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    Afrique

    Portugal: manifestation de soutien au militant angolais Luaty Beirao

    media Le 14 octobre dernier, des centaines de manifestants, réunis place du Rossio, à Lisbonne, avaient déjà appelé à la libération des prisonniers angolais. Photo RFI / Marie-Line Darcy

    L'état de santé de l'opposant et musicien Luaty Beirao se dégrade en Angola. Il a entamé une grève de la faim le 21 septembre pour dénoncer les problèmes des droits de l'homme et les conditions de vie de ses compatriotes, dans le pays. Il est poursuivi avec 14 autres personnes pour « rébellion » contre le président Jose dos Santos. Alors que leur procès est fixé au 16 novembre à Luanda, un rassemblement de soutien s’est tenu jeudi soir devant l'ambassade d'Angola à Lisbonne.

    Les affiches sont toujours les mêmes : « Liberdade já », la liberté tout de suite, peut-on y lire, en noir sur fond blanc ou dans une variante sur fond de faucille et marteau, le drapeau angolais. La liberté tout de suite pour les 15 jeunes emprisonnés à Luanda depuis le 20 juin 2015. Et surtout la liberté pour Luaty Beirão, entré dans son 33e jour de grève de la faim.

    Luaty, 33 ans, est un rappeur qui depuis 2011 s’est impliqué dans les mouvements d’opposition au régime du président José Eduardo dos Santos en place depuis 36 ans en Angola. Le jeune homme a d’ailleurs déjà été emprisonné il y a quatre ans alors que le « Printemps arabe » était pris comme modèle par les jeunes angolais appelant de leurs vœux un changement de régime dans leur pays.

    Luaty et ses 14 compagnons lisaient et analysaient le livre de Gene Sharp, De la dictature à la démocratie, ainsi que des écrits du journaliste Domingos da Cruz. Pas d’armes ni de comportements agressifs, mais pourtant les 15 hommes sont arrêtés, privés de leurs droits civiques élémentaires et maintenus en prison au-delà des trois mois de préventive que la loi angolaise prévoit.

    Luaty Beirão n’est pas un activiste comme les autres. Ce musicien jouit de la double nationalité, luso-angolaise, et à ce titre il a passé beaucoup de temps en Europe où il a étudié et travaillé. Connu de nombreux musiciens et artistes portugais, il sait parfaitement que ses relations sont un atout. D’ailleurs, c’est en juillet dernier que, pour la première fois, le Portugal entend parler de la situation des prisonniers politiques. Les amis de Luaty prennent la parole dans des vidéos qui deviennent très vite des « virus » sur les réseaux sociaux, au Portugal, en Angola et jusqu’au Brésil. L’Europe et les Etats-Unis sont atteints par contagion informatique. Le mouvement Liberdade já vient de commencer.

    Un mouvement solidaire

    Depuis, les manifestations se multiplient. Quelques dizaines de personnes se mobilisent dans les rues portugaises au début, avant que les associations et les mouvements de défense des droits de l’homme entrent en action, comme Amnesty International et SOS Racismo. Le 14 octobre dernier à Lisbonne (et Porto la seconde ville du pays) les manifestants étaient plus d’un millier. Des artistes prennent publiquement position : « Moi qui suis humoriste, je n’arrive pas à admettre qu’on emprisonne Luaty pour les paroles de ses chansons. Nous sommes là pour la liberté d’expression », dit Nuno Markl, un artiste et homme des médias très connu au Portugal.

    « La démocratie ce n’est pas juste pour notre pays, ça doit être partout. L’Angola c’est une ancienne colonie portugaise, alors c’est notre responsabilité qu’il y ait là aussi une vie démocratique », déclare la cinéaste Raquel Freire.

    Des politiques sont aussi dans le cortège. C’est le cas de José Ribeiro e Castro, député et ancien leader du CDS-PP, le parti démocrate chrétien. Dans son costume gris élégant, l’homme politique résume ce que pensent les Portugais. « On le sait, les relations entre l’Angola et le Portugal sont ambigües. Et il faut parfois être secoué un peu plus fort pour pouvoir sortir de notre indifférence », explique le député.

    Pour lui l’Angola qui a commencé son entrée en démocratie en 2002, avec des difficultés et des contradictions, avance plus lentement que le Cap-Vert, et même que le Mozambique. « C’est pourquoi nous devons soutenir ceux qui luttent de manière pacifique », conclut Ribeiro e Castro.

    Le rappeur et militant des droits de l'homme Luaty Beirao, ici en 2012, est en grève de la faim depuis le 21 septembre. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN

    Les manifestations/veillées se poursuivent. Le 22 octobre, à l’initiative d’un groupe de personnes, un rassemblement a eu lieu devant l’ambassade d’Angola à Lisbonne. Moins de 200 personnes y ont pris part, mais les organisateurs se sont dits satisfaits « en raison de la crainte des Angolais de s’exprimer si frontalement devant la représentation du pouvoir ».

    Pour Ana Luisa Rodrigues, une journaliste qui a participé pour défendre les droits de l’homme, « la force symbolique était émouvante. Mais au-delà de l’empathie pour Luaty, et son acte désespéré, il y a autre chose. Ce n’est pas un hasard si des gens qui se sont opposés aux guerres coloniales, il y a 40 ans, rejoignent le mouvement au Portugal. Le recours aux méthodes dictatoriales sont les mêmes dans l’Angola d’aujourd’hui et le Portugal de l’époque de Salazar. Intimidation, interdiction des veillées, des réunions, dénigrement des personnes, menaces directes ou indirectes, emprisonnements, tortures….En Angola, la grève de la faim de Luaty est traitée comme "un comportement déviant face aux aliments" à la télévision », s’insurge la jeune femme.

    L’embarras portugais

    Une pétition, des prises de position de tous bords, les députés du Bloc de Gauche (le Syriza/Podemos portugais) vêtus de t-shirt à l’effigie des 15 prisonniers, des démarches répétées d’Amnesty International, des chansons, des vidéos…Le soutien devient protéiforme. La pression pour que le gouvernement portugais intervienne en Angola en faveur de la fin du jeûne mortel de Luaty s’accentue. L’ambassadeur du Portugal à Luanda a rendu visite au gréviste de la faim, mais la diplomatie portugaise préfère se montrer discrète.

    Les intérêts économiques et politiques entre les deux pays sont importants. Et à Lisbonne l’ambassadeur angolais José Marco Barrica a dénoncé les tentatives « d’ingérence étrangère dans un pays démocratique ». Pour l’instant, les démarches portugaises auprès des pouvoirs publics angolais ont permis la fixation de la date du jugement des activistes emprisonnés. Ce sera le 16 novembre. Mais Luaty n’a pas cédé : c’est libre que lui et ses compagnons iront au tribunal. La liberté ou la mort.

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