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Grèce: les producteurs de coton à la recherche de l’or bleu

media De g à d : Nikolos Cosmas, Vassilis Ikonomou et Adonis Koutalekos, trois professionnels du coton qui dressent de leur métier un portrait peu réjouissant. RFI / François-Damien Bourgery

En Grèce, le coton fait vivre 200 000 personnes. Mais cette culture, gourmande en eau et très consommatrice de pesticides, assèche les sols et détruit les nappes phréatiques. En Thessalie, dans le centre du pays, les cultivateurs de coton sont désormais confrontés à une grave pénurie. Reportage.

De notre envoyé spécial en Grèce,

« Vous ne verrez pas grand-chose », nous avait prévenus Nikolos Cosmas lorsqu’on lui avait proposé de le retrouver sur son exploitation. En ces premiers jours de mars, les terres de Thessalie sont encore nues. Quatre-vingts pour cent du coton européen est produit ici, dans ces vastes plaines du centre du pays. La dernière récolte s’est terminée en novembre, les premières pousses ne réapparaîtront qu’à la fin du mois. En attendant, il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour se représenter les immenses champs de coton qui font la réputation de la région.

A défaut de nous faire visiter ses terres, Nikolos Cosmas nous a donné rendez-vous au siège de la coopérative départementale, à la sortie de Trikala. L’endroit ne paie pas de mine. C’est pourtant le centre névralgique de la région. Pendant deux mois, de septembre à novembre, entre 800 et 1 000 tonnes de coton sont traitées chaque jour dans son usine avant d’être envoyées par ballot de 250 kilos en Turquie et en Chine.

Etranglés par les coûts

A l’intérieur du bâtiment, ils sont finalement trois à nous attendre : Nikolos Cosmas, propriétaire de 50 hectares de coton ; Vassilis Ikonomou, 13 hectares ; Adonis Koutalekos, le responsable de l’usine. Et le portrait qu’ils dressent de leur métier n’est pas vraiment réjouissant. « Les coûts ont tellement augmenté qu’on ne réalise plus aucun profit, se désole Nikolos Cosmas en grillant clope sur clope. On ne tient plus que grâce aux subventions. » Les trois hommes pointent le prix des machines agricoles françaises, plus performantes mais aussi beaucoup plus chères que leur équivalent grec, ou encore celui des pesticides, indispensables pour protéger les plants des maladies et des insectes, qui a explosé avec le passage de la TVA de 13 à 23 % l’été dernier.

Des coûts que les aides européennes parviennent difficilement à compenser. « Les subventions de la PAC ont diminué de 25 %. Et ça va continuer jusqu’en 2019, jusqu’à ce qu’on ne soit plus aidé du tout. Le résultat, c’est que ce ne sera plus intéressant de cultiver la terre », s’emporte Nikolos Cosmas. « C’est criminel », dit-il.

Des nappes phréatiques inexploitables

Mais c’est surtout le manque d’eau qui leur cause bien des soucis. Après soixante années d’exploitation intensive, les ressources en eau de Thessalie se sont sérieusement taries. Les lacs naturels se sont asséchés, les nappes phréatiques sont devenues inexploitables, contaminées par les produits phytosanitaires utilisés en abondance. Désormais, les agriculteurs disent être obligés de puiser l’eau à 50 mètres de profondeur, contre 10 mètres auparavant. Avec une facture d’électricité qui augmente en conséquence : entre 500 et 600 euros par hectare et par trimestre. « Pour réalimenter les réserves souterraines, il faudrait construire des infrastructures telles que le barrage sur le fleuve Archeloos », plaide Nikolos Cosmas.

Le projet de dérivation du plus long fleuve du pays, qui prend sa source dans le massif montagneux du Pinde, a été lancé au milieu des années 1980. Il prévoyait la construction de deux grands barrages et de lacs de retenue, ainsi qu’un tunnel de près de 18 kilomètres creusé dans la montagne vers la plaine agricole de Drakotrypa. Mais le projet s’est rapidement heurté à la mobilisation des habitants de la vallée et de dizaines d’associations de défense de l’environnement. Car en plus des habitations vouées à être noyées, c'est tout un écosystème qui était menacé. La bataille judiciaire a duré près de vingt ans. Elle s’est achevée en mars 2014 par une décision du Conseil d’Etat qui a ordonné l’abandon du projet au nom du principe de développement durable inscrit dans la Constitution grecque.

Deux ans plus tard, les agriculteurs de Thessalie ne peuvent que se soumettre à cette décision. Mais ils réclament une alternative, comme un réseau de petits barrages ou une retenue sur le lac Plastiras qui, en plus de les approvisionner en eau, leur fournirait de l’électricité. « En faisant attention à l’équilibre écologique », précise Nikolos Cosmas. Et d’évoquer cette fois l’exemple du lac Karla.

Karla, un projet idéal de développement durable

Pour en connaître les détails, il faut se rendre à une heure de route de Trikala, au rez-de-chaussée d’un petit immeuble coincé entre un café et une station-service. Au fond de l’open space où siège l’Organe de gestion de l’écodéveloppement de Karla, Pantelis Sidiropoulos déploie une carte afin de nous raconter l’histoire d’un projet érigé en modèle de développement durable. Elle remonte à 1962. Cette année-là, le lac Karla est asséché pour faire de la place à la population rurale et aux cultures de coton en plein boom.

« Ce n’est qu’une fois que le lac a été asséché que les aspects environnementaux ont été compris », explique l’ingénieur civil. Les conséquences sont immédiates. Les réserves d’eau souterraines s’épuisent, il faut creuser jusqu’à 300 mètres pour en trouver. Le sol se crevasse, les maisons se fissurent. La plaine se transforme en désert. « Il n’y avait pas de gestion durable et planifiée de l’eau, ni de système d’irrigation organisé. Chaque agriculteur puisait dans son coin », raconte Pantelis Sidiropoulos. Ceux qui ne sont pas partis se tournent vers la sylviculture, moins gloutonne en eau. Mais le mal est fait. Au début des années 2000, les autorités grecques décident donc de recréer un lac à l’emplacement du précédent.

Le projet est ambitieux. Il prévoit la construction d’un gigantesque lac artificiel de 38 km2 alimenté par le fleuve Pinios et l’eau des montagnes. Il sera entouré d’un circuit de randonnée agrémenté d’observatoires pour admirer la faune ornithologique, tandis qu’un réseau de canalisations permettra d’irriguer 9 200 hectares de plaines agricoles. Mais afin d’éviter une nouvelle catastrophe écologique, les cultivateurs qui en bénéficieront devront s’engager à fermer les puits sauvages. Aujourd’hui, les communes avoisinantes rêvent de voir leur région sinistrée transformée en un haut lieu de l’écotourisme. Elles devront cependant attendre encore un peu. « Le projet devait être terminé en 2012, mais il devrait finalement voir le jour cette année, indique Pantelis Sidiropoulos. Il reste encore 20 à 30 % du travail à faire. »

Au siège de WWF à Athènes, Théodota Nantsou se montre plus réservée. « Le lac, qui devait être d’abord considéré comme un écosystème à reconstruire, est vu par les autorités grecques comme une piscine pour approvisionner les agriculteurs en eau », dénonce-t-elle. La responsable des questions politiques au Fonds mondial pour la Nature appelle à la prudence : « Le projet est viable, mais à condition qu’on attende que l’écosystème soit totalement reconstruit avant de commencer à irriguer les champs. » Surtout, dit-elle, il faut changer les pratiques actuelles, arrêter d’utiliser l’eau de façon incontrôlée en arrosant les plantations en plein cagnard, et mettre fin aux monocultures intensives. Sous peine de courir à un nouveau désastre.

DIAPORAMA
Cliquer sur l'image pour afficher le diaporama. RFI / François-Damien Bourgery

 

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