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    Anselm Kiefer ose la couleur et l’extase au Centre Pompidou-Paris

    media « Pour Madame de Staël : de l’Allemagne », 2015, Installation in situ sous les tuyaux du Centre Pompidou-Paris. Vue de l’œuvre dans la rétrospective Anselm Kiefer. Siegfried Forster / RFI

    Surprise, surprise… L’explorateur des abîmes de l’âme allemande a investi aussi la couleur joyeuse et l’extase féminine. C’est une des découvertes à faire dans la première rétrospective de l’artiste allemand Anselm Kiefer dans son pays de résidence, la France. Depuis ce mercredi 16 décembre, le Centre Pompidou-Paris présente la carrière de ce géant de l’art contemporain : des mythes germaniques et hitlériens passant par la poésie tragique de Paul Celan, jusqu’à l’érotisme à la Rodin. 150 œuvres dont une soixantaine de peintures, des vitrines spectaculaires et une installation monumentale.

    Des livres calcinés, une peinture de terre brûlée, deux autres montrant l’artiste avec l’uniforme militaire de son père et le salut hitlérien pour défier le passé qui ne passe pas… Dès les premières œuvres des années 1960 et 1970, réunies dans la première salle de ce parcours chronologique, le visiteur se trouve immergé dans la pesanteur de l’histoire allemande et le travail artistique sur la catharsis d’Anselm Kiefer.

    Anselm Kiefer, né au milieu des ruines

    Né le 8 mars 1945 à Donaueschingen, au bord du Rhin, Anselm Kiefer voit le jour pendant la guerre, au milieu des ruines. Depuis 50 ans, il puise ses ressorts dans la catastrophe morale, mythologique et matérielle provoquée par l’Allemagne d’Hitler. Dans les treize salles de l’exposition, ses œuvres répondent aux questions posées par le philosophe Theodor W. Adorno, le poète Paul Celan et l’artiste Joseph Beuys aux Allemands après le nazisme : Comment faire de l’art après Auschwitz ? Comment dépasser les mythes germaniques détournés par les nazis ? Comment affronter l’Histoire allemande ? Comment inventer un nouveau langage ?

    Avec Resurrexit (1973) et Resumptio (1974), l’artiste a trouvé la matière pour sa « résurrection » dans la peinture, dans les matières organiques et le plomb. Dans ce dernier, réside, selon Anselm Kiefer, la puissance de la poésie et de la spiritualité, la capacité de produire une étincelle de lumière.

    Il réinvestit aussi l’Histoire allemande avec Notung (1973), l’épée mythique des Nibelungen, et en créant son propre panthéon. Wege der Weltweisheit (Chemins de la sagesse du monde) (1976-1977) montre les visages des penseurs et philosophes Georg Büchner, Friedrich Schleiermacher, Rainer Maria Rilke, Johann Gottlieb Fichte, Heinrich von Kleist et Friedrich Hölderlin peintes sur papier en format monumental, après une gravure sur bois agrandie.

    L'artiste allemand et « Aschenblume » de Paul Celan

    Pendant toute sa carrière, Anselm Kiefer était hanté par les thèmes de la destruction et la Shoa. Ainsi, depuis des décennies, sa confrontation avec la poésie de Paul Celan, survivant des camps nazis, est restée constante, de Margarete (1981) à Aschenblume (Fleur de cendre) (2006). Un écho pictural incroyablement intense à l’univers poétique de Goethe à Celan et à la catastrophe des camps d’extermination. « Aschenblume est un tableau tout à fait étonnant, explique le commissaire Jean-Michel Bouhours qui répond à la place d’un artiste très réticent à donner des interviews. On retrouve ce paysage avec un point de fuite très haut dans la composition. Ces sillons qui convergent et qui évoquent des paysages qui ne sont plus fertiles, des paysages arides, des paysages que la destruction a rendus complètement incultes. On a l’impression de voir des rangées de barbelés qui pouvaient entourer des camps de concentration. Et puis il y a les fleurs de cendre du poème de Celan, représentées ici par ces livres brûlés posés sur des tablettes. Cela renvoie à la question de la destruction de la culture, de l’écrit, mais aussi à la question du caché et du révélé, une question très forte dans la mystique juive et dans les récits hassidiques. »

    Un visiteur regarde l'oeuvre exposée dans la rétrospective Anselm Kiefer : « Für Paul Celan : Aschenblume » [Pour Paul Celan : Fleur de cendre], 2006. Huile, émulsion, acrylique, shellac et livres brûlés sur toile 330 x 760 x 40 cm. Collection particulière Siegfried Forster / RFI

    Le plus grand mérite de l’exposition ? Ce n’est pas la tour en tôle construite par Kiefer dans le hall du Centre Pompidou pour faire défiler le film de sa vie. Une installation certes gigantesque, mais finalement un peu vaine dans cette exposition muséale consacrée à la diversité de l’œuvre picturale de l’artiste. L’exploit majeur de cette rétrospective consiste justement à évacuer les gestes monumentaux de l’artiste qui monopolisent souvent l’attention. Surgit alors une œuvre récente et étonnante d’Anselm Kiefer dépassant le cadre mythologique et apocalyptique.
     
    De la noirceur à la couleur et à l'érotisme
     
    Car ses travaux contemporains font surtout appel à la renaissance et la création, à la couleur et à l’érotisme. Déjà, dans l’exposition de la Bibliothèque Nationale de France dédiée actuellement aux livres (de plomb) de Kiefer, les œuvres de l’année 2015 portent des intitulés plein d’espoir comme Lichtung (Clairière) et Ich bin der ich bin (Je suis celui qui suis), dotées de couleurs vives et d’un ciel bleu.
     
    Les nouveaux dessins accrochés dans la rétrospective au Centre Pompidou affichent même des Extases féminines ou se servent d’un emprunt à Walter von der Vogelweide pour montrer le sexe d’une femme au-dessus d’une fleur. Quant aux peintures monumentales Böse Blumen (2001-2015), Le langage des fleurs et des choses muettes (1995-2015) et Le Dormeur du val (2013-2015), elles assument également une gamme chromatique jusqu’ici inconnue chez cet explorateur de l’âme allemande.
     
    « Les aquarelles sont certainement inspirées par l’érotisme de Rodin. Mais, le travail sur papier est toujours un travail un peu à côté de l’œuvre elle-même. C’est toujours un mouvement d’écart par rapport à la grande ligne de ses tableaux. Par contre, il y a effectivement un nouveau phénomène chez Anselm Kiefer, remarque le commissaire Jean-Michel Bouhours. Depuis 2012, la couleur devient très prégnante dans son œuvre. Il a maintenant envie de s’exprimer avec une polychromie joyeuse. Pour autant, chez Anselm Kiefer, il y a toujours eu une polarité entre une chose et son contraire. Les tableaux noirs et sombres étaient peints avec des couleurs sous-jacentes. Et les tableaux extrêmement colorés cachent d’une certaine manière une certaine noirceur. »

    L'idéalisme dangereux
     
    Comprendre cette dialectique entre le bien et le mal est aussi nécessaire pour traverser la dernière salle, entièrement occupée par une œuvre monumentale créée pour l’occasion. Mme de Staël – De l’Allemagne (2015) est un hommage empoisonné au romantisme allemand. Sur les cimaises trône une forêt sombre et enneigée, un premier avertissement adressé aux visiteurs. Une peinture prolongée sur le sol sous forme d’un grand terrain de sable lumineux. Est-ce un cimetière peuplé de stèles ? Des panneaux y poussent comme des champignons. Ils portent les noms des penseurs et philosophes allemands rendus célèbres dans la France du 19e siècle par Mme de Staël. Mais attention, l’installation est dominée par un lit en fer qui cache bien l’enfer. Au pied du lit surmonté par une couverture de plomb, un seul nom suffit pour nous replonger dans les tourmentes de l’Histoire allemande : Ulrike Meinhof, la terroriste de la bande à Baader. Pour Anselm Kiefer, l’idéalisme allemand reste dangereux comme des champignons vénéneux.

    Dans la salle 12 («Du noir à la couleur») de la rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou-Paris: «Böse Blumen» [Les Fleurs du Mal], 2001-2015. Acrylique, émulsion, huile, shellac et résidu d’électrolyse sur toile 280 x 570 cm. Collection particulière. Siegfried Forster / RFI
    Anselm Kiefer, Beuys, Duchamp et l’ésotérisme
    Toute l’œuvre d’Anselm Kiefer est très duchampienne.
    Jean-Michel Bouhours, commissaire de la rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou-Paris, sur le concept des 40 vitrines conçues par Kiefer pour l'exposition. 17/12/2015 - par Siegfried Forster Écouter
    Dans la Salle des Vitrines de la rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou-Paris. Siegfried Forster / RFI

    Anselm Kiefer, rétrospective au Centre Pompidou-Paris, du 16 décembre au 18 avril 2016.

     

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