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    «Turkish Stream»: la nouvelle bataille du gaz aura-t-elle lieu?

    media Le président russe Vladimir Poutine (g.) et Alexei Miller, le PDG de Gazprom, en septembre 2014. AFP PHOTO /KREMLIN POOL / ALEXEY NIKOLSKY

    Depuis l’échec retentissant du projet de gazoduc South Stream, qui devait relier la Russie à l’Europe centrale, via la Bulgarie, Moscou et son géant gazier Gazprom ne jurent que par une nouvelle route dont la Turquie serait la première étape. Après un été de déboires, sources de retards, Turkish Stream devait connaître une accélération à l’automne. Mais alors que la crise ukrainienne s’enlise, ce projet faramineux à plus de 11 milliards d’euros fait surtout office d’épouvantail.

    Ce vendredi 11 septembre, le ministre russe de l’Energie Alexander Novak doit faire le déplacement à Vienne, en Autriche, afin de rencontrer son homologue européen et vice-président de la Commission, Maros Sefcovic. Une réunion qui aura pour principal objectif de débloquer la crise entre Moscou et Kiev autour des livraisons de gaz russe à l’Ukraine, au point mort depuis deux mois. L’entrevue est d’importance, tant la question énergétique participe désormais aux enjeux sécuritaires de chacun.

    Difficile de croire alors qu’à cette occasion, la question du Turkish Stream sera éludée. Car depuis le début de l’année, les négociateurs du géant gazier Gazprom tentent de bâtir l’architecture de ce gazoduc qui, sur le papier, doit courir, sur des milliers de kilomètres, des côtes russes de la mer Noire jusqu’aux confins de l’Europe centrale, en opérant un large contournement par la Turquie, la Grèce et les Balkans occidentaux. Un chantier titanesque, avec à la clef la livraison de 63 milliards de m3 de gaz par an, dont la majeure partie - 47 milliards de m3 - à partir de la frontière grecque, à destination de pays membres de l’UE ou destinés à le devenir. Un projet évalué à 11,4 milliards d’euros.

    Mais de la légèreté accommodante de l’encre au froid de l’acier, les espoirs peuvent rapidement être douchés. Ainsi, en l’espace de quelques jours, début juillet, Gazprom a essuyé deux revers de mauvais augure. D’abord la firme d’Alexei Miller a échoué à trouver un compromis sur le prix à concéder à son partenaire turc Turkish Botas, dans les temps impartis. Ensuite, le contrat avec l’Italien Saipem, sur lequel comptait Gazprom pour poursuivre l’extension de son gazoduc, a été annulé. Des annonces qui pourraient déjà mettre à mal les prévisions d’une mise en service partielle à la fin 2016.

    Préparer le terrain européen

    Depuis plusieurs mois, Gazprom prépare pourtant le terrain européen et se tient prêt en cas de feu vert d’Ankara. Pour la partie russe, l’Europe est un territoire qu’il convient de « déminer » patiemment et pays par pays. En froid avec Bruxelles depuis l’avènement au pouvoir de la gauche radicale Syriza, la Grèce n’a pas mis longtemps à succomber aux sirènes russes - voyant par là même, sans doute, l’occasion d’accroître la pression sur l’UE -, et un mémorandum a été signé en juin.

    Mais l’offensive de charme ne s’est pas cantonnée à la République hellénique, car il faut bien trouver des partenaires pour bâtir l’infrastructure sur le Vieux continent. Selon le quotidien économique russe Vedomosti, citant une source au sein de l’exploitant hongrois FGSZ, les ministres des Affaires étrangères grec, macédonien, serbe et hongrois pourraient se réunir en septembre pour évoquer le sujet. Et à en croire le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, Ljubljana devrait aussi « jouer un rôle majeur dans le projet ». Turkish Stream serpenterait ainsi de la Grèce à l’Autriche, en passant respectivement par la Macédoine, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie.

    Le spectre de South Stream

    Le géant russe dit ainsi avoir retenu les leçons de South Stream, son précédent projet de gazoduc. Porté sur les fonds baptismaux par Vladimir Poutine en 2007, celui-ci a été un échec retentissant. South Stream devait entrer sur le territoire européen par la Bulgarie, pour opérer une trajectoire similaire. Mais la Commission européenne a coupé court à l’initiative, arguant que le projet ne respectait pas sa législation en matière d’approvisionnement énergétique. En décembre 2014, Gazprom a dû jeter l’éponge. Une décision « qui a eu des conséquences économiques négatives pour la Bulgarie », tient à préciser à RFI l’eurodéputé bulgare Andrey Kovatchev (Parti populaire européen, droite).

    En octobre 2013, la Bulgarie avait entamé la construction de sa portion du South Stream. Un an plus tard, le projet est abandonné. AFP PHOTO / BULPHOTO / M3 COMMUNICATIONS GROUP

    Alors à Bruxelles, face au nouveau projet qui se dessine, on observe mais on évite soigneusement de s’épancher dans la presse. Tout juste un porte-parole du commissaire à l’Energie concède-t-il à RFI que l’institution reste « vigilante » quant au respect de sa législation, soulignant que l’énergie est une « priorité clé » pour l’Union européenne. Un manque d’éclaircissements que regrette l’eurodéputé Andrey Kovatchev qui s’interroge également sur les capacités de l'UE à s'assurer que ses Etats-membres ne fassent pas passer leurs intérêts nationaux avant la « solidarité européenne ».

    L’Ukraine, le véritable enjeu

    Turkish Stream est en fait indissociable des évènements ukrainiens, et revêt donc un caractère éminemment politique. Deux crises gazières - en 2006 et 2009 - entre Moscou et Kiev et un conflit quasi ouvert depuis l’année dernière autour de la Crimée et des provinces séparatistes du Donbass ont achevé de détruire la confiance entre les deux partenaires. Depuis juillet, la Russie ne livre plus de gaz à son voisin, pour cause « d’impayés ». Mais surtout, depuis le début de l’année, Moscou menace de ne plus du tout passer par l’Ukraine pour approvisionner l’Europe, à compter de 2019. Une décision assumée à maintes reprises devant la presse, mais une radicalité qui pose question.

    Pour Vladimir Milov, homme politique russe d’opposition et ancien vice-ministre de l’Energie de la Fédération de Russie (auteur d’un rapport pour l’Ifri à lire ici), ce n’est qu’un moyen de contraindre les pays européens à prendre part aux autres projets de Moscou : Turkish Stream donc par le sud, et dans une moindre mesure Nord Stream, par la nord, un gazoduc reliant la Russie directement à l’Allemagne, via la mer Baltique.

    Une grande partie des contrats prenant fin en 2019, difficile de présager des futures négociations et donc du poids de la menace - malgré les nombreuses sollicitations, Gazprom n’a pas souhaité répondre aux questions de RFI. En tout cas, « de la part de Moscou, il y a une réelle volonté de ne plus être dépendant de l’Ukraine pour acheminer le gaz vers l’Europe. Les deux crises gazières ont été, pour les Russes, extrêmement problématiques. Ils se sont rendus compte de leur fragilité », précise Catherine Locatelli, chercheuse au CNRS et spécialiste des questions gazières en Europe et en Russie.

    Bruxelles peut difficilement rivaliser

    « De 30 à 40 % du gaz importé par l’UE provient de Russie », rappelle-t-elle d’ailleurs. Avec des degrés divers de dépendance : « Si vous prenez les pays baltes, c’est près de 90 %, si vous prenez la Pologne, c’est 80 %. » Mais il faut se garder de tout fantasme : pour la Russie, l’Europe est Le principal client. « La dépendance n’est donc pas forcément où l’on croit. »

    Reste que l’Union européenne n’a pas de projet pouvant rivaliser avec ceux de Moscou. Certes, Bruxelles mise sur le Corridor gazier sud, un ensemble de gazoducs pouvant approvisionner les pays européens avec le gaz de la mer Caspienne. Mais selon les projections actuelles, il serait loin de pouvoir offrir les capacités de transit de Turkish Stream. De plus ce gaz serait plus cher que celui vendu par Gazprom. Seule incertitude, l’Iran : l’embellie diplomatique avec la République islamique pourrait aboutir à des livraisons beaucoup plus conséquentes via ce canal. « Le Corridor gazier sud n’a de sens qu’avec l’Iran », affirme d’ailleurs Catherine Locatelli.

    Quoi qu’il en soit, et si l’UE fait de la diversité d’approvisionnement le gage de sa sécurité énergétique, la Russie reste pour elle un partenaire indispensable, aux atouts séducteurs : de grandes réserves, des gisements amortis depuis les années 1960 et une proximité qui réduit les coûts de transports. Ainsi se passer du gaz russe, plutôt bon marché, serait une décision uniquement politique. Preuve d’ailleurs que l’idée relève du fantasme, les capacités du Nord Stream vers l’Allemagne pourraient être quadruplées.

    Instrument de pression

    Turkish Stream est ainsi un bel ouvrage sur le papier. Même si selon nombre d’observateurs, rien ne dit qu’il prenne les contours qu’on lui dessine aujourd’hui. Il pourrait en fait déjà être à nouveau handicapé par des situations politiques volatiles en Grèce et en Turquie - deux législatives sont à venir.

    Mais pour l’heure, sa possible édification apparaît plutôt comme un instrument de pression dans les relations crispées entre Bruxelles et Moscou afin de replacer, ou non, l’Ukraine dans le grand jeu gazier. « Est-ce que l’UE a vraiment besoin d’un autre gazoduc, alors que la demande européenne est plutôt stagnante ? », s’interroge d’ailleurs Catherine Locatelli*. Il est clair qu’aucune des parties ne serait gagnante à trop tirer sur la corde, tant chacune doit composer, dans le domaine énergétique, avec l’autre.


     * Catherine Locatelli est l'auteure de « EU-Russia trading relations: the challenges of a new gas architecture », European Journal of Law and Economics, vol. 39, n° 2, pp. 313-329

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