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    Europe

    Arménie: un record du monde fait revivre toute une région

    media La cabine du téléphérique «Les Ailes de Tatev» surplombant le canyon de la rivière Vorotan, dans le sud-est de l'Arménie. Elena Gabrielian/RFI

    Le plus long téléphérique du monde, baptisé « Ailes de Tatev », fête ses cinq ans ce 16 octobre. Cité dans le livre Guinness des Records, le câble de 5,7 kilomètres est situé dans le sud-est de l’Arménie. Suspendu au-dessus de la gorge d’une rivière, il relie l’autoroute de la capitale Erevan au monastère médiéval en voie de rénovation. Cet exploit technologique ouvre un nouveau circuit touristique et désenclave la région.

    Seulement douze minutes. C’est le temps nécessaire pour survoler sur les « Ailes de Tatev », le plus long téléphérique du monde de 5,7 kilomètres, le canyon vertigineux de la rivière Vorotan, dans le sud-est arménien. Pendant qu’une petite cabine de 25 passagers file à 320 mètres du sol, une vue panoramique spectaculaire se dégage donnant sur un belvédère médiéval ou encore un viaduc de pierre naturel, formé pendant des millénaires par le puissant torrent. Cette merveille de la nature, nommée malicieusement « le pont du diable », est la seule liaison terrestre avec un important centre religieux d’Arménie, le monastère Tatev, situé à l’autre bout du canyon.

    La route en lacets, passant au fond du canyon, est quasiment impraticable, pourtant pendant longtemps elle était le passage obligé pour atteindre le monastère. Avant le téléphérique, le trajet durait presque une heure et était connu des seuls initiés. Grâce à cette construction, citée dans le livre Guinness des Records, le monastère perché sur une falaise à 1800 mètres d’altitude, rompt avec son isolement. « En cinq ans, le nombre de touristes a augmenté de 15 000 à 250 000 par an, plus de la moitié venant de l’étranger », indique le manager des « Ailes de Tatev » Vahe Barsegyan.

    La relance de l'économie par le tourisme

    Pour les accueillir, une trentaine d’hôtels et de maisons d’hôtes a été construite. Selon l’agence de tourisme « Go to Armenia », ces infrastructures rendent le sud du pays plus attractif pour les touristes. C'est un homme d'affaires, milliardaire russe d'origine arménienne, Ruben Vardanyan, qui a réussi à convaincre ses pairs de mettre la main à la poche. Le téléphérique a coûté 13 millions d'euros. Il a été financé par 150 donateurs de 35 pays qui se sont regroupés au sein d'une fondation, « La renaissance de Tatev ». Elle affiche également l’ambition de rénover le monastère mais surtout d’aider le développement économique de la région.

    Frappés par le chômage et la désertification, les 7 000 habitants des villages environnants sont fiers de détenir ce record du monde qui va les faire vivre. Les 55 employés du téléphérique sont des locaux, encore une dizaine d’emplois sera créée d’ici à deux ans.

    Depuis que les « Ailes de Tatev » ont été lancées, Ramela, 52 ans, comme une dizaine de femmes de son village, vient au pied du monastère pour vendre ses produits de terroir. Herbes de montagne, fruits d’églantier ou encore confitures… « Tout est bio ici », précise la villageoise. « Après la chute de l’URSS et la disparition des kolkhozes, j’ai perdu mon travail. J’arrivais à peine à joindre les deux bouts. Aujourd’hui, Dieu merci, je gagne ma vie grâce aux touristes », dit-elle. Son revenu journalier atteint parfois 25 euros en saison touristique. Une somme importante en Arménie où le revenu moyen mensuel est d’un peu plus de 150 euros.

    Un site millénaire

    Si aujourd’hui le téléphérique fait tant parler de Tatev, au Moyen-Age, cette bourgade était connue par des scientifiques et les théologiens. La cathédrale de Saint-Pierre-et-Paul est la première des trois constructions à avoir été bâtie au Xe siècle dans ce complexe monastique et ce sur l’emplacement du tombeau d’Eustache (Evstatevos, en arménien), l’un des disciples de l’apôtre Thaddée, qui prêchait ici au début de notre ère.

    La vie monastique de Tatev est née au XIIIe siècle. Pour se prémunir contre les invasions ennemies, le monastère s’est doté d’une imposante muraille. Autre originalité, une célèbre « colonne oscillante ». Fleuron de l’ingénierie médiévale, ce pilier de huit mètres a été spécialement conçu pour basculer en cas d’invasion mais aussi en cas de tremblement de terre. Avec l’édification d’une université au XIVe siècle, Tatev est devenu un important centre intellectuel et spirituel de l’Arménie médiévale avec ses mille moines, philosophes, écrivains et artistes. Les habitants des villages des alentours apportaient leurs récoltes au monastère. Ici, ils préparaient du pain, produisaient du vin et pressaient de l’huile.

    La meule dont les paysans se sont servis pendant des siècles est conservée. L’instrument a été le premier à être restauré il y a cinq ans, c’est le symbole d’un nouveau cycle. Pour la première fois, depuis l’époque soviétique ayant aboli la vie monastique en Arménie, les moines seront à nouveau les bienvenus à Tatev une fois les travaux terminés en 2017, date anniversaire de la construction du monastère, il y a 1 111 ans.

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