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    Europe

    De Bodrum à Berlin, les obstacles sur le chemin européen des migrants

    media « Nous voulons l'Allemagne», lit-on sur ce panneau porté par une fillette syrienne bloquée par la police hongroise à Bicske, ce vendredi 4 septembre. REUTERS/Leonhard Foeger

    La question de l’accueil des migrants et réfugiés se pose avec une acuité particulière dans une Europe secouée par les images d’un enfant mort noyé sur une plage de Turquie, après le naufrage du canot à bord duquel sa famille tentait de rejoindre la Grèce. Des rivages turcs d’où partent les bateaux à un centre d’accueil au cœur de Berlin, tour d’horizon de la situation sur le terrain, avec les correspondants de RFI.

    Avec nos correspondants en Europe

    • Turquie : sur les plages de l’embarquement

    Sur le littoral turc, là où embarquent les réfugiés, syriens ou autres, vers l’espoir européen, les plages portent les noms des hôtels qui les jouxtent. Mais sur les plages de Wooxie, Kemer, Aspat ou Bendis, ce vendredi matin, il n’y avait personne. Pas le moindre réfugié à l’horizon, a constaté notre envoyé spécial Jérôme Bastion.

    Une absence qui s’explique par le fait que « depuis la publication des photos du petit Aylan, le commandant de garnison nous a demandé de prendre des mesures préventives », glisse un lieutenant de gendarmerie qui fait le guet le long de la route côtière. La veille de la publication de ces images, qui ont bousculé les consciences en Europe, « on les voyait arriver tous les soirs vers minuit et vers 2 h ou 3 h du matin. Ils prenaient la mer au rythme d’une quinzaine de canots par jour », raconte l’animateur d’un hôtel en fumant sa cigarette sur la plage, après son service.

    Depuis quarante-huit heures, il y a deux points de contrôle routier et une maraude permanente en voiture. Un dispositif qui semble avoir tenu à distance les candidats à l’exil, qui sont habituellement nombreux sur cette presqu’île de Bodrum, dont l’extrémité n’est qu’à six kilomètres de l’île grecque de Kos. Du rivage turc, on peut y voir les lumières briller dans la nuit comme la tentation d’un fruit défendu.

    Renforcement des contrôles

    Sur ces plages, l’air de cette fin d’été est encore doux. Un soupçon de ressac agite des flots calmes du bord du rivage. Mais à quelques centaines de mètres au large seulement, la surface de l’eau prend une teinte plus foncée, et une petite brise suffit à lever ce petit clapot qui, rapidement, peut remplir un canot gonflable surchargé. Dans ce cas, avec ou sans gilet de sauvetage, c’est le drame assuré.

    Désormais, les gardes-côtes turcs patrouillent eux aussi aux abords des plages. Et parfois même, les habitants voient passer des hélicoptères qui, jusque-là, étaient absents. Depuis la mort du petit Aylan et des passagers du canot à bord duquel sa famille tentait de rejoindre les côtes grecques, le lieutenant de gendarmerie turque affirme que « 150 à 200 réfugiés » ont été intercepté ici, sur ces plages. Un bilan qui, s’il était confirmé, serait donc la preuve qu’avec un minimum de mesures de surveillance, la fuite mortelle des exilés du Moyen-Orient et d’Asie ne serait pas une fatalité sur les côtes turques.

    • Grèce : le gouvernement intérimaire peine à faire front

    Des Syriens débarquent sur l'île de Lesbos, en Grèce, après avoir traversé la mer Egée à bord d'un canot, ce jeudi 3 septembre. REUTERS/Dimitris Michalakis

    En face de la Turquie, la Grèce a vu arriver plus de 230 000 réfugiés et migrants depuis le début de l’année 2015. En 2014, ils étaient environ 17 500, selon les chiffres délivrés par le ministre délégué à la Marine marchande, Christos Zois.

    A Athènes, les réunions de crise sur cette question se succèdent et le gouvernement grec par intérim a annoncé une série de mesures, rapporte la correspondante de RFI en Grèce, Charlotte Stievenard. En ligne de mire : les îles grecques de Lesvos, Kos, Chios, Samos ou encore Leros, juste en face de la Turquie, là où la majorité des réfugiés débarquent.

    Pour le ministre grec de l'Economie et du Tourisme, les arrivées sur ces îles « perturbent l'activité économique et sociale », et il estime que ces endroits devraient recevoir une aide financière pour faire face à leur accueil. Une mesure qui s'ajoute à celles déjà annoncées par le gouvernement grec, parmi lesquelles la création d'un centre de coordination de la gestion des flux de réfugiés, ainsi que des actions pour l'amélioration des conditions d'accueil de ces derniers. Le gouvernement intérimaire grec entend également faire une meilleure utilisation des fonds européens dans ce domaine.

    Pour le moment, aucune date n'a été fixée pour la mise en place concrète de ces mesures. Et pour le ministre grec de la Marine marchande, la situation n'est pas appelée à s'améliorer. Il a choisi de prévenir ses partenaires européens : « Nombreux sont les réfugiés et migrants encore en Turquie. » En parallèle, la Commission européenne veut se rendre compte de la situation par elle-même. Son vice-président et le commissaire chargé des Questions migratoires sont actuellement en visite en Grèce, pendant deux jours.

    Débarquement au port du Pirée

    Les réfugiés, eux, continuent d'être transférés sur le continent européen grâce à deux bateaux spécialement affrétés par le gouvernement grec. Le dernier est arrivé ce vendredi matin au port du Pirée, après avoir desservi Lesvos, Kos, Leros et Kalymnos. A son bord, un peu plus de 2 500 personnes heureuses de pouvoir continuer leur voyage.

    A peine à quai, les flots de voyageurs se précipitent vers les navettes qui les emmèneront jusqu'au métro. Mohammed Ayman vient d'Alep en Syrie. « On a eu un repas pendant le voyage, des spaghettis, c'était bon. On a eu une bouteille d'eau et on pouvait acheter des boissons et de la nourriture. Et la plupart du temps on a dormi, car on est très fatigués et on a encore une longue route », raconte cet informaticien, qui a attendu plusieurs jours avant de pouvoir être enregistré à Leros.

    Les passagers ont passé dix-huit heures à bord du bateau. Pour 50 euros pour un billet simple, ou 70 une traversée en cabine. Certains ont choisi la version la plus économique. « On a pris trop de temps. On est resté une semaine à Kalymnos. Si on reste, on doit payer plus… Et l'argent, c'est fini », explique un mécanicien irakien. Maintenant qu'il est arrivé sur la terre ferme, il ne compte pas rester à Athènes.

    Ensuite, la grande majorité entend prendre la route pour le nord de l'Europe, en passant par la Macédoine, puis la Serbie. Mais ce que tout le monde redoute, c'est la Hongrie. A la descente du bateau, nombreux sont ceux qui ont déjà eu l'occasion de voir les images des réfugiés bloqués à la gare de Budapest.

    • Hongrie : l’impasse pour les migrants interpellés

    Des policiers hongrois tentent de maîtriser un couple de Syriens qui refusent d'entrer dans un camp de réfugiés à Bicske, en Hongrie, ce jeudi 3 septembre. UTERS/Laszlo Balogh

    En Hongrie, où depuis des mois le chef du gouvernement Viktor Orban multiplie les déclarations hostiles aux migrants et réfugiés qui, traversant la Macédoine puis la Serbie, veulent continuer leur chemin vers l’Allemagne ou l’Autriche, la situation est toujours dans l’impasse, rapporte notre correspondante à Budapest Florence La Bruyère.

    Un train, parti de Budapest avec 500 personnes à son bord - elles pensaient être en route vers l’Allemagne -, était toujours bloqué à Bicske ce vendredi matin. La police hongroise a dirigé le train dans cette ville située à 40 km à l’ouest de Budapest et veut transférer les migrants qui sont à bord dans un camp de réfugiés. Mais ces personnes refusent toujours de s’alimenter et de descendre du train.

    Jeudi, excepté ce premier train dans lequel étaient montées 500 personnes, une soixantaine de migrants sont partis par d'autres trains de la gare de Budapest. Ces gens pensent partir vers l’Allemagne, mais sont en fait emmenés, eux aussi, vers des camps de réfugiés hongrois...

    En milieu de journée, ce vendredi, les autorités hongroises ont annoncé que 300 personnes s’étaient évadées d’un centre de premier accueil situé près de la frontière avec Serbie, à Rösze. Environ 1 500 personnes, interpellées alors qu’elles venaient de passer la frontière entre la Serbie et la Hongrie, avaient été rassemblées dans ce camp par les autorités hongroises où, après avoir été immatriculés, ils devaient être ensuite redirigés vers d’autres structures. La police, qui parle de « migrants illégaux » a annoncé que « des mesures pour leur interpellation ont été prises ». Un poste frontière avec la Serbie, situé à quelques kilomètres de là, a été fermé par les autorités hongroises.

    Les migrants, réfugiés syriens et d’autres nationalités, essaient d’échapper aux forces de l’ordre hongroises pour éviter, justement, cet enregistrement, qui pourrait compromettre leur chance d’obtenir l’asile en Allemagne, ou dans un autre pays européen. Une crainte issue des règles européenne des accords de Dublin II, toujours en vigueur malgré la volonté affichée par les dirigeants européens de les refondre, lors du sommet extraordinaire d'avril dernier.

    « Bonne chance et bienvenu en Europe »

    A la gare Kéleti de Budapest, c’est le chaos, rapporte l’envoyée spéciale de RFI, Juliette Gherbrandt. Plus de 2 000 personnes sont installées dans une immense série de halls et d’esplanades situés entre le métro et la gare, en contrebas de la rue. Des tentes, des tissus posés à même le sol, des groupes de gens assis ou qui vont et viennent. Des familles syriennes, surtout, et beaucoup d’enfants.

    Il règne une grande agitation et ce qui frappe, c’est l’absence d’ONG. Il n’y a aucune aide officielle, seulement des volontaires, qui ont l’air totalement débordés. Coordonnés par une association locale, ils nettoient, distribuent de l’eau, des chaussures. Des bénévoles ont même installé un centre de coupe de cheveux.

    La gare de Keleti a rouvert ce vendredi matin, après avoir été fermée, jeudi. Mais aucun train ne part vers l’ouest, le trafic international est toujours stoppé. Du coup certain, pensent partir à pied vers l’Allemagne. Dans la matinée, un Syrien déambulait dans la gare avec un mégaphone pour rallier ceux qui veulent tenter l’aventure : « Si nous sommes nombreux, la police ne pourra rien », arguait-il. Derrière lui, sur l’un des murs de la gare, il est écrit à la craie : « Bonne chance et bienvenu en Europe ». Il a semble-t-il été entendu par plusieurs centaines de personnes qui ont, à la mi-journée, quitté la gare de Budapest avec pour objectif de rejoindre l’Autriche « à pied ». 

    • Allemagne: la société prête à accueillir les migrants et réfugiés

    Un bénévole berlinoise donne des vivres à la foule de migrants rassemblée devant le ministère allemand de la Santé, ce vendredi 4 septembre. REUTERS/Hannibal Hanschke

    La France et l'Allemagne se sont accordées jeudi 3 septembre pour la mise en place de quotas pour accueillir les demandeurs d'asile. Il leur reste maintenant à convaincre leur opinion publique respective. Selon un sondage diffusé jeudi par BFM-TV, la tâche s'annonce difficile pour François Hollande : 56 % des personnes interrogées se disent opposées à ce que la France accueille une part de migrants et de réfugiés, notamment en provenance de Syrie.

    C'est tout l'inverse de l'autre côté du Rhin : six Allemands sur dix estiment que leur pays a les moyens d'accueillir les quelque 800 000 demandeurs d’asile attendus cette année. « Les Allemands sont vraiment de bonnes personnes. Ils nous aident. Je suis vraiment heureuse d’être ici. Toute la tristesse d’autrefois a disparu et je peux construire ma vie », explique Mélanie, une jeune afghane arrivée récemment à Berlin. Elle vit avec 500 autres réfugiés dans une ancienne mairie d’arrondissement transformée dans l’urgence en foyer.

    « Les gens sont très engagés, parfois très émotionnels »

    Le correspondant de RFI à Berlin, Pascal Thibaut, s'y est rendu. La solidarité évoquée par la jeune Mélanie est confirmée par les bénévoles, relate-t-il. Par exemple par Tanja, qui travaille sur place pour une association caritative : « Les gens sont très engagés, parfois très émotionnels. Ils veulent absolument aider », rapporte-t-elle. Pour certains, la biographie personnelle joue un rôle dans cet engagement. « Nous avons aussi des bénévoles âgés, qui ont dû fuir après la guerre et qui veulent offrir à d’autres ce qu’ils ont reçu à l’époque », explique Annegret Hansen, élue d’arrondissement du Parti social-démocrate et bénévole.

    « Ce n’est pas suffisant, de payer des taxes. C’est mieux d’aider de ses propres mains », explique en écho Michael, bénévole plus jeune mais tout aussi engagé, qui consacre trois heures par jour à aider les réfugiés de ce centre d’accueil berlinois. Les organisations caritatives le confirment : jamais l’engagement bénévole pour des réfugiés n’a été aussi important en Allemagne.

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