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    Slovaquie: le Béninois qui veut sauver les Roms

    media Yves Ogou a un rêve: «Je veux voir un Martin Luther King rom ici un jour!». Crédit Alberto Campi/We Report

    Dans les ghettos de Slovaquie, Yves Ogou est bien connu. Ce travailleur social béninois est devenu une figure de proue de la cause des Roms. Arrivé en 1987, Yves fut l’un des premiers Africains envoyés dans le pays pour étudier, à l’époque du communisme. Indigné par la misère des Roms, il en a fait son cheval de bataille et n’est pas rentré au Bénin après la dislocation de l’empire soviétique.

    « Kamarad ! », lance Yves Ogou en se dressant brusquement de son siège, dans un restaurant typique près de Presov, au sud-est de la Slovaquie. Dans l’allée, il vient d’apercevoir un ancien étudiant de l’université de médecine de Kosice, la deuxième ville du pays. Dans les années 1980, en pleine Guerre froide, les meilleurs étudiants des pays « non-alignés » recevaient des bourses pour aller se former dans ce satellite de l’URSS, alors appelé la Tchécoslovaquie. « Entre nous, on utilise toujours le mot de camarade, mais on est des communistes-capitalistes aujourd’hui ! », s’exclame-t-il dans un rire incontrôlé.

    Aujourd’hui, Yves Ogou, ce Béninois originaire de Kéré dans la commune de Dassa-Zoumé, est devenu citoyen européen, slovaque, marié à une Hongroise. Un parcours hors norme. Sa vie a basculé en 1987 lorsqu’il reçoit une bourse d’état pour étudier en Tchécoslovaquie. Une opportunité pour lui de fuir le régime lénino-marxiste de Kérékou et la République populaire du Bénin. « J’étais considéré comme un « akowé », un intellectuel. Et Le Bénin voulait former une élite contre le néo-colonialisme… Un Béninois de type nouveau », se rappelle-t-il en sirotant un kofola, un soda local qu’il surnomme ironiquement « le Coca Cola tchécoslovaque ». Comme d’autres camarades, il n’est pas retourné au Bénin après la chute de l’URSS.

    Aujourd’hui, Yves est bien intégré en Slovaquie, grâce à ses brillantes études, mais les débuts n’ont pas toujours été faciles pour lui et ses autres camarades du Bénin, du Soudan ou de Mozambique : « les gens n’avaient jamais vu d’Africains, donc ils ne pouvaient même pas imaginer qu’on ait des écoles en Afrique », explique Yves, en s’animant dans son boubou traditionnel jaune et vert.

    Au chevet des Roms

    Sa différence de couleur de peau, Yves en joue dans son travail, pour se faire accepter par les Roms. « Ils sont considérés comme des Noirs ici. Les Slovaques disent les Blancs et les Noirs pour parler des Roms. Et moi, je suis encore plus foncé qu’eux ! », s’amuse-t-il, en entrant dans le ghetto rom de Lunik IX à Kosice, un des plus grands ghettos roms d’Europe. Dans cette cour des miracles moderne, un enfant suit Yves en titubant. Il vient d’inhaler du toluène, un puissant solvant, dans une bouteille en plastique verte. Quelques adultes passent en chantant, une bouteille d’alcool à la main achetée la veille après avoir reçu les allocations sociales. Près de 7 000 Roms vivent dans ces barres d’immeubles surpeuplées et insalubres, sans eau courante en continu ni électricité, et dans les bois aux alentours.

    Une misère indigne en Europe

    Face à cette situation d’extrême pauvreté, Yves a rapidement abandonné sa carrière de médecin après les études pour devenir travailleur social et se consacrer aux laissés-pour-compte du pays, les Roms. A 48 ans, il continue d’arpenter les bidonvilles pour aider cette communauté mis au ban de la société. « Ça a été un choc pour moi. Je ne pensais pas qu’on pouvait arriver à cette misère en Europe. Le taux de mortalité de cette population est plus élevé que la population slovaque, et les conditions d’hygiène sont pires qu’en Afrique », dit-il consterné.

    En Slovaquie, bien que les Roms représentent entre 7% et 10% de la population, ils sont stigmatisés dès l’école et placés dans des classes spéciales, parfois pour personnes handicapées. Une discrimination qui se poursuit sur le marché du travail, et dans certains villages roms, le chômage touche la quasi-totalité de la population active. « Près de 20% de la communauté rom vit dans des bidonvilles ou des zones isolées », estime Alexander Musinka, un anthropologue slovaque, spécialiste des communautés roms. Pour lutter contre ce fléau, Yves s’est impliqué dans l’agence d’aide à l’emploi et il fait embaucher près de 150 Roms par an, grâce à cette association. Reconnu pour son expertise, Yves a également été chargé de mettre en place un projet pilote, celui des « écoles de la deuxième chance » en Slovaquie, pour rescolariser les enfants et les adultes roms.

    « Les murs sont dans nos têtes »

    Pour ce travailleur social, qui a ses entrées dans les mairies et les ministères, il faut lutter contre les préjugés et le racisme envers les Roms. « Les murs sont avant tout dans nos têtes », analyse-t-il, en montrant au loin le mur de béton qui sépare le ghetto de Lunik IX du quartier voisin. Il y a deux ans, ce mur a été érigé pour empêcher les Roms de passer par le quartier résidentiel, ce qui n’a pas manqué de soulever l’indignation dans le pays et jusqu’à la Commission européenne. Sur les dalles, les activistes anonymes ont inscrit un graffiti en rouge : « Stop à la ségrégation ». Il y aurait 14 murs anti-Roms dans le pays, selon les associations des droits de l’homme. Pour Yves, cette situation frôle l’apartheid social, et il n’a qu’un rêve : « Je veux voir un Martin Luther King rom ici un jour ! ».

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