Giacomo Salvatore Manzo : en Sicile, «nous fondons de grands espoirs sur le bio» - Europe - RFI

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Giacomo Salvatore Manzo : en Sicile, «nous fondons de grands espoirs sur le bio»

media En 2015, le chiffre d’affaires du secteur vitivinicole italien s’élève à plus de 14 milliards d’euros, dont plus de 5 milliards à l’exportation. Photo: Marc Verney / RFI

Quelles sont les principales données de l’industrie vitivinicole italienne ? Stephan Filippi, vice-président national de l’Association italienne des oenologues et techniciens viticoles (Assoenologi) et Giacomo Salvatore Manzo, président de la section Sicile d’Assoenologi répondent aux questions de RFI.

RFI : quels sont les principaux chiffres de l'industrie viticole italienne pour 2015 ?

Stephan Filippi : les données élaborées par Assoenologi permettent d’estimer une production pour l’année 2015 de 47,6 millions d’hectolitres (+13% par rapport à 2014 et +4% par rapport à la moyenne décennale). Les AOP (appellation d'origine protégée) italiennes (DOC et DOCG) sont au nombre de 405 (73 AOP supérieure garantie et 332 AOP) et les indications géographiques protégées (IGP), 118. Le chiffre d’affaires du secteur vitivinicole s’élève à plus de 14 milliards d’euros, dont plus de 5 milliards à l’exportation. A ceci, il faut également ajouter au moins 2 autres milliards d’euros qui concernent la technologie de cave. En effet, la technologie italienne est la plus diffusée au monde. Au total, 60% du vin italien est rouge ou rosé. Les coopératives représentent 50% de la production totale italienne. Les producteurs de raisin de cuve sont plus de 650 000. Les structures en possession d’une licence pour embouteiller du vin sont un peu moins de 25 000, et chacune, selon les données élaborées par Assoenologi, détient en moyenne 3 étiquettes différentes.

Giacomo Salvatore Manzo: «On peut dire que les vins siciliens sont naturellement biologiques!» Photo: Assoenologi

RFI : dans cet ensemble, quelle est la spécificité de la Sicile ?

Giacomo Salvatore Manzo : la Sicile, terre riche d’histoire et de culture vitivinicole depuis les temps des Romains, possède le territoire avec la plus grande surface viticole. Elle représente au moins 100 000 hectares, dont 49 000 avec une appellation AOP ou IGP. La production moyenne de ces dernières années est d’environ 5 millions d’hectolitres. Les viticulteurs qui bénéficient d’une appellation sont environ 15 000 et produisent en moyenne environ 2,8 millions d’hectolitres de vin. Ces 30 dernières années, le secteur de vins d’appellation mis en bouteille a enregistré une croissance annuelle de +10%, entre les vins IGP et AOP, avec une production qui atteint aujourd’hui 230 millions de bouteilles. Les données démontrent que la Sicile est une des régions qui a le plus investi dans les appellations certifiées afin de valoriser et renforcer le lien qui existe avec le territoire.

RFI : Quelle est l'importance de la production de vins bio dans la Péninsule et plus particulièrement en Sicile ?

Stephan Filippi : en Italie, la surface du vignoble a diminué (de 655 000 à 646 000 hectares seulement l’année dernière) mais la surface du vignoble bio a augmenté. En effet, le vignoble bio représente en Italie plus de 44 000 hectares, mais si on ajoute les 24 000 hectares en cours de conversion, le total dépasse les 68 000 hectares, soit 18,5% en plus par rapport à 2012, ce qui représente environ 11% du vignoble italien pour une production potentielle d’environ 5 millions de raisin de cuve. Un bond que l’on peut également attribuer au règlement 203-2012 qui, en normalisant la phase dans les chais (20 ans après celle du vignoble), a contribué à plus de clarté dans la définition du vin bio. Une tendance importante liée a la réalisation d’une viticulture durable et respectueuse de l’environnement.

Giacomo Salvatore Manzo : en Sicile, elle est déterminante. La production biologique dans l’île est favorisée par les conditions particulières des sols et du climat de l'île. On peut dire que les vins siciliens sont naturellement biologiques : il suffit, en effet, de doses réduites de cuivre et de soufre pour produire du vin. Néanmoins, dans les faits, seulement 20% du vin produit en Sicile est certifié biologique. Il s’agit donc d’un secteur encore de niche. Toutefois, les données nous permettent d’avoir de grands espoirs. En effet, ces dernières années les hectolitres de vin biologique sicilien ont fortement augmenté. Cela en fait un secteur intéressant qui, dans le futur, pourrait devenir beaucoup plus consistant.

Stefan Filippi: «Devant les enjeux des évolutions climatiques, le rôle et la fonction de l’oenologue sont devenus fondamentaux». Photo: Assoenologi

RFI : le réchauffement climatique inquiète-t-il les vignerons d'Italie ?

Stephan Filippi : sans aucun doute le changement climatique en cours et qui caractérisera notre futur, met l’accent sur la nécessité pour l’oenologue et pour le viticulteur d’une mise à jour scientifique continue. Le ministère italien des Politiques agricoles a également demandé aux techniciens, consultants et chercheurs d’étudier les mesures les plus adaptées pour limiter, autant que possible, les dommages qui peuvent en résulter. Et à ce stade, le rôle et la fonction de l’oenologue sont devenus fondamentaux. De nombreuses personnes considèrent cette période de crise comme une vraie opportunité. Un coup de pouce au changement, à la naissance d’une nouvelle vitiviniculture, comme ce fut le cas au milieu du XIXe siècle, avec l’arrivée de ce que l’on appelait alors les « maladies américaines ». La réponse de la recherche pour les combattre à l’époque fut la création des porte-greffes et des variétés hybrides, respectivement résistantes au phylloxéra et aux champignons. Ce fut une révolution authentique qui a déterminé la naissance de la viticulture moderne. Face à l’émergence climatique caractérisée surtout par la réduction des précipitations, s’est développée ces dernières années une prise de conscience plus diffuse aux problèmes de l’environnement, qui a poussé les consommateurs vers des styles de vie plus respectueux des ressources naturelles et plus attentifs aux caractéristiques nutritives des aliments. On a demandé à la recherche de répondre de manière décisive face aux situations urgentes de l’environnement et parasitaires avec les instruments des biotechnologies, nouvelle frontière du savoir scientifique. Ces dernières années, le monde académique de la recherche et les entreprises italiennes ont développé des techniques pour améliorer la génétique traditionnelle, de nouveaux porte-greffes et de nouveaux cépages plus résistants aux maladies cryptogamiques, en impliquant dans la recherche et dans la diffusion des résultats d’important producteurs de vins.

RFI  : depuis le 1er janvier 2016, les pays membres de l'UE peuvent augmenter leur vignoble dans une limite de 1% des surfaces plantées en vertu d'une nouvelle réglementation européenne, quelle est la position des Italiens sur le sujet ?

Stephan Filippi : Assoenologi est favorable à l’augmentation de la surface plantée seulement si celle-ci se fait dans une optique de qualité, c’est-à-dire avec des rendements plus bas et donc des raisins de meilleure qualité. Cette mesure doit être comprise uniquement dans cette optique. Elle n’aurait pas de sens si elle était diversement appliquée car il serait inutile de produire ce que le marché ne demande pas.


La politique agricole commune et l'Italie. Figurant dans le traité de Rome dès 1957, mise en oeuvre en 1962, la PAC est l'un des plus anciens projets de l'Union européenne. Celui-ci vise à approvisionner régulièrement le consommateur à un prix abordable et à garantir un niveau de vie équitable aux cultivateurs européens. La viticulture, au même titre que le lait ou les céréales, est concernée par cette politique. En Italie, les décisions liées à la mise en oeuvre de la PAC sont prises conjointement par l'Etat et les différentes régions au sein d’une « conférence Etat-Régions ».

Le pays, selon des chiffres publiés par le ministère français de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt est la troisième zone agricole de l'Union européenne après la France et l'Allemagne. Les entreprises agricoles italiennes sont parmi les plus performantes au monde dans le bio. Avec une enveloppe de plus de 33 milliards d'euros (2011) sur la période 2014-2020, Rome est la quatrième bénéficiaire des aides européennes derrière la France, l'Allemagne et l'Espagne. D'après la Commission européenne, les aides de l'UE à la viticulture italienne ont représenté une enveloppe globale de 1,5 milliard d'euros sur la période 2009-2013 et iront jusqu'à 1,68 milliard sur la période 2014-2018. Une grande partie de cet argent est consacrée à la restructuration des vignobles, une autre partie étant dédiée à la promotion des vins italiens.

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