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    Europe

    Grèce: Tsipras annonce un référendum sur le plan des créanciers

    media Sur les chaînes de télévisions grecques, Alexis Tsipras a annoncé la tenue d'un référendum portant sur les réformés proposées par les créancers, le 5 juillet prochain. REUTERS/Paul Hanna

    Pour ou contre les réformes proposées par les créanciers, c'est la question qui sera posée aux Grecs lors d'un référendum le 5 juillet prochain. Il portera sur l'accord en cours de discussion pour le versement d'une dernière tranche d'aide de 7,2 milliards d'euros. C'est ce qu'a annoncé le Premier ministre Alexis Tsipras sur toutes les chaines de télévision grecques dans la nuit de vendredi à samedi.

    Avec notre correspondante et notre envoyée spéciale à Athènes,
    Charlotte Stiévenard  et   Aabla Jounaïdi

    Dans la capitale grecque, les bars étaient pleins comme tous les vendredi soir, quand le Premier ministre a pris la parole tard à la télévision. Pour Alexis Tsipras, il s'agissait de réagir à ce qu'il appelle « l'ultimatum » posé la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international. Alexis Tsipras a pris sa décision lors d'un Conseil des ministres exceptionnel. Pour lui, le référendum était le seul choix restant.

    « Durant six mois, le gouvernement grec a mené un combat pour en terminer avec la rigueur et pour trouver un accord viable qui respecte la démocratie. On nous a demandé de mettre en place des mesures d'austérité comme les précédents gouvernements, et ce en dépit du fait qu'ils avaient été catégoriquement condamnés par le peuple grec lors des récentes élections », a expliqué le Premier ministre lors de son allocution solennelle.

    Cette déclaration est survenue à la veille d'une ultime réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles avant un possible défaut de paiement de la Grèce au FMI le 30 juin. Alexis Tsipras n'a pas hésité à s'en prendre aux propositions des créanciers, jugeant que ces dernières « exacerbent les inégalités sociales, apportent la déréglementation du marché du travail, des coupes dans les retraites, une hausse de la TVA sur les produits alimentaires et ont pour objectif l'humiliation de tout un peuple ».

    Pari risqué pour Tsipras

    Les premiers à applaudir furent les partisans de Syriza, surtout les plus à gauche. Mais que fera le gouvernement de la gauche radicale et des souverainistes ? Plusieurs ministres appellent déjà à voter « non » aux réformes proposées par les créanciers. Mais pour l'opposition conservatrice de Nouvelle démocratie, consternée, le référendum proposé par Alexis Tsipras ne porte en réalité par sur les réformes. L'ancien Premier ministre Antonis Samaras a déclaré que la « question ultime sera un " oui " ou un " non " à l'Europe ». Même son de cloche du côté du parti centriste Potami.

    La réaction la plus virulente est venue des socialistes du Pasok. L'ancien parti majoritaire, laminé aux dernières élections, demande la démission du Premier ministre. En novembre 2011, c'était justement un chef de gouvernement socialiste qui avait proposé un référendum du même type, avant qu'il ne soit annulé. Une façon à l'époque pour George Papandréou de pousser les partis d'opposition à voter en faveur du plan de réforme proposé.

    Politiquement, le pari est risqué pour Alexis Tsipras. Certes, son électorat ne lui pardonnerait pas de franche reculade à Bruxelles, mais beaucoup rappellent qu'à la suite du premier référendum avorté, en 2011, lorsqu'il avait reculé sous la pression de son propre parti, M. Papandréou avait été poussé à la démission. Les Grecs sont inquiets face à tant d'incertitude ; dans la nuit, on a assisté à une ruée sur les distributeurs de billets, une tendance qui devrait continuer car la crainte d'un contrôle des capitaux est désormais forte.

    « Sans pression ni chantage »

    Le Parlement grec doit discuter en réunion extraordinaire, dès ce samedi, du référendum, qui devra être avalisé lors d'un vote nécessitant la majorité absolue, soit les voix de 151 députés sur 300. Le gouvernement doit aussi convaincre les Européens et le Fonds monétaire international de lui laisser du temps pour organiser son référendum.

    « J’ai déjà averti le président de la République de ma décision. J’ai aussi appelé le président français, la chancelière allemande et le gouverneur de la Banque centrale européenne. Et ce samedi, dans une lettre, je demanderai officiellement aux dirigeants de l’Union européenne et aux institutions la prolongation du programme pour quelques jours, le temps que le peuple grec décide, sans pression ni chantage, comme l’exige la Constitution de notre pays et la tradition démocratique européenne », a déclaré M. Tsipras.

    Ce programme prend en effet fin le mardi 30 juin. Ce jour-là, la Grèce doit également rembourser 1,6 milliard d'euros au Fonds monétaire international.


    • Les risques d'une sortie de la Grèce de la zone euro

    Sans accord avec ses créanciers, la Grèce ferait défaut et le pays pourrait éventuellement sortir de la zone euro, ce qui serait un précédent potentiellement catastrophique. Pour Benjamin Coriat, professeur d'économie et membre du collectif des Economistes attérés, « on va entrer dans une zone d’instabilité générale ».

    Il est évident selon lui qu’indépendamment du coût des dettes et des intérêts qui ne seront pas payés, le « Grexit » (surnom donné à la possible sortie de la Grèce de l'euro) enverra un message doublement négatif. Premièrement, celui que « la zone euro est incapable de régler ses problèmes, même pour un pays qui ne fait que 2% de son PIB » - un message que l'économiste juge « catastrophique pour les marchés financiers ». Et deuxièmement, « va se poser la question de savoir si ce qui se passe en Grèce n’est pas annonciateur de ce qui se passe ailleurs ».

    L’économiste craint ainsi une « contagion via les marchés financiers », dans le cas où les pays les plus faibles (Espagne, Italie, Portugal, voire Irlande) verraient remonter les taux d’intérêt. « A partir de ce moment, on ne sait plus du tout ce qui va se passer, poursuit Benjamin Coriat, et cet alignement de planètes favorables pour la croissance en Europe va très vite se défaire ».

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