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Lors d'une conférence de presse à Paris, le directeur des opérations de SOS Méditerranée Férédéric Penard a précisé que 58 migrants sont à bord. Il a demandé à la France leur débarquement «à titre exceptionnel».

Une politique agricole plus «verte»: un effet contrasté en Camargue

media Champ de blé dur en Camargue. RFI/Agnès Rougier

Située au Sud, au bord de la Méditerranée et balayée par le Mistral, la Camargue, dans le delta du Rhône, est la seule région de France où l’on cultive le riz, où l’on élève les chevaux et les taureaux sauvages. Les agriculteurs camarguais ont donc des besoins bien particuliers, très éloignés de ceux exprimés sur le reste du territoire, car en Camargue tout le monde a les pieds dans l’eau, qui plus est dans l’eau salée, ce qui complique les choses.

Comme dans tous les deltas, avant qu’un endiguement radical du Rhône ne soit engagé après la grande crue de 1856, le fleuve débordait tous les printemps et lessivait le sol du sel apporté par l’eau de la Méditerranée. L’endiguement a modifié la physique du delta, la forêt a progressivement disparu laissant place à l’agriculture et notamment à la vigne, qui elle-même disparaîtra partiellement suite à la crise du phylloxera à la fin du XIXe siècle.

En Camargue, la vie est donc intimement liée à l’eau. Aujourd’hui, on découvre en s’y promenant des marais salants, de vastes étangs, des marais bordés de roselières – étendues de roseaux –, d’immenses pâtures où s’ébattent taureaux noirs et chevaux blancs, ainsi que de grands champs de riz inondés.

L’eau et le riz, couple inséparable

La culture du riz est fondamentale pour la gestion du delta : l’eau douce dérivée du Rhône par des canaux est utilisée pour irriguer les champs. Après un nivelage au laser, les champs sont recouverts d’eau, sur une hauteur de 20 à 30 centimètres, puis le riz est semé.

Cette eau pénètre dans la terre et la dessale en entraînant le sel, ce qui permet aux agriculteurs d’y cultiver en alternance du blé dur, du maïs ou du tournesol, sans oublier de revenir à la riziculture tous les 2 à 4 ans pour de nouveau les dessaler. Après la récolte du riz en octobre, les « porte-eaux » (canaux d’irrigation) et les roubines (fossés de drainage) seront entretenus pendant tout l’hiver.

La PAC du riz

La culture rizicole en Camargue occupe de grandes surfaces, mais les riziculteurs doivent faire face à la concurrence du marché asiatique et sont très dépendants des aides de la Politique agricole commune – PAC -. Jusqu’en 2013, la riziculture bénéficiait d’une aide supplémentaire à ce titre. Mais elle a été supprimée sur décision du ministère de l’Agriculture, dans le cadre de la réforme de la PAC qui vise à uniformiser les montants d’aides pour l’ensemble des agriculteurs : les plus aidés gagneront moins, les moins aidés gagneront plus.

La promesse d’une compensation par le financement de Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), dans le cadre de la nouvelle PAC 2015-2020, n’a pas été tenue, et les riziculteurs ont abandonné le riz pour la tomate ou les melons. Résultat : en trois ans, la superficie rizicole est passée de 21 000 à 11 000 hectares.

L’élevage, second pilier de la Camargue

Les taureaux de race Camargue, ou « raço di biou » en provençal, sont petits, noirs de poil et vifs. Ils sont élevés en manades, soit en troupeaux libres conduits par des gardians, montés sur des chevaux blancs de race Camargue. Les taureaux Camargue sont des animaux sauvages destinés aux courses à la cocarde, qui se déroulent dans des arènes, où les razetteurs doivent attraper la cocarde accrochée au front d’un taureau énervé d’être enfermé. L’élevage de taureaux Camargue a gagné une valorisation supplémentaire en 1996 par la création de l’appellation d’origine contrôlée – AOC – pour la viande rouge.

Le taureau, c’est bio

Magali Saumade dirige la manade Saumade, où sa famille élève des taureaux Camargue depuis quarante ans sur des prairies qui sont à cheval sur deux régions différentes : Provence-Alpes-Côte-d’Azur – Paca - et Languedoc-Roussillon. Avec la PAC 2015-2020, Magali Saumade se trouve confrontée à un nouveau problème : les Mesures agro-environnementales et climatiques, comme leur attribution, sont désormais du ressort des autorités régionales. Or, les deux régions ne sont pas en phase : ces mesures, bien que choisies dans un catalogue national, ne sont pas les mêmes. Par exemple, le taureau Camargue est considéré comme une « race menacée » - à faible effectif - en Paca, mais pas dans la région voisine. Magali Saumade aura-t-elle la mesure « races menacées » et la subvention qui l’accompagne ? Pas sûr.

Le Parc de Camargue, acteur de la décentralisation

Le choix et l’attribution des Mesures agro-environnementales et climatiques proposées aux agriculteurs a été délégué aux régions dans le cadre de la décentralisation. Mais c’est une nouvelle compétence pour ces administrations qui n’ont pas nécessairement le personnel disponible.

En région Paca, c’est le Parc naturel régional de Camargue qui a fait l’essentiel du travail. C’est aussi le personnel du Parc qui accompagne les agriculteurs et les éleveurs dans le diagnostic et les aide à remplir les dossiers PAC. Car une difficulté supplémentaire s’ajoute : tous les dossiers de demande de subvention – très complexes – doivent désormais être remplis sur Internet, et faute d’accompagnement, des agriculteurs préfèrent laisser tomber.

Mesures pour l’environnement : un résultat inverse

Pour Régis Vianet, directeur du Parc naturel régional de Camargue, la PAC ne traite pas les spécificités, les zones humides ne sont pas assez prises en compte, ni au niveau européen, ni dans sa retranscription par les Etats membres.

En Camargue, les Mesures agro-environnementales et climatiques ne répondent pas à l’économie de la riziculture et ne remplacent pas les primes qui servaient à compenser le manque à gagner dû aux difficultés des zones humides : « aujourd’hui, malgré les MAEC, on ne répond pas aux grands marchés des cultures », déclare Régis Vianet.

Sur les terres de Magali Saumade, une seule mesure s’appliquera finalement, elle s’appelle HE03 : « terres humides, pelouses sèches, garrigues et bois en pâturage extensif », pour un montant annuel de 75,44 euros à l’hectare.

Et pour le riziculteur Bertrand Mazel, « ces MAEC sont une boulette environnementale » : elles ne jouent pas leur rôle d’encouragement à la protection des milieux, et la nouvelle PAC, qui entraîne la diminution des surfaces rizicoles, met en péril l’équilibre du delta qui pourrait devenir stérile faute d’irrigation.

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