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    Europe

    Attentat de Suruç: la Turquie ne créera pas de «zone tampon» en Syrie

    media Le 27 juin dernier, à la frontière turco-syrienne, un soldat turc observe au loin Kobane, en Syrie, où les combats font rage entre l'organisation Etat islamique et les combattants kurdes. AFP PHOTO/BULENT KILIC

    Après l’attentat de Suruç, le gouvernement turc avait évoqué l'instauration d'une « zone tampon » sur le territoire syrien pour prévenir les attaques de l’organisation Etat islamique, à qui est attribué l’attaque non revendiquée. Finalement, le Conseil des ministres exceptionnel qui s’est tenu ce mercredi a débouché sur des mesures techniques de renforcement des contrôles à la frontière turco-syrienne. Ankara maintient aussi le statu quo avec les rebelles du PKK, malgré l’assassinat de deux policiers turcs.

    Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

    Ce fut un Conseil des ministres inhabituel, trois jours après l'attentat qui a tué 32 personnes à Suruç, près de la frontière turco-syrienne. Autour de la table, outre les ministres, il y avait le directeur de la centrale des renseignements turcs, le commandant en chef de la gendarmerie, le commandant en chef de l’armée de terre, le directeur général à la Sûreté, et les secrétaires d’Etat à la Sécurité intérieure et à l’ordre public. Mais, comme il fallait s’y attendre, le gouvernement n’a pas pris la décision d’entrer en Syrie pour y installer sa fameuse zone tampon, que promeut le pouvoir à Ankara depuis plusieurs mois. Les Turcs sont en effet très isolés sur ce sujet, et en Turquie même, les militaires y sont opposés.

    « La mise en place d’une zone tampon est une idée qui est dans l’air depuis déjà deux ans, mais bien évidemment la Turquie ne peut pas toute seule [la] mettre en place », souligne Mathieu Guidère, titulaire de la chaire d'islamologie à l'université de Toulouse 2. Pour que les zones tampons deviennent réalité, la Turquie a en effet « besoin d’un vote au Conseil de sécurité [de l'ONU], elle a besoin du soutien de l’Otan, elle a besoin également que l’on valide cette prise sur la souveraineté syrienne dans cette région-là », souligne le chercheur français. Et la mise en place d'une zone tampon, dont l'idée fut un temps soutenue par Paris, est rendue d’autant plus complexe « que la justification utilisée aujourd’hui [par la Turquie] est celle d’un attentat sur les territoires turcs et non pas de l’autre côté. On est donc aujourd’hui face à un jeu de politiciens dans cette région. »

    Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a expliqué, sur son compte Twitter, avoir adopté des « précautions supplémentaires » pour la sécurité de la frontière turco-syrienne. Des précautions détaillées par Bülent Arinç , le porte-parole du gouvernement : il s’agit de mesures de « protection physique » sur plusieurs centaines de kilomètres de cette frontière, le long de quatre des cinq provinces limitrophes de la Syrie. Des murs, des tranchées, des grillages et des barbelés vont être érigés. Le gouvernement prévoit aussi l’installation d’éclairages, de caméras, de systèmes de détection et même la pose de mines.

    Des « zones de sécurité spéciale » en territoire turc

    Selon Bülent Arinç, l’objectif est « d’empêcher le passage de terroristes ». Le porte-parole du gouvernement a bien parlé de « l’Etat islamique », et de personne d’autre, validant ainsi encore un peu plus la thèse de l’attentat perpétré par l’organisation jihadiste basée en Syrie et en Irak. Outre les terroristes, toutes ces mesures de protection ont aussi pour objectif affiché de bloquer les « immigrants clandestins, et aussi de canaliser le flux des réfugiés en toute sécurité ».

    Bien que le dispositif militaire ait été renforcé ces derniers jours, après une montée en puissance déjà observée début juillet, il ne s’agit donc pas d’une opération militaire, mais d’un dispositif technique, dont on peut se demander d’ailleurs pourquoi il n’avait pas été mis en place plus tôt. Par ailleurs, si l'idée d'une zone tampon en territoire syrien a pour l'instant été repoussée, dès ce jeudi, à 13h, heure d’Ankara, deux zones identifiées comme « particulièrement sensibles », le long de la frontière, doivent être décrétées « zones de sécurité spéciale » pour cinq jours, et seront totalement fermées et interdites d’accès, dans le but de « garantir la sécurité des biens et des personnes ».

    Statu quo avec le PKK

    Des portraits d'Abdullah Ocalan leader emprisonné du PKK, brandits lors des funérailles de l'une des 32 victimes de l'attentant de Suruç. REUTERS/Murad Sezer

    En revanche, le gouvernement n’a pas prononcé un seul mot sur la revendication par le PKK de l'assassinat de deux policiers turcs, mercredi matin, qui fait craindre pour le cessez-le-feu en vigueur entre les rebelles kurdes et Ankara. Un silence qui laisse supposer que les autorités turques ont bien reçu le message exprimé dans le communiqué de revendication : l’opération « punitive » du PKK n’est pas une action militaire visant à enterrer le cessez-le-feu, mais une opération ciblée, de type « services secrets ».

    Les précautions de langages employées par la rébellion pour justifier son geste ont peut-être été prises au pied de la lettre, ce qui permettra - peut-être - de sauver ou de maintenir encore un peu une trêve pourtant déjà bien fragile, et souvent violée. Ce fut encore le cas lundi, quand un soldat turc a été tué lors d’accrochages entre armée et rébellion. Le PKK a toujours dit que, s’il y avait rupture du cessez-le-feu, ce ne serait pas de son fait. Il maintient cette position et Ankara semble tenir la même ligne de conduite. Pour l’instant.


    Un convoi de police attaqué

    Une patrouille de la police turque a été la cible d’une attaque menée par des hommes armés et cagoulés à Diyarbakir, dans le sud-est du pays, ce jeudi 23 juillet, rapporte le correspondant de RFI à Istanbul. Un policier à été tué, et un autre blessé. Il n'y a pas de revendication pour le moment.

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