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    Europe

    Crise migratoire: la Turquie prend de court l'Union européenne

    media Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, lors du sommet UE-Turquie, lundi 7 mars 2016, à Bruxelles. THIERRY CHARLIER / AFP

    A Bruxelles, 28 chefs d'Etat et de gouvernement du continent négocient ce lundi 7 mars avec avec la Turquie pour tenter de juguler les flux de migrants. Les pays européens comptent sur la coopération d'Ankara pour retenir plus de migrants sur son sol. Les Turcs et les Européens s'étaient déjà vus à ce sujet les mois passés, mais ce lundi, Ankara a fait de nouvelles propositions. La Turquie demande à l'Union européenne trois milliards d'euros d'aide supplémentaire « d'ici 2018 ».

    Avec notre Bureau à Bruxelles

    Incontestablement, le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a pris de court ses interlocuteurs de l’UE, qui pensaient que l’affaire était entendue et qu’il restait seulement à préciser quelques détails. Le Premier ministre turc a souligné que les 3 milliards proposés par l’UE étaient insuffisants et qu’il fallait payer bien davantage pour obtenir la pleine coopération de la Turquie. La Turquie a donc demandé 3 milliards d'euros d'aide supplémentaire « d'ici 2018 ».

    Si l’accord est conclu, la Turquie reprendra sur son territoire tous les migrants, y compris syriens, qui se sont rendus en Grèce, aidés par des passeurs. En échange, pour chaque Syrien réadmis en Turquie, l’Union européenne s’engage à prendre en charge un réfugié syrien se trouvant sur le territoire turc. Il s’agit là de la création d’un canal légal d’admission des réfugiés, mais c’est aussi un signal fort pour dissuader tous ceux qui tentent de rejoindre l’Europe en faisant appel aux passeurs.

    Contreparties

    L’accord, toujours en négociation à Bruxelles, comprend aussi d’autres contreparties pour Ankara: les ressortissants turcs seraient dispensés de visas pour entrer et circuler dans l’espace Schengen, dès la fin juin, donc plus tôt que ce qui était initialement prévu. De plus, des négociations sur de nouveaux chapitres d’adhésion à l’Union européenne devraient être ouverts rapidement avec la Turquie.

    Du coup, un dîner de travail est improvisé à la hâte ce soir et la négociation, d’autant plus ardue que l’agacement est désormais manifeste parmi les Européens, devrait durer de nombreuses heures. Selon un responsable européen, « plusieurs pays de l'Union aiment vraiment les propositions faites par Ankara, mais ne peuvent conclure un accord ce soir, car des clarifications sont encore nécessaires ».

    La Turquie en position de force ?

    Le plan d’action euro-turc est la pièce maitresse d’un retour à la gestion normale des flux migratoires. La Turquie est censée retenir les migrants sur son sol, pourchasser les passeurs et recevoir les illégaux expulsés de l’UE avant de les rapatrier dans leurs pays d’origine.

    Sans cela, il n’est pas envisageable de mettre fin aux frontières fermées de 8 pays européens et cela provoquerait la « mort » de l’espace Schengen, avec pour conséquence le déclenchement d’un cataclysme économique et humain. Les Turcs ne l’ignorent évidemment pas et sont résolus à pousser à l’extrême ce redoutable avantage tactique.

    → (Re)lire : Sommet UE-Turquie: la fermeture de la route des Balkans en débat

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