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    Europe

    Oleg Veklenko, photographe des «liquidateurs» de Tchernobyl

    media Au total, près de 600000 «liquidateurs» ont été mobilisés à Tchernobyl sur plusieurs années après la catastrophe de 1987, dont seulement un tiers a survécu. Oleg Veklenko

    Quelques jours après l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl, les premiers hommes chargés de décontaminer le site sont envoyés par l’Armée rouge. Au total, 600 000 « liquidateurs » seront mobilisés plusieurs années après la catastrophe. Aujourd’hui seuls 200 000 ont survécu. Parmi eux, Oleg Veklenko avait pour rôle de tout immortaliser avec son appareil photo. Rencontre lors de son passage à Paris.

    Le 26 avril 1986, à 1h23 du matin, le réacteur nucléaire du bloc 4 de la centrale de Tchernobyl explose, provoquant un gigantesque incendie. Des milliards de particules radioactives, d’abord projetées dans le ciel, retombent sous forme de résidus secs dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale. Au plus près du site de l’explosion, le taux de radioactivité est 2 000 fois plus élevé que le niveau normal, habituellement rencontré dans la nature.

    Ces résidus extrêmement toxiques et volatiles seront ramassés par plus de 600 000 « liquidateurs ». « Au début, on ne sentait pas les radiations, se souvient Oleg Veklenko. Ce jeune Ukrainien réserviste de l’Armée rouge a 35 ans lorsqu’il est réquisitionné et amené à Tchernobyl début mai. Dès le premier jour, j’ai croisé des soldats qui revenaient de la centrale. Ils avaient passé plusieurs heures là-bas. Leurs visages étaient exténués et du sang coulait de leurs narines. » Il marque une pause et murmure : « C’est là que j’ai compris ce que provoquaient les radiations. »

     → A (RE)LIRE : Chronologie de l’accident nucléaire de Tchernobyl

    Avant d’être appelé, Oleg Veklenko est professeur aux Beaux-Arts de Kharkiv, ville aujourd’hui en Ukraine située à 450 kilomètres de Pripiat, la commune de Tchernobyl. Il est passionné de photographie et a un don pour le dessin. L’armée lui confie pour mission de photographier les « liquidateurs » à l’œuvre. « Je devais immortaliser le travail effectué par les hommes de ma division, se souvient-il. Tous les soirs, je remettais les pellicules à mon chef qui exposait certaines photos sur les tableaux d’affichage pour montrer à quel point les soldats étaient courageux et vaillants. »

    Le visage doux et l’œil rieur, Oleg Veklenko sera pendant 60 jours le témoin privilégié. Aucune de ses photos ne peut sortir de Tchernobyl, mais pour les familles des soldats il dessine ses camarades en action. D’une voix calme et détendue, sans jamais hausser le ton, il raconte le quotidien de ces hommes et femmes venus de toute l’URSS.

    Les supérieurs étaient obligés d’enlever leurs masques pour donner des ordres car ils ne pouvaient pas parler avec.
    Oleg Veklenko, photographe

    « Tous les matins au réveil, nous écoutions l’hymne soviétique. Puis on était emmené par bus à la centrale nucléaire, à 30 kilomètres du camp militaire. Sur place, les soldats ramassaient la terre contaminée pour la mettre dans des boites en fer. »Oleg sourit et secoue la tête, comme pour souligner l’absurdité de ces procédés face à la menace radioactive. « Les gars nettoyaient les murs avec de l’eau elle-même contaminée. Les supérieurs étaient obligés d’enlever leurs masques pour donner des ordres car ils ne pouvaient pas parler avec », s’amuse-t-il.

    Le soir, nombreux étaient les soldats à rentrer dans les dortoirs avec un sévère mal de ventre, des maux de tête, des nausées. Mais Oleg assure que l’ambiance était bonne et qu’il n’a jamais autant ri qu’à Tchernobyl « certainement pour oublier et ne pas penser aux radiations ». Il se souvient des chiens errants adoptés par l’armée : « On leur donnait des noms comme Becquerel, Röntgen, ou Césium 137 ».

    Un hombre rocía con pegamento un camión en Chernóbil. Oleg Veklenko

    Celui qui a pris plus de 1 000 clichés des lieux de la catastrophe cherche une autre photo. On y voit un jeune homme à peine protégé portant un anorak ouvert, à cause de la chaleur du mois de mai. Il projette de la colle sur un camion contaminé : « Pour que les poussières radioactives ne montent pas dans l’air, on aspergeait de la colle partout, précise Oleg. Mais dès que l’on marchait où quand on roulait dessus en voiture, la colle s’enlevait et il fallait en remettre toutes les trois heures. Et puis on a décidé de mettre des dalles en béton directement sur la terre contaminée. Les hommes respiraient sans cesse les poussières », commente-t-il, le regard perdu.

     ► A (RE)ECOUTER : Alexei Krivocheïn, ex-colonel du KGB, raconte Tchernobyl

    En moyenne les journées de travail durent 6 heures, au plus proche des radiations. Et le salaire un peu plus élevé que d’habitude ne compense pas les dangers encourus. « On sentait la radioactivité en nous. Comme un courant électrique qui nous parcourait sans arrêt. » Aujourd’hui, seuls 200 000 liquidateurs ont survécu mais pour autant Oleg Veklenko n’a pas l’impression d’être un héros : « Je n’ai pas eu le choix. Nous n’avons pas eu le choix. Il fallait bien que des hommes fassent ce travail », lâche-t-il pudiquement. De ces deux mois passés à Tchernobyl, Oleg héritera d’un cancer. Aujourd’hui il reste sous surveillance et milite à travers le monde pour une sortie totale du nucléaire.

    Les «liquidateurs» envoyés à la centrale de Tchernobyl ont parfois subi des taux de radioactivité 2000 fois plus élevés que la moyenne dans un environnement naturel. Oleg Veklenko

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