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    Europe

    Turquie: «l’Etat est de plus en plus sous le contrôle de l’AKP»

    media Dans un bureau de vote ce dimanche 7 juin 2015 à Istanbul. REUTERS/Murad Sezer

    La Turquie votait ce dimanche pour les législatives. Les résultats sont attendus dans la soirée. Un scrutin à un tour, qui favorise les grands partis dans un pays dont la vie politique est dominée depuis plus d'une décennie par les islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan. Entretien avec Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie contemporaine à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

    RFI : On parle beaucoup de l’AKP, mais quels sont les autres partis en présence pour ce vote ?

    Dorothée Schmid : Par ordre d’importance, il y a deux voies probables à l’issue des résultats. On a d’abord le Parti républicain du peuple, le CHP. Héritier de la tradition kémaliste [de Mustafa Kemal], il est considéré comme étant un parti de centre gauche. Il a un peu de mal à retrouver ses marques dans un paysage qui a été vraiment asséché par l’AKP. On a ensuite le MHP qui est le Parti d’action nationaliste, considéré à l’extrême droite de l’échiquier politique. Mais à l'issue de cette campagne, c’est un parti qui est en fait d’évoluer plutôt vers le centre. Et puis il y a ce nouveau venu dont on parle beaucoup, le Parti démocratique des peuples (HDP). Ce parti fondé sur la base d’un parti pro-kurde se présente aujourd'hui comme un parti de gauche moderne dont le programme s’apparenterait un peu à celui d’un parti Vert en Europe occidentale.

    Un parti d'ailleurs qui a été visé, il y a 48 heures, à Diyarbakir dans le sud-est du pays. Un attentat qui n’a pas été revendiqué. On a entendu des réactions, tant de la part de ce parti pro-kurde que du pouvoir. Des deux côtés, on a dénoncé une provocation.

    En réalité, le HDP a été visé pendant toute la campagne par toutes sortes d’attentats. Ça a été une campagne extrêmement violente. Les deux partis qui se sont illustrés en termes de violence sont précisément l’AKP et le MHP. C’est entre eux que la lutte pour la compétition pour les voix est la plus forte, parce que si le HDP passe le seuil des 10 %, il risque de manger une partie de la majorité de l’AKP. Les deux partis ont un positionnement politique qui est très opposé sur beaucoup de sujets, mais ils seront plus ou moins obligés de s’entendre dans le cas où le HDP passe la barre des 10 %.

    Pour être représenté à la Chambre, le HDP a donc besoin de 10 % de voix. Il y a une autre barre, celle-là c'est le pouvoir qui l'attend. Le président Erdogan a besoin d’une proportion très importante de députés pour faire passer ses projets.

    C’est toujours la même question. Je regardais des articles qu’on publiait lors des précédentes législatives en 2011 où on se demandait aussi si l’AKP allait obtenir sa majorité des 367 députés, donc des deux tiers, pour faire passer directement une réforme constitutionnelle. A l’époque, il n’a pas eu sa majorité. Il pourrait aussi, avec une majorité un peu inférieure, provoquer un référendum. La question est de savoir si cette légalisation d’un régime qui devient de facto présidentiel, est vraiment en jeu. Je n'en suis pas sûre, dans la mesure où l'on voit que Recep Tayyip Erdogan a lui-même mené la campagne des législatives alors qu’il est censé être neutre puisqu’il est président de la République, un rôle essentiellement honorifique, et que la Constitution l’oblige en principe à ne pas prendre parti. Or c’est vraiment lui qui a mené entièrement de bout en bout la campagne de l’AKP pour ces législatives. On voit très bien que la pratique du pouvoir en réalité peut être aussi « améliorée » pour satisfaire les penchants personnels et autoritaires de Tayyip Erdogan.

    Mais par rapport au dernier scrutin, le contexte a fortement changé en Turquie avec une économie qui s’est un peu essoufflée alors qu’avant on vantait le miracle économique turc. La croissance est essoufflée, puis il y a eu quand même une contestation intérieure avec les grands mouvements populaires des deux dernières années.

    Tout à fait. En 2011, l’AKP a fait presque 50 % des résultats. C’était l'acmé de sa croissance électorale. Cette année, on pense qu’il a perdu beaucoup d’électorat. En principe, ses résultats devraient se situer entre 40 et 42 %. Mais dans la mesure où il est clair que le chef de l’Etat a expliqué qu’en réalité les électeurs allaient continuer à le soutenir et à voter pour ce qu’il appelle « la stabilité en Turquie » et la poursuite des réformes pour une nouvelle Turquie, tout le monde a les yeux fixés sur le processus électoral. La question des éventuelles fraudes est en train de se réveiller dans le débat public.

    Est-ce que la situation internationale qui a influencé l’opinion est de nature justement à motiver certains votants ?

    La situation internationale pour la Turquie est dominée par évidemment les conflits du Moyen-Orient.

    Avec l’afflux de réfugiés ?

    Oui, mais aujourd’hui ce qui est paradoxal, c’est qu’on parle beaucoup moins de l’adhésion à l’Union européenne. C’est important parce que le processus n’a en réalité pas cessé. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui la crise syrienne et la crise irakienne, avec aussi le reflux d’un certain nombre d’entreprises turques qui s’étaient installées au Kurdistan irakien, pèsent sur l’économie du pays et aussi sur le moral des Turcs. Ils ont beaucoup de mal à accepter la présence d'1,7 ou 1,8 million de réfugiés, et la politique syrienne du gouvernement est extrêmement contestée.

    Vous parliez d’éventuelles fraudes ou craintes de fraudes, vous parliez aussi de cette « présidentialisation » du régime qui va dans certains cas contre la Constitution. Est-ce que ça veut dire qu’aujourd’hui la Turquie reste pleinement un Etat de droit ?

    Ça, c’est effectivement une expression qui est contestée en Turquie, au moins depuis les grandes manifestations de Gezi fin 2013 qui ont été suivies par ces grands règlements de compte entre l’AKP et la confrérie de Fethullah Gülen, à partir de décembre 2013. Et là, pendant la campagne, on a d'ailleurs vu des arrestations et des déplacements de magistrats, de gendarmes, des difficultés avec les militaires... L'Etat est aujourd’hui de plus en plus sous le contrôle de l’AKP.

    Dorothée Schmid a  dirigé l'ouvrage La Turquie au Moyen-Orient : retour d'une puissance régionale, aux éditions du CNRS.
     

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