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    Hongrie: Arpad Göncz, l'adieu au roi de cœur

    media Le cercueil de l'ancien président hongrois Arpad Göncz, le 6 novembre 2015, au cimetière Obuda de Budapest. AFP PHOTO / ATTILA KISBENEDEK

    Des milliers de Hongrois ont assisté vendredi 6 novembre aux obsèques de l’ancien président Arpad Göncz. Aussi populaire que Vaclav Havel en République tchèque, cet ancien dissident fut le symbole du changement de régime en 1989 et a été le premier dirigeant de la Hongrie postcommuniste (1990-2000). Arpad Göncz est décédé le 6 octobre dernier à l’âge de 93 ans.

    Pas de funérailles nationales. L’ancien président l’avait lui-même décidé : pas de drapeaux, d’honneurs militaires ni de coups de canon, pas de discours politiques. Plutôt que d’être inhumé dans le grand cimetière de Budapest près d’autres hommes d’Etat, Arpad Göncz a choisi de reposer dans le petit cimetière d’Obuda, en banlieue, au côté de ses anciens camarades de la révolution de 1956. Certes l’actuel président hongrois et le Premier ministre Viktor Orban étaient présents, ainsi que des personnalités étrangères, mais à titre personnel.

    Il faut dire qu’Arpad Göncz se considérait comme un simple citoyen et détestait le protocole. Quand il était président, il s’esquivait de son bureau situé dans le Parlement et traversait la place pour aller fêter Noël avec ses anciens collègues de la maison d’édition Europa Kiado, pour laquelle il avait travaillé jusqu’en 1990. Pendant ce temps, ses gardes du corps le cherchaient partout.

    Patriote mais pas nationaliste

    Certains interprètent les volontés de Göncz comme son dernier acte politique. Il n’aurait pas voulu que ses obsèques puissent être récupérées par le gouvernement de Viktor Orban, lors d’une cérémonie grandiose qui aurait célébré la nation. Arpad Göncz était patriote mais pas nationaliste, et profondément démocrate.

    Membre fondateur en 1988 de l'Alliance des démocrates libres (SZDSZ), un parti d'opposition au régime communiste, il avait été élu député après la chute du Rideau de fer en 1989, puis président de la République l'année suivante. Une fonction qu'il avait occupée jusqu'en 2000. Alors âgé de 78 ans, il s’était ensuite limité à de rares apparitions publiques. Il est cependant resté la personnalité favorite des Hongrois.

    Cet hommes de lettres - traducteur reconnu de littérature anglo-saxonne, de Tolkien à Asimov en passant par Faulkner et Hemingway - au visage rond barré d’une fine moustache, était toujours souriant. « Je garde l’image d’un homme honnête qui aimait les gens », se souvient Anna, une retraitée venue assister aux obsèques.

    Le « Havel » hongrois

    Le pays le surnommait affectueusement « Oncle Arpi ». Arpad Göncz incarne pour les Hongrois le bonheur d’une époque : celle de la chute du rideau de fer en 1989, puis de la naissance de la IIIe République, d’une Hongrie enfin libre et indépendante. Göncz est emblématique de ces années euphoriques où la démocratie a fonctionné. C’est le seul dirigeant qui ait été vraiment aimé par la très grande majorité du peuple.

    A l’instar de Vaclav Havel en République tchèque, Göncz, qui avait été emprisonné de 1957 à 1963 pour avoir participé à l’insurrection de 1956, représente l’esprit de résistance et de liberté. Il a résisté contre les nazis hongrois en 1944, face aux soviétiques en 1956, puis a lutté pour libérer le pays du communisme. C’était un partisan du libéralisme politique, c’est-à-dire d’une démocratie à l’occidentale. Une ligne qu'il n'a jamais reniée.

    Sous des dehors affables, cet homme courtois n’en était pas moins tenace. En Hongrie, le président n’est pas le chef de l’exécutif - ce rôle est dévolu au Premier ministre - mais il est le garant des institutions. Un rôle qu'il a pleinement assumé. A l’automne 1990, le ministre de l’Intérieur lui avait demandé de faire intervenir l’armée contre les chauffeurs de taxi en colère qui avaient bloqué tout Budapest. Göncz avait refusé, évitant de possibles affrontements. En 1993, il s’est fermement opposé au gouvernement conservateur lorsque celui-ci a voulu prendre le contrôle des médias publics.

    Et à plusieurs occasions, « il a fait preuve d’intransigeance lorsque la droite a tenté de piétiner l’ordre constitutionnel de l’Etat de droit et de la République. (…) C’était un combattant solide comme un roc, y compris après 1989 », estime le philosophe G. Miklos Tamas. Durant son second mandat (1995-2000), Arpad Göncz a été moins actif. La Cour constitutionnelle avait limité sa compétence. En parfait démocrate, le président avait accepté la décision de la Cour. « Avec le temps, il est devenu clair que le seul pouvoir dont dispose le président, c’est celui de faire entendre sa voix », analysait-il en 2003.

    Un héritage perdu

    Que reste-t-il de l’héritage politique et spirituel de Göncz ? Peu de choses. Son parti a disparu de l’échiquier politique. Aujourd’hui, il y a bien deux petites formations centristes libérales mais qui pèsent très peu. Depuis des années, Viktor Orban attise le nationalisme et déclare lui-même qu’il bâtit un régime autoritaire. Il a bâillonné la Cour constitutionnelle et donné tous les pouvoirs à son propre parti dans une nouvelle constitution. « Göncz était mon président, il représentait la république de 1990. C’est aussi la République qu’on enterre aujourd’hui », déplore Edith, ingénieur de 43 ans venue aux funérailles.

    « Arpad Göncz est le symbole de ce qui aurait pu être », résume G. Miklos Tamas. Les Hongrois ont perdu quelqu’un qui symbolisait l’union du pays, qui rassemblait tous les démocrates. Désormais, la démocratie est très affaiblie par un pouvoir autoritaire. Le pays est profondément divisé en deux camps, droite et gauche. Aucun politicien ne paraît capable de réconcilier la société et les Hongrois ne voient aucun changement à l’horizon. Un pessimisme que formule ainsi le président de l’Association hongroise pour l’Europe Istvan Hegedüs : « Arpad Göncz est le symbole de nos espoirs déçus ».

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