs menacées. L’une d’entre elles, l’Arctoa Hyperborea, a même déjà disparu. Conséquence de cette difficulté nouvelle pour les rennes à trouver du lichen : Jouni, qui élève les siens en semi-liberté, doit les alimenter en fourrage ou en granulé, comme c’est le cas lors de notre visite. Une fois nourris dans un enclos, les cervidés, un peu craintifs, décampent au petit trot pour retrouver la forêt avoisinante. 

« Ce qui va certainement se produire, c’est que l’on va tendre vers un élevage de plus en plus domestique et vers une domestication non plus partielle, mais totale, des rennes » craint Stéphanie Lefrère, notre traductrice, qui est également titulaire d’un doctorat sur le comportement des rennes en Laponie. Du statut de semi-sauvage mangeur de lichen, le renne va-t-il passer à celui d’animal domestique nourri au foin et aux granulés ? On n’en n’est pas encore là mais c’est l’un des enjeux, ici.

Prof de maths éleveuse de rennes

« On ne demande pas à un éleveur de combien il possède de rennes » avertit Onti Jaäskö. Christophe Carmarans / RFI

« C’est une question très impolie de demander à un Sámi combien de rennes il possède. C’est comme si je vous demandais combien vous gagnez par mois ou combien vous avez d’argent sur votre compte en banque ». On ne voulait pas la vexer, Onti Jääskö, mais notre première question, un peu convenue il est vrai, ne lui pas trop plu. Cette petite femme aux airs de maîtresse d’école a bien le look de son emploi derrière ses fines lunettes à montures noires.

Enseignante à temps complet au Saamelaisalueen koulutuskeskus, autrement dit - vous l’aviez compris - à l’Institut d’éducation sámi d’Inari (la langue finnoise ne dévoile pas ses mystères au premier coup d’œil et encore moins la langue sámi), Onti dispense des cours de maths et initie surtout les stagiaires à l’élevage des rennes dans cet établissement assez unique en son genre, nous y reviendrons un peu plus loin. Comme Jouni et Jouni, Onti est catégorique sur l’ampleur du réchauffement lors de ce dernier quart de siècle.

« Les saisons ont beaucoup changé », dit-elle. « L’hiver dure moins longtemps, l’été arrive plus tôt et les changements de temps durant l’été sont beaucoup plus importants que par le passé ». « En fait, poursuit-elle, il  y a une amplification des changements. Et ces changements climatiques se voient réellement : les étés peuvent être tantôt froids et humides, et tantôt chauds et très secs. Ce sont des changements qui n’avaient pas lieu quand j’étais enfant ou même adolescente. Il pleut aussi plus fréquemment en automne. Et les sols sont plus chauds ».

En tant que spécialiste et elle-même éleveuse, Onti est la mieux placée pour mesurer les conséquences de ces variations du climat sur l’élevage du renne. « La principale conséquence c’est que nous sommes obligés de nourrir les rennes en hiver », confirme-t-elle. « C’est très difficile et cela revient aussi très cher, à la longue, de nourrir toute une population de rennes en hiver, d’autant plus que nous n’avons pas du tout d’agriculture dans notre région tout au nord. Il faut donc acheter le foin pour les rennes et aussi des granulés ». Outre une incidence sur les prix par tête de bétail, ce changement a une répercussion sur le goût de la viande. Du renne nourri au granulé l'hiver, cela n’a pas le même goût que du renne nourri exclusivement au lichen, tous les puristes vous le diront.

Toutefois, comme il n’est pas dans la nature des Sámis de sombrer dans le pessimisme. Onti n’embouche pas les trompettes de l’alarmisme, ça n’est pas son genre. Après avoir précisé que le réchauffement climatique n’était pas la seule menace pour l’élevage des cervidés – « il y a d’autres problèmes comme la sylviculture, la surexploitation des pâturages, la pollution et l’extraction minière » - elle est persuadée que les prochaines générations sauront faire face. Et elle les y prépare à l’Institut, sur un cursus qui dure trois ans. « L’élevage du renne, conclut-elle, a toujours connu des changements, au fil du temps et des saisons. Il faudra que les prochaines générations s’adaptent aux changements climatiques ». Dit ainsi, cela paraît simple. 

« À Bruxelles, ils nous comprennent mieux qu’à Helsinki »

Liisa Holmberg, fervente avocate de la cause des Sámis dont le territoire s'étend de la Norvège à la Russie. Christophe Carmarans / RFI

Visage rond et jovial, pommettes saillantes, nez court et retroussé, yeux bleus et cheveux blonds coupés court, Liisa Holmberg répond trait pour trait à l’image que l’on se fait d’une Finlandaise, vue de France. Mais elle est d’abord et avant tout une Sámi. C’est elle qui dirige cet Institut sámi d’Inari. Créé en 1979, il accueille tous ceux qui veulent venir apprendre la culture sámi dans toutes ses expressions. D’abord la langue, bien entendu, un dialecte difficile qui compte neuf cas (le latin n’en a que six) et emploie 400 mots pour désigner les rennes, 300 pour décrire la neige.  

Mais on y enseigne également tout ce qui a trait aux rennes ainsi que l’artisanat (vêtements, ustensiles, décoration, bijoux) de cette culture dont on trouve les premières traces onze siècles avant Jésus Christ, sur un périmètre allant de l’actuel oblast de Mourmansk en Russie jusqu’au nord-ouest de la Norvège. Sous ses airs aimables, Liisa ne plaisante pas avec la défense de sa culture. « Pour nous autres Sámis, il y a trois choses essentielles et importantes dans la vie : la nature, la famille et les rennes. Si l’un des trois manque, notre équilibre est perturbé », prétend-elle. 

Si Liisa n’est pas plus déraisonnablement inquiète pour l’avenir que ne l’était Onti (la prof de maths éleveuse de rennes), elle est fermement décidée à se battre pour la sauvegarde de la culture des Sámis. Ils sont encore au moins 100 000 à habiter les régions circumpolaires de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la Russie. « Malheureusement, nous vivons dans une région riche », poursuit madame la rehtori (directrice en sámi), contente de souligner le paradoxe. « Beaucoup de sociétés minières veulent venir ici pour prospecter et faire de l’extraction de minerai ». 

La plus grande mine d’or d’Europe se trouve en effet à Kittilä, à 200 km au sud d’Inari. Mais le sous-sol de la Laponie recèle également du diamant, du fer et du nickel.  « L’industrie minière a des conséquences à la fois sur l’élevage du renne et sur la pêche. Cela diminue l’utilisation possible de nos ressources » assure-t-elle.  Déterminée, Liisa regrette que la Finlande n’ait pas imité la Norvège, un voisin plus compréhensif qui a ratifié la Convention ILO 169 de l’Organisation Internationale du Travail relative aux peuples indigènes et tribaux. 

En Norvège, où cette loi ILO a été adoptée dès 1990, l’Etat, les Sámis et les municipalités décident ensemble. Pas en Finlande. En Norvège par exemple, la langue sámi est enseignée dans tout le pays alors qu’en Finlande elle est enseignée exclusivement en territoire sámi. Pour dire les choses franchement, Liisa a la nette impression qu’Helsinki fait la sourde oreille dès qu’il s’agit des Sámis. 

« A Bruxelles (siège des institutions de l’Union Européenne ndlr), ils nous comprennent mieux qu’à Helsinki » résume-telle, dans une formule choc. « Helsinki, poursuit-elle, a peur que si Bruxelles nous octroie des droits, nous revendiquions des terres et poussions les Finlandais dehors ». Au vu des enjeux économiques que fait miroiter la richesse du sous-sol de Laponie, on comprend que tout le monde soit un peu tendu sur le sujet.

Avant de nous laisser partir, Liisa se lance dans un plaidoyer pour la cause sámi.  C’est à la fois solennel et convaincant : « Nous sommes en contact avec les peuples du nord de la Russie, du Canada, de l’Alaska. Nous avons une culture forte et un très bon système éducatif. Nous avons plus de choses à apporter au monde qu’à lui prendre ».

« Nous avons, continue-t-elle, un très grand savoir à partagertoutes nos connaissances et notre savoir-faire en matière d’élevage de renne mais aussi dans bien d’autres domaines comme la fabrication de la viande, le travail des peaux, du cuir ou encore dans la lutte contre les moustiques (une plaie locale lors des interminables jours d’été ndlr». Elle aurait pu ajouter un art de vivre en harmonie avec la nature qui n’a pas d’équivalent en Europe. D’ailleurs, en quittant Inari, on se dit qu’on y reviendra un jour pour le plaisir, tant la région est magnifique.

Les oies arctiques de Leppäsuo

Les climatologues comme Mikael Hilden ont du encore mal à évaluer l'ampleur de la hausse des températures. Christophe Carmarans / RFI

Changement de climat à Helsinki, 1135 km plus au sud, Helsinki où la neige a déjà complètement fondu depuis plus de deux semaines en ce début avril. C’est une incongruité qui, ici, est en train de devenir lentement une tradition, réchauffement oblige. La capitale de la Finlande, 600 000 âmes à peine, n’est pas dépourvue de charme avec ses influences architecturales russes et scandinaves, saupoudrées d’un peu d’Art nouveau et de constructivisme, sa façade portuaire sur la Baltique, ses grandes avenues rectilignes, sa circulation automobile clairsemée et ses tramways désuets.

Dans le paisible quartier de Leppäsuo, où nous accueille Mikael Hilden, professeur à l’Institut finlandais de l’environnement et candidat au titre de sosie finlandais du directeur de Libération Laurent Joffrin, deux oies arctiques se pavanent, tranquilles, au bord de l’eau. « En cette saison, elles n’auraient rien à faire ici normalement.  Mais tout est en train de changer », glisse le climatologue, résigné.

Chiffres à l’appui, Mikael confirme cette donnée de départ qui nous avait interpellés : oui, le réchauffement climatique a crû deux fois plus vite au-dessus du 60parallèle que dans le reste du monde, ces vingt-cinq dernières années. « Nous observons que nous sommes toujours sur un rythme d’augmentation plus élevé que la moyenne mondialeEt comme notre pays fait plus de 1 000 km de long, nous voyons bien que cela augmente plus vite dans le Nord que dans le Sud du pays », corrobore-t-il.

« On a des preuves tangibles, chiffrées, dans pratiquement tous les aspects de l’environnement finlandais, y compris au niveau de la forêt » poursuit le scientifique helsinkien. « Nos statistiques prouvent qu’il y a un changement dans la saisonnalité. Les lacs par exemple (il y en a 188 000 en Finlande ndlr) dégèlent en moyenne deux semaines plus tôt qu’auparavant, en fonction de la région où l’on se situe. On constate aussi que les oiseaux migrateurs arrivent plus tôt, que les plantes et les fleurs poussent plus tôt aussi ». A ce rythme-là, à quoi doit-on s’attendre ? Les climatologues eux-mêmes ne veulent pas trop s’avancer.

Des oies arctiques à Helsinki au début avril, une preuve supplémentaire du réchauffement climatique. Christophe Carmarans / RFI

« Les projections jusqu’en 2 100 sont extrêmement variées. La projection la plus basse se situe autour d’une augmentation de 2 degrés mais d’autres projections font état d’une augmentation de l’ordre de 6 à 7 degrés en moyenne  », avance Mikael Hilden. Un tel cas de figure signifierait que le climat de la Finlande deviendrait similaire à celui de l’Europe centrale.  « C’est très difficile d’évaluer les conséquences d’une telle hausse de façon précise » s’excuse-t-il.

« La toundra reculerait bien plus au nord, propose-t-il, ce qui aurait évidemment un effet sur les végétaux et les animaux qui seraient obligés de migrer encore plus au nord voire, pour certains, de s’éteindre faute d’un habitat adéquat ». « Quant aux écosystèmes directement dépendants du pergélisol (les sols gelés depuis des milliers d’années qui représentent 20% de la surface terrestre et fondraient en cas de hausse significative des températures ndlr), ils disparaitraient tout simplement ». 

Du coup, nous voilà de nouveau un peu inquiets pour les Sámis, leurs rennes et leurs lacs gelés. Mais on se reprend vite car Mikael Hilden se refuse à dramatiser : « Nous ne nous attendons pas à connaître en Finlande des sécheresses aussi sévères que dans les pays méditerranéens » tempère-t-il. « Nous aurons des périodes plus chaudes et plus sèches durant l’été mais pas au point que cela devienne trop difficile pour la nature et les humains. Cependant, soyons-en certains : il va y avoir des changements ! »

Les changements, c'est maintenant

Heikki Lehtonen est spécialiste de l’économie agricole et de l’impact des changements climatiques sur l’agriculture au Ministère. Christophe Carmarans / RFI

Ces changements, on tente d’ores et déjà de les anticiper au ministère finlandais de l’Agriculture et des Forêts, grand bâtiment classique à la façade ocre rouge situé à deux pâtés de maison de Kauppatori, la grande place du marché d’Helsinki qui donne sur le port d’où partent les ferries vers Stockholm, Tallinn et Saint-Pétersbourg.

Dans la salle de réunion un peu austère du ministère, Heikki Lehtonen, spécialiste de l’économie agricole et de l’impact des changements climatiques sur l’agriculture, se lance dans un cours magistral sur les adaptations nécessaire de l’agriculture finlandaise au changement climatique. 

C’est brillant, argumenté, fort bien documenté mais à l’écoute, attentive, de cet exposé sur l’agriculture finlandaise à grande échelle, on ne peut s’empêcher de repenser à Liisa quand elle disait qu’à Helsinki les Sámis et leurs rennes, on les oubliait un peu. Les variations du climat, en revanche, Heikki Lehtonen les a bien pris en compte et les maîtrise avec sérénité au fur et à mesure que défilent ses fiches et ses schémas sur l'écran LCD de la salle de réunion.

« En raison du réchauffement climatique, annonce-t-il,  les agriculteurs vont devoir varier leurs types récolte et ne plus se contenter de faire de la monoculture », une donnée importante dans un pays où la moitié des exploitations font de l’élevage bovin. « Dans une agriculture qui va devenir de plus en plus spécialisée, estime-t-il, les exploitations plus étendues deviendront aussi plus vulnérables en termes de risques ». « D’ailleurs, note-t-il, les agriculteurs finlandais commencent à être très réceptifs aux risques du réchauffement et plus seulement aux risques du marché ».

C’est pourquoi, selon Heikki Lehtonen, la Politique Agricole Commune va continuer à tenir un rôle important à l’avenir. Pour lui, pour aider davantage une agriculture aussi spécifique que celle de la Finlande, il faudrait néanmoins que la PAC applique une politique « plus explicite » et qu’elle « facilite les investissements à plus long terme ». « Il faudrait, explique-t-il,  que les agriculteurs les plus dynamiques obtiennent des avantages plus conséquents de la part du gouvernement mais aussi de la part de la PAC. Et qu’elle les aide dès maintenant à faire les investissements qui vont être nécessaires face au réchauffement climatique ». 

Parmi les risques les plus concrets, celui de l’arrivée des nuisibles et des parasites arrive en tête de liste pour un territoire finlandais jusqu’ici assez peu touché par le problème, du fait de sa situation géographique très septentrionale. « Il y a un réel danger avec l’introduction de nouvelles espèces », prévient ainsi Ralf Lopian, spécialiste de la santé des végétaux au ministère. Ralf redoute en particulier l’apparition d’insectes, de champignons, de bactéries et de virus jusqu’ici inconnus en Finlande car provenant de climats moins froids.

Les OGM, non merci

Au micro d'Ane-Cécile Bras (C'est Pas du Vent sur RFI), Ralf Lopian veut rester optimiste quant aux conséquences du réchauffement climatique pour son pays. Christophe Carmarans / RFI

« Jusqu’à présent, ils arrivaient par voie de transport, indique-t-il, mais ce n’est plus toujours le cas ». Ces dernières années, par exemple, des doryphores venus de Russie par migration se sont attaqués aux pommes de terre. Plus inquiétant encore pour Ralf Lopian, « ils sont parvenus à survivre dans des endroits où nous ne pensions pas que c’était possible, en raison de la température ». Pour autant, l’agriculture finlandaise n’envisage pas d’avoir recours aux pesticides, une spécificité qui la distingue de la plupart de ses concurrentes.

Idem en ce qui concerne les OGM qui n’ont pas droit de cité au pays des rennes.  « Je sais qu’il y a des pays en Europe où c’est autorisé de manière à résister à certains insectes, observe le sympathique Ralf, mais, en ce qui concerne la Finlande, cela ne me semble pas une réponse adaptée à notre agriculture. Notre souci pour le moment, insiste-t-il, c’est la prévention. Orutiliser des OGM, ce n’est pas préventif, c’est réactif. La priorité doit être sur la prévention, pas sur la réaction ». 

« La question du réchauffement climatique et de la propagation des nuisibles est une affaire planétaire et elle affecte tous les pays », conclut Ralf Lopian. Avant de clore l’entretien et de mettre un terme à notre visite en Finlande, il rappelle que son pays œuvre pour que se tienne, en 2020, une réunion internationale de grande envergure sur le sujet de la santé des végétaux.

S’il paraît utopique de vouloir l’organiser, à Inari ou même à Ivalo où les capacités hôtelières sont réduites, sans doute la Finlande pourrait-elle mettre à cette occasion la préservation du lichen au rang de ses priorités majeures. Par souci pour les rennes et nos amis les Sámis qui ont parfois l’impression qu’on les oublie un peu, eux qui sont tout là-haut.

(Ré) écoutez l'émission C'est pas du vent du dimanche 3 mai :
Quand l'agriculture finlandaise doit s'adapter

 

 

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