GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 27 Juin
Mardi 28 Juin
Mercredi 29 Juin
Jeudi 30 Juin
Aujourd'hui
Samedi 2 Juillet
Dimanche 3 Juillet
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Europe

    Turquie: deux destins de femmes en devenir à l'ombre du Bosphore [portraits]

    media Getty Images/Jean-Pierre Lescourret

    Rabia a 15 ans, Yamur 16. L'une rêve de voyage, l'autre préfère rester dans son pays. Les deux sont fières d'être Turques, mais elles veulent améliorer le statut de la femme qu'elles vont inéluctablement devenir dans une poignée d'années.

    De notre correspondant à Istanbul,

    Rabia, 15 ans, souhaite faire ses études à l'étranger. RFI/Alexandre Billette

    Üsküdar est un quartier populaire et conservateur qui longe le Bosphore, sur la rive asiatique de la métropole turque. C'est ici que nous a donné rendez-vous Rabia, dans un petit café à l'ombre de l'imposante mosquée Mihrimah Sultan, construite au XVIe siècle par le grand architecte Mimar Sinan.

    Rabia est née dans un quartier aisé non loin d'ici, en 2000, mais elle ne fait pas ses 15 ans. Qu'on ne s'y trompe pas cependant : la frêle Rabia s'entraîne au taekwondo depuis maintenant huit ans... et pratique le violon, apprend l'allemand et l'anglais et est incollable sur les nouvelles technologies. « Je veux voyager en Europe et en Amérique pour découvrir justement comment ces nouvelles technologies et l'informatique ont été développées. Ici bien sûr on utilise les mêmes outils, mais on n'est pas au niveau ».

    Après le lycée, Rabia ne sait pas encore quelle faculté elle choisira à l'université. « Je veux apprendre les sciences, mais aussi des langues étrangères, et puis les sciences sociales... Chose certaine, je veux faire une partie de mes études à l'étranger ! » Les voyages, c'est de famille : le père de Rabia travaille en Moldavie, pour une ONG qui développe les échanges avec la communauté turque de ce petit pays ex-soviétique, tandis que sa mère prend soin des enfants à la maison.

    « Pour une femme, c'est important d'avoir des enfants et de prendre soin de la maison, mais il faut aussi s'accomplir en travaillant. Moi par exemple, dans dix ans, je me vois avec un travail et des enfants. Je veux que mes enfants puissent dire "nous sommes fiers de notre mère" ». « Ce n'est pas toujours simple pour les femmes en Turquie. Il y a notamment beaucoup de violences, on en parle de plus en plus ». Ces dernières années, les violences contre les femmes ont explosé en Turquie. L'an dernier, plus de 300 femmes ont été tuées dans le pays, un nombre en forte hausse depuis le début des années 2000. « Ça ne me concerne pas directement, mais bien sûr, c'est important pour moi d'être en sécurité parmi les miens ».

    « Il faut être fier d'être Turc. Ça aussi, c'est important. Il faut connaître son Histoire, connaître l'héritage turc, ce peuple qui est né en ayant adopté l'islam, sur les terres d'Anatolie ». Malgré tout, Rabia se voit vivre à l'étranger à l'avenir. « J'aime beaucoup Istanbul, mais je pense que dans dix ans, je vivrai en Europe. J'ai envie, j'ai besoin d'aller voir comment les choses se passent ailleurs ! ».

    « Changer les choses »

    Yağmur, 16 ans, en dernière année de lycée. RFI/Alexandre Billette

    Il suffit de quinze minutes de ferry pour changer de décor. De l'autre côté du Bosphore, sur la rive européenne, près du lycée Galatasaray et à deux pas de la grande rue piétonne Istiklal, Yamur nous attend dans une petite rue, près du café du célèbre photographe stambouliote Ara Güler. A 16 ans, Yamur est en dernière année de lycée. Née à Istanbul dans une famille plutôt aisée – « ma mère est banquière, mon père travaille dans le textile » – elle se verrait bien travailler dans la mode, la création ou dans le textile, justement, « comme mon père ». « Mais d'abord je vais essayer d'entrer à la faculté des Beaux-Arts de l'Université Mimar Sinan, la meilleure du pays ! »

    Yamur porte un jugement sévère sur la Turquie actuelle. « Je n'aime pas l'image de la Turquie qu'ont les étrangers aujourd'hui : on ne parle que de terroristes et d'autoritarisme. Quand on pense à l'histoire, pourtant, il y aurait de quoi être fier d'être Turc, mais il faudrait qu'on se regarde dans une glace et qu'on change des choses, notre manière d'être ».

    « C'est particulièrement dur pour les femmes. Il y a une pression sociale énorme en tant que fille ou en tant que femme en Turquie. Quand tu es une enfant, tu dépends de ton père, et ensuite, tu dépends de ton mari. Toute ta vie, tu es sous la dépendance d'un homme ». Issue d'une famille libérale, Yamur n'est pas tendre envers le gouvernement islamo-conservateur actuel. « La Turquie est un pays qui manque d'éducation, notamment par rapport aux femmes, et les dirigeants en sont responsables », affirme-t-elle. « Il faut donner plus de moyens à l'éducation alors qu'on fait exactement le contraire maintenant, pour maintenir la dépendance des femmes ».

    Elle aussi évoque la violence faite aux femmes en Turquie : « c'est de pire en pire. Par exemple, dans la rue, si un couple se bat, personne ne va oser intervenir. Il y a encore quelques années, ce n'était pas comme ça. C'est comme s'il n'y avait plus de respect en Turquie pour les femmes, et les hommes le voient bien, ils se sentent de plus en plus forts et savent qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent ».

    Malgré ce portrait plutôt sombre, Yamur ne se voit pas s'établir ailleurs. « Je veux vivre et travailler ici. Je suis déjà allée en Italie et en Angleterre, mais j'ai envie de changer les choses ici. Par exemple, la Turquie est très en retard dans le domaine de la mode, et j'ai envie de travailler là-dessus, pour faire bouger les choses. Dans dix ans, je ne sais pas si j'aurai des enfants... Peut-être, mais je vais y penser plus tard. Là, en ce moment, j'ai envie de penser surtout à ma carrière ».

     

    Retrouvez tous les articles de notre série «Femmes de demain» ici.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.