Lettonie: «La PAC réformée est une coquille vide» - Europe - RFI

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Lettonie: «La PAC réformée est une coquille vide»

media Lancée en 2015, la nouvelle Politique agricole commune encourage le respect de l'environnement. RFI/Agnieszka Kumor

Instaurée en 2015, la nouvelle Politique agricole commune (PAC) met l’accent sur le bio et le respect de l’environnement. En Lettonie, 10 % de la production agricole est biologique, faisant du petit Etat balte l’un des cinq pays européens où l’agriculture bio est la plus développée. Entretien avec Gustavs Norkaklis, président de l’Association des agriculteurs biologiques lettons, et Andrees Briedis, membre du Conseil letton pour la nature.

Propos recueillis par Igor Strauss et François-Damien Bourgery


RFI : Comment l’agriculture biologique est-elle arrivée en Lettonie ?

Andrees Briedis : Du temps de l’URSS, nous avions un système de production intensif. On produisait dans les kolkhozes et les sovkhozes, les fermes collectives, la nourriture pour les autres pays de l’Union soviétique. En fait, on nourrissait Moscou et Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Ces fermes ont disparu avec la fin de l’URSS. Cela a marqué le début de l’agriculture biologique telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est venu d’Allemagne avec l’agriculture biodynamique. C’était d’abord de petites exploitations qui ne recevaient aucun financement de l’Etat. Alors que la surconsommation de produits chimiques dans les fermes collectives avait tué toute forme de vie dans les petites rivières, celles-ci ont commencé à renaître avec la chute du système.

Mais il faut aussi savoir que lorsque les fermes privées ont commencé à apparaître après l’indépendance du pays, elles n’avaient pas les ressources nécessaires pour s’équiper en produits chimiques. Je n’irais donc pas jusqu’à dire que ce sont les considérations environnementales qui ont favorisé l’émergence d’une agriculture biologique en Lettonie.

Aujourd’hui, 10 % des surfaces agricoles lettones sont certifiées bio. Mais en termes de produits, c’est plutôt de l’ordre de 3 à 5 %, à l’exception du miel dont 20 % de la production est certifiée bio.

Gustavs Norkaklis : Mais il existe aussi des secteurs totalement sous-développés. C’est le cas de la production de porc ou de volaille bio. Par ailleurs, une grande partie des terres cultivables est toujours laissée à l’abandon.

Quelle a été l’impact de la PAC sur l’agriculture lettone ? On sait par exemple que les prix des terres agricoles a explosé, que le nombre de grandes exploitations a augmenté aux dépens des petites…

G. N. : La Politique agricole commune est un outil très important en Lettonie et grâce à elle, le secteur agricole a pu se développer. Nous avons des exploitations très prospères qui n’ont rien à envier aux exploitations d’Europe occidentale en termes d’utilisation des dernières technologies. Elle a été aussi très importante pour le développement du secteur biologique. Il existait dès 1998 un cadre législatif pour l’agriculture biologique, mais elle a véritablement explosé après l’entrée de la Lettonie dans l’Union européenne en 2004. Aujourd’hui, nous faisons ainsi partie du top 5 des pays européens en termes de surface agricole biologique.

Mais la PAC a eu aussi des conséquences négatives : le prix des terres, comme vous l’avez mentionné, qui dans certaines régions ont décuplé ces dix dernières années. Et tandis que certaines exploitations intensives se portent de mieux en mieux grâce au soutien de l’Union européenne, beaucoup d’autres, plus petites, se battent pour échapper à la banqueroute.

En Lettonie, 98 % des exploitations sont de petites exploitations, mais le soutien se focalise sur les 2 % de grandes exploitations qui ont déjà reçu beaucoup d’aides et qui continueront probablement à en percevoir beaucoup dans le futur. Est-ce la bonne façon de développer l’agriculture et de maintenir la population dans les campagnes ? Je ne crois pas.

Quelles sont les conséquences de cette situation pour les petits producteurs et, plus particulièrement, pour les producteurs bio ?

G. N. : Concernant les petits exploitants, ceux-ci se développent pas ou peu, en raison du manque de ressources financières. Mais pour le secteur biologique, la situation n’est pas si mauvaise que cela. Le système de soutien est plutôt fiable, et les bases législatives pour la certification sont également plutôt bien comprises et acceptées par les agriculteurs. Nous n’avons donc pas vraiment de quoi nous plaindre en ce qui concerne l’agriculture biologique.

Comment expliquez-vous qu’un agriculteur letton touche moins d’aides de l’UE qu’un agriculteur français, allemand ou italien ?

A. B. : Encore une fois, je crois que cela est dû aux lobbys agricoles. Parce que les grands pays agricoles, comme la France, l’Allemagne ou l’Italie défendent leurs agriculteurs. Et c’est normal qu’ils le fassent, même si, bien sûr, ce n’est pas juste.

Par ailleurs, le montant des sommes allouées à la Lettonie lors de son entrée dans l’UE en 2004 a été basé sur les récoltes de 1997-1998, qui n’ont peut-être pas été les meilleures.

Mais je pense aussi que c’est quelque chose qu’il faut reprocher au ministre de l’Agriculture et aux agriculteurs lettons. Avant l’entrée dans l’Union européenne, il existait en Lettonie un marché noir. Une partie de la production n’était pas soumise aux taxes et n’apparaissait donc pas dans les statistiques officielles. Par conséquent, les chiffres des récoltes qui ont été utilisés pour calculer le montant des aides accordés à Lettonie après son entrée dans l’UE ont été très bas. On peut donc blâmer l’Union européenne, mais aussi nos propres agriculteurs pour ne pas avoir rapporté correctement le montant de leurs récoltes à cette époque.

Que pensez-vous de la PAC réformée, notamment en termes de garanties d’un mode de production durable pour le respect de l’environnement ?

A. B. : Je pense qu’il y aura un impact sur l’environnement, mais il sera très faible. Appeler des choses « écologiques » ne les rend pas écologiques. La plupart des agriculteurs continueront à recevoir des aides sans rien changer de leurs pratiques. Quant à ceux qui devront les changer, je ne vois pas vraiment comment ces nouvelles mesures pourront être qualifiées de « vertes ». Par exemple, dans le cas des surfaces d’intérêt écologique, il peut toujours y avoir une production et il n’il y a aucune limite d’utilisation de fertilisants et de pesticides. On peut donc continuer à vaporiser du poison sur des zones normalement vouées à la préservation de la biodiversité. Je ne vois pas où est la logique.

G. N. : Cette PAC réformée est une coquille vide. On parle de verdissement, mais ce n’est pas écologique. Les agriculteurs ne sont pas vraiment contraints d’améliorer leurs pratiques pour être écologiques. J’espère qu’après 2020, les agriculteurs seront véritablement soumis à des règles qui auront des conséquences visibles sur la préservation de la nature et de l’environnement.

La nouvelle PAC est basée sur deux principes : celui du pollueur-payeur, qui conditionne le versement des aides au respect des obligations, et celui de participation volontaire, qui permet à un agriculteur de recevoir de l’argent si, de son propre gré, il œuvre pour l’environnement. Ces deux notions vont-elles dans le bon sens et comment être sûr qu’elles seront appliquées ?

A. B. : Concernant le principe de pollueur-payeur, nous constatons que, dans la plupart des cas, c’est exactement l’inverse qui se produit ici. Les pollueurs, ceux qui utilisent des produits pétrochimiques, sont payés.

En ce qui concerne le soutien à l’agro-environnement, je pense que c’est un bon moyen pour obtenir des résultats bénéfiques pour la nature et l’environnement. Mais elle dépend des gouvernements nationaux. Or je ne suis pas sûr qu’ici en Lettonie nous ayons le meilleur système pour l’agro-environnement. Il y a bien quelque chose pour la protection de la biodiversité des prairies, pour l’agriculture à haute valeur naturelle, mais ce n’est pas au niveau que nous souhaiterions.

Malgré le poids des lobbys de l’agriculture conventionnelle, estimez-vous que le gouvernement letton et l’Europe soutiennent suffisamment l’agriculture biologique ? Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture biologique ici, en Lettonie ?

G. N. : Les lobbys de l’agriculture conventionnelle en Lettonie sont certes très puissants, mais l’Association des agriculteurs biologiques n’est pas en reste. Et nous pensons que l’aide apportée à l’agriculture biologique est assez satisfaisante.

La Lettonie est réputée comme étant un pays écolo. Une étude de l’université de Yale plaçait le pays au deuxième rang des pays les plus écolo. Mais l’année dernière, il est tombé à la troisième ou à la quatrième place. Les politiciens se plaisent à employer le terme d’écolo, mais quand il s’agit de le mettre en application, ce sont généralement la productivité et l’intensification qui l’emportent. Tant que nous n’avons rien à faire, nous pouvons être écolo. Mais dès lors que ça impliquent des moyens, nous ne voyons plus les actions.

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