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    Europe

    Lesbos: la population organise des secours en mer pour les migrants

    media Des réfugiés et des migrants accostent, à bord d'un zodiac noir, sur l'île grecque de Lesbos, le 18 octobre 2015. AFP PHOTO / DIMITAR DILKOFF

    Les traversées continuent à un rythme soutenu entre la Turquie et la Grèce. Les naufrages se sont aussi multipliés ces derniers jours. Sur l'île de Lesbos, la question des secours préoccupe la population, qui tente de trouver des solutions face à l'apathie des autorités.

    De notre envoyée spéciale à Lesbos, Juliette Gheerbrant

    Au nord de l’île de Lesbos, un réseau de volontaires sillonne désormais la côte la nuit avec des jumelles pour détecter les arrivées. Sur le petit port de Molyvos, Dirk Braam explique que les réfugiés reçoivent beaucoup de soutien à terre, mais que rien n'est fait en mer, là où se trouve le danger. Ce grand Hollandais de 58 ans est le propriétaire d'un curieux lounge club en forme de soucoupe volante. Sur son terrain en contrebas, il a organisé en septembre l'installation d'un camp d'accueil.

    Aujourd'hui, l'homme a une nouvelle idée qu'il voudrait mettre en place avec l'aide d'une ONG : « D'abord, louer une vedette rapide pour qu'elle puisse se rendre très vite là où on en a besoin, et ensuite demander aussi aux pêcheurs - certains sont déjà volontaires - de se poster en mer. On établit un réseau de communication téléphonique et s'il arrive quoi que ce soit, ils peuvent se rendre sur place pour qu'on puisse sauver des vies. C'est vraiment une nécessité. »

    Sans les volontaires, rien ne serait possible à Lesbos

    Thomas Zourzouvilis, 60 ans, le visage tanné par le soleil, descend volontiers de son petit bateau quand on lui propose un ouzo (boisson alcoolisée anisée grecque) : « C'est une bonne idée de la part de Dirk », commente-t-il. Le pêcheur connaît déjà bien la question : « J'étais au travail et j'ai vu un de ces zodiacs noirs qu'ils utilisent... Le moteur ne marchait plus. J'ai laissé tomber mes filets et j'ai attaché le canot à l'arrière de mon bateau. Je les ai remorqués jusqu'à la terre ferme. Mais je n'ai rien dit à personne parce j'ai eu peur d'avoir des problèmes avec les autorités. »

    Sur l'île, les garde-côtes grecs sont complètement débordés. La semaine dernière, une collision entre l'une de leurs rares vedettes et une barque surchargée de migrants a causé la mort de sept personnes. Lesbos est devenue un « hotspot » de l'UE, mais dans les faits, cela ne change rien ou presque. Certes, le centre administratif de Moria, qui existait déjà avant, travaille désormais un peu plus vite : il a enregistré précisément 5 597 personnes dimanche et 5 303 la veille, samedi. Des chiffres en hausse. Mais ce centre est sous-équipé.

    Le nombre des naufrages et des morts en mer augmente

    L’île attend du personnel européen et des moyens logistiques. Il faut savoir que le processus de relocalisation des réfugiés ne commencera que lorsque les « hotspots » seront opérationnels, c'est-à-dire quand ils auront reçu les fameux renforts. Cela va prendre du temps. La Grèce attend par ailleurs 450 millions d’euros de fonds de l’UE. A Lesbos, ils seraient clairement bienvenus. Dans l'immédiat, l’attente reste longue pour les migrants devant les grilles de Moria.

    Concernant les réfugiés, à Lesbos, là aussi les moyens manquent cruellement. Pis : on sent les autorités grecques absentes, ou débordées. Même un responsable d’une grande organisation internationale, qui ne veut pas être cité, s’en est plaint, alors que les petits bateaux surchargés de réfugiés arrivent en continu ; dans la journée de dimanche, juste pour le minuscule port de Skala Sikaminias, il y en a eu 15. Et le nombre de naufrages et de morts augmente de manière inquiétante. Les migrants payent entre 1 000 à 1 300 euros la traversée depuis la Turquie, longue d'une dizaine de kilomètres.

    Record d'affluence battu dimanche à la gréco-macédonienne

    Pour ceux qui parviennent en vie jusqu'à la terre ferme, pendant les quelques jours qu’ils passent sur l'île, les migrants campent dans quelques points d’accueil gérés par les volontaires, toujours eux... Rien n’est organisé par les autorités. Certaines personnes ne savent pas où elles sont, et demandent si « Athènes, c’est loin à pied ». Ils ne savent rien du plan de relocalisation que l’Union européenne met en place. Ils attendent leur permis de séjour temporaire d’une durée qui varie selon la nationalité.

    Puis ils quittent Lesbos pour Athènes, et poursuivent leur odyssée, une odyssée qui restera dans l’Histoire du pourtour méditerranéen et du continent européen. Dimanche, 2 093 départs en ferry pour Athènes ont été enregistrés à Lesbos. La veille : 6 155. Selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), 10 000 personnes ont franchi dimanche la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Il s'agit du chiffre le plus haut jamais atteint en une journée.

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