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    Europe

    France-Russie: les limites de l'alliance contre le groupe EI

    media Le président français François Hollande et son homologue russe Vladimir Poutine à l'aéroport de Moscou, le 6 décembre 2014. AFP/Alain Jocard

    François Hollande se rendra à Moscou le 26 novembre pour discuter avec Vladimir Poutine de la mise en place d'une grande coalition contre l'organisation Etat islamique. Mais Paris comme Moscou doivent d'abord clarifier leurs positions sur les cibles à viser et l'avenir politique de la Syrie.

    En dépit du grave incident aérien ayant conduit à la destruction par l'armée turque d'un chasseur bombardier russe le 24 novembre, Moscou se disait le 26 novembre prêt à participer à un état-major commun destiné à planifier les frappes contre l'organisation Etat islamique.

    « Pour mettre sur pied une coalition commune, il nous faut des objectifs communs », laisse-t-on entendre au ministère de la Défense, à Paris. Autrement dit : les Russes doivent s'engager à stopper leurs bombardements sur les mouvements de l'opposition syrienne modérée. Car 50 à 60% des frappes russes ne touchent ni Daech, ni le Front  Jabat al-Nosra, précise-t-on, mais bien l'Armée syrienne libre (ASL), qui reste un mouvement très atomisé, concède une source au ministère.

    Aucun « résultat probant » de la Russie en Syrie jusqu'ici

    Deuxième point : la question de Bachar el-Assad et de la gouvernance de la Syrie. « On ne pourra pas faire grossir les rangs des mouvements opposés aux jihadistes sans garanties sur l'après-Bachar, précise-t-on à Paris. Avec les Russes c'est le moment de parler de tout ça ». La France, comme la Russie, vient en effet de connaître des attentats de masse. « Personne ne remet en question les intérêts de la Russie en Syrie, que l'on retrouve d'ailleurs dans la structure de ce pays », conclut notre interlocuteur.

    « Pour autant, il ne faut pas se tromper : en Syrie, l'armée russe est au maximum de ses capacités sans résultats probants », assure un expert. Avec les Russes, la marine française devrait surtout faire de la déconfliction navale, autour du porte-avions, c'est à dire de communiquer sur les positions des bateaux pour éviter les méprises. La déconfliction est l’ensemble des mesures permettant d’éviter des dommages entre alliés (ou pas) durant un conflit. De là à choisir de manière conjointe les cibles et à les bombarder ensemble, il y a un pas qui techniquement comme politiquement sera difficile à franchir.

    « Coordination »

    Car malgré quelques signes positifs venus de Moscou, tels que le vote à l'unanimité de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie, les contacts pris entre militaires français et russes et les frappes sur Rakka au lendemain des attentats de Paris, la question de savoir jusqu'où Vladimir Poutine est prêt à aller reste complète.

    La France réfute tout « marchandage » sur le problème de la transition politique, et se fait peu d'illusions sur l'inflexion qu'elle attend de la Russie d'autant que, comme le précise notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne, depuis sa visite en Iran lundi Vladimir Poutine exprime à nouveau un soutien sans faille à Bachar al-Assad.

    Dès lundi, l'entourage de François Hollande ne parlait plus de « coalition » avec les Russes, mais de simple « coordination ». Les Russes ne sont pas sourds à une meilleure coopération mais la marge de manoeuvre du président français est étroite. Entre Moscou et Washington, l'intense semaine diplomatique de François Hollande a des airs de mission impossible.

    Il y a des rapprochements tactiques, il y a la volonté d'explorer des solutions au plan diplomatique, de se coordonner peut-être sur la plan militaire mais tout cela reste encore très largement à faire...
    Jean-Sylvestre Mongrenier chercheur à l'Institut français de géopolitique, expert à l’Institut Thomas More, et co-auteur du livre «La Russie, de Poutine à Medvedev» paru en 2008 aux éditions Unicomm 18/11/2015 - par Piotr Moszynski Écouter

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