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    Europe

    Turquie: les affrontements gagnent la rue

    media Affrontements entre policiers et militants pro-kurdes dans le sud-est de la Turquie le 27 août dernier. REUTERS/Bedran Babat

    La tension est toujours maximale en Turquie. Embuscades, attentats, bombardements de positions de rebelles kurdes par l’armée s’enchaînent, avec d’une part les attaques meurtrières des rebelles du PKK, qui ont causé la mort de 30 soldats ou policiers ces trois derniers jours, et la riposte des forces turques. A quelques semaines d'élections anticipées, les risques de contagion de la violence à tout le pays ne cessent de grandir.

    Le sud-est de la Turquie est quasiment en état de guerre. Plusieurs localités vivent sous couvre-feu, le gouvernement turc ayant établi des zones de sécurité spéciales qui affectent énormément la vie quotidienne. A Cizre, près de la frontière irakienne, depuis six jours, la population a interdiction de sortir dans la rue. Des policiers sont postés sur des bâtiments et tirent sur toute personne qui s’aventure à l’extérieur. Selon l'Association turque des droits de l'homme, au moins sept civils y ont été tués, dont deux mineurs. La localité est coupée du monde. Pour tenter de faire pression sur les autorités et mettre fin au blocus, des élus du HDP ont entamé ce mercredi une marche en direction de Cizre.

    La situation est d’autant plus inquiétante que les troubles ne se cantonnent pas à cette région du sud-est de la Turquie. Ces derniers jours, les tensions et les violences au sein de la société civile se sont multipliées un peu partout dans le pays, ce qui ravive les mauvais souvenirs des grandes heures de la rébellion du PKK dans les années 1990. Dans plusieurs villes, des locaux du HDP ont été attaqués ou incendiés, à Antalya et Ankara notamment. Le parti politique kurde est considéré comme proche du PKK et se dit victime d’une véritable campagne de lynchage. Les responsables parlent de 400 attaques visant leur mouvement, pilotées selon eux par l’Etat turc. Les esprits sont échauffés dans les deux camps, si bien que la coexistence qui prévalait jusque-là risque d’être sérieusement mise à mal.

    Risque de débordements

    La rhétorique adoptée est de plus en plus violente. Les manifestants, emmenés par les nationalistes, appellent à « éliminer » ceux qu’ils appellent les « terroristes » du PKK. Dans un article daté du 9 septembre, un éditorialiste proche de l’AKP, le parti au pouvoir, a menacé l’un de ses confrères du quotidien Hürriyet de l’écraser comme une mouche, l’accusant de soutenir le PKK. Le journaliste en question a ensuite expliqué qu’il ne s’agissait pas de menaces de mort, mais seulement de « mort civique » ; l’argument a du mal à convaincre. L’épisode illustre avant tout l’ambiance délétère, dans un contexte d'inquiétude grandissante pour la liberté de la presse en Turquie, où les journalistes critiques à l'égard de du chef de l’Etat risquent des poursuites judiciaires.

    Autre illustration des tensions : le siège de ce quotidien Hürriyet à Istanbul a été attaqué deux fois en 48 heures par des partisans du gouvernement, qui lui reprochent d’être hostile au président turc. Les hommes politiques kurdes et d’autres membres de l’opposition accusent Recep Tayyip Erdogan d’accroître la tension à des fins politiques.

    Les tensions se sont accrues à la faveur des événements en Syrie. En juillet, les autorités turques ont déclenché une « guerre synchronisée » censée viser à la fois les jihadistes de l’organisation Etat islamique, jugés responsables d'un attentat-suicide commis à Suruç, dans le sud-est du pays, et les combattants kurdes, qui avaient réagi à l’attaque en s'en prenant à des membres des forces de sécurité. Cette offensive a fait voler en éclat le cessez-le-feu en vigueur depuis 2012 et gelé le processus de paix. Avec la crise syrienne, le PKK et les partisans du pouvoir turc se sont retrouvés dans deux camps quasiment opposés, chacun tentant de tirer profit de la situation.

    En quête de majorité absolue

    Les législatives du 7 juin 2015 avaient relativement mal tourné pour l’AKP : le président Erdogan n’avait, en tout cas, pas obtenu la majorité absolue, comme il le souhaitait, ce qui lui aurait donné la possibilité de changer la Constitution pour obtenir les pleins pouvoirs exécutifs. Le HDP pro-kurde avait, lui, fait un bon score avec 13% des voix. Des élections anticipées ont été convoquées pour le 1er novembre. Dans cette optique, les détracteurs d’Erdogan l’accusent d'avoir lancé une offensive militaire contre des positions du PKK en Irak dans le but de recueillir les suffrages des nationalistes. Par ailleurs, diaboliser les Kurdes permettrait de marquer des points. Mais les violences, si elles se poursuivaient, pourraient compromettre la tenue du scrutin.

    Dans l’état actuel des choses dans le sud-est du pays, avec des localités sous couvre-feu, avec des combats, difficile d’imaginer que des élections puissent se tenir. C’est le sentiment de Selahattin Demirtas, le coprésident du HDP, pour qui il est impossible d’organiser une élection en raison de la situation sécuritaire. Le Premier ministre assure, pour sa part, que les élections se dérouleront normalement. Quant au président Erdogan, il va tout faire pour tenter de regagner sa majorité absolue, perdue il y a trois mois.

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