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    Europe

    L’artificier, personnage-clé dans l’appareil terroriste

    media Capture d'écran d'une caméra de surveillance de l'aéroport de Bruxelles, le 22 mars 2016. A gauche, Najim Laachraoui, artificier présumé des attentats de Paris. REUTERS/CCTV/Handout via Reuters

    Najim Laachraoui, kamikaze de l’aéroport de Bruxelles le 22 mars dernier, était-il l’artificier des attentats de Paris ? Une chose est sûre : la fabrication des gilets explosifs dont les terroristes du Stade de France et du Bataclan étaient équipés requiert une certaine expertise.

    Au lendemain du 13 novembre, les enquêteurs sont sur les dents. En quelques heures, des commandos terroristes viennent de faire 130 morts au Stade de France et au Bataclan. Sept d'entre eux se sont fait exploser. Mais d’autres courent toujours. Le commanditaire et l’artificier sont particulièrement recherchés. Le commanditaire, pour comprendre comment l’attaque a été organisée et l’empêcher d’en mener une nouvelle. L’artificier, parce que sa spécialité fait de lui l’individu le plus dangereux, celui qui pourrait permettre à un autre groupe de passer à l’acte.

    Le nom de Salah Abdeslam est un temps évoqué comme celui qui a fabriqué les gilets explosifs dont les terroristes étaient équipés. L’enquête semble désormais s’orienter vers Najim Laachraoui, l’un des deux kamikazes de l’aéroport de Bruxelles. Des traces d’ADN de ce Belge de 25 ans, passé par la Syrie en 2013, ont été retrouvées sur du matériel explosif utilisé au Stade de France et au Bataclan, ainsi que dans un appartement perquisitionné dans la capitale belge.

    Le TATP, explosif de prédilection des terroristes

    Les gilets explosifs de Paris ont tous été conçus sur le même modèle : du peroxyde d’acétone, communément désigné par ses initiales anglaises TATP ; une pile ; un bouton-pression servant de détonateur ; des boulons pour maximiser les dégâts. Des éléments que la police belge a également découverts mardi 22 mars dans l’appartement bruxellois d’où sont partis les kamikazes de l’aéroport. Quinze kilos de TATP y ont été retrouvés, ainsi que 150 litres d’acétone, 30 litres d’eau oxygénée, des détonateurs et une valise remplie de vis et de clous.

    Voilà au moins 15 ans que le TATP est utilisé dans des actions terroristes. En 2001, c’est avec cet explosif caché dans ses chaussures que Richard Reid tente de faire sauter un vol Paris-Miami. Quatre ans plus tard, c’est aussi du TATP qui est employé dans les attentats de Londres. Le peroxyde d’acétone est devenu l’explosif de prédilection des terroristes en Europe. Puissant, il a l’avantage de pouvoir être fabriqué à partir de produits disponibles dans le commerce. « Vous pouvez en fabriquer une quantité importante en un après-midi, la faire sécher et l’avoir prête à l’emploi », expliquait récemment le professeur Sidney Allford, spécialiste des explosifs, au quotidien britannique The Guardian (article en anglais).

    L’utilisation du TATP, surnommé « la mère de Satan » par les terroristes en raison de son instabilité, exige cependant un véritable savoir-faire. « Les gilets explosifs sont composés d’éléments extrêmement volatils. Il faut posséder une certaine expertise pour éviter qu’ils ne sautent pas ou qu’ils sautent trop vite », indique Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes.

    « Qui dit gilet explosif dit artificier, expliquait en novembre dernier à l’Agence France-Presse un ancien chef des renseignements français. Fabriquer un système explosif fiable et efficace n’est pas à la portée de n’importe qui. Un artificier, c’est quelqu’un qui a l’habitude de manier les explosifs, qui sait les fabriquer, les arranger de façon à ce que la ceinture ou le gilet ne fasse pas de celui qui la porte un gros Bibendum qui ne peut pas se déplacer. Et il faut aussi qu’il ne saute pas intempestivement. »

    L’artificier, un élément précieux

    Ces compétences font de l’artificier un élément précieux qui ne participe jamais directement aux attaques. « Il est un élément important, mais moins central qu’avant, tempère Olivier Fourt, journaliste spécialiste des questions de défense à RFI. Parce qu’il y a aujourd’hui une diffusion plus large du savoir. » Il existe des réseaux sur lesquels les artificiers s’échangent leurs savoirs et leurs retours d’expériences. Des tutoriels circulent sur Internet. En 2010, le premier numéro d’Inspire, le magazine de propagande édité par al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) et distribué sur Internet, proposait ainsi à ses lecteurs un article titré : « Fabriquer une bombe dans la cuisine de sa maman ». Une recette dont se sont inspirés les frères Tsarnaev pour commettre leur attentat à Boston en avril 2013.

    Mais les ratés sont fréquents. Devenir artificier ne s’improvise pas. « Un artificier improvisé, c’est un artificier qui meurt », affirme Yves Trotignon, ancien agent de la DGSE. La pratique est indispensable. « D’où l’intérêt d’avoir des mentors, des cellules d’entraînement, comme c’est le cas en Syrie, au Yémen, dans le nord du Mali ou dans le nord du Niger », énumère-t-il. Des zones de non-droit, ou désertiques, où ces entraînements passent inaperçus. « Quand les prétendants au jihad arrivent en Syrie, ils reçoivent un entraînement de base qui va de deux semaines à un mois, pendant lequel ils apprennent le maniement des armes, rapporte David Thomson, journaliste à RFI et spécialiste du jihadisme. Certains choisissent de se spécialiser, notamment comme artificiers. La première chose qu’ils apprennent est la fabrication de ceintures d’explosifs. Parmi ceux qui reviennent de Syrie, beaucoup ont cette formation. »

    Des experts devenus cibles prioritaires

    Ceux qui restent acquièrent parfois un statut d’expert. Un statut qui fait d’eux une cible prioritaire. C’est le cas de David « Daoud » Drugeon, l’un des jihadistes français les plus recherchés de la planète jusqu’à ce que sa mort soit annoncée en septembre 2015 par un dirigeant d’al-Qaïda. Présenté comme « l’artificier breton d’al-Qaïda », David Drugeon était membre du groupe Khorassan, une unité de l’organisation terroriste en Syrie chargée d’organiser des attentats en Occident. Il a été tué par une frappe de la coalition.

    L’exemple d’Ibrahim al-Asiri est probablement le plus emblématique. Deux fois ciblé par les drones américains, donné pour mort à trois reprises, ce Saoudien de 33 ans était qualifié ces dernières années comme étant le terroriste « le plus dangereux du monde », celui qui effrayait le plus les Etats-Unis. Chimiste de formation, l’artificier en chef d’Aqpa a acquis sa renommée en inventant des explosifs réputés indétectables. Il est soupçonné d’avoir fabriqué ceux qu’Umar Farouk Abdulmutallab avait cachés dans ses sous-vêtements et tenté d’actionner à bord d’un vol Amsterdam-Détroit en décembre 2009. Il est aussi celui qui, en 2010, a fabriqué deux imprimantes piégées expédiées du Yémen et interceptées avant d’atteindre leur destination, des synagogues de Chicago. « C’est le même genre d’explosif qui a provoqué le crash [du Boeing de la compagnie Metrojet] au-dessus du Sinaï ou qui a été utilisé récemment à bord d’un avion en Somalie », note Yves Trotignon.

    Sur les zones en guerre où ils opèrent, ces artificiers ont accès à des explosifs militaires, autrement plus puissants et beaucoup plus stables que ceux utilisés en Europe jusqu’à présent. Les services de renseignement redoutent que de tels matériels soient importés sur le sol européen, via la Libye ou la Syrie, et permettent des attentats semblables à celui qui avait frappé l’hôtel Marriott d’Islamabad en 2008, faisant 55 morts et près de 300 blessés.

    Certains spécialistes estiment cependant que l’attentat à l’explosif est dépassé, qu’une attaque au fusil d’assaut peut s’avérer plus redoutable. Les attentats de janvier 2015 l’ont montré, ceux de novembre l’ont confirmé. Le rôle-clé de l’artificier pourrait donc être amené à décliner.

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