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    Europe

    «Toni Erdmann», l’humour allemand fait rire Cannes

    media « Toni Erdmann », de Maren Ade, avec : Inès, la businesswoman, merveilleusement interprétée par une Sandra Hüller sèche et mordante; et Winfried alias Toni, incarné avec une folie douce par Peter Simonischek. Festival de Cannes 2016

    La salle a vibré pendant presque trois heures. C’est le premier film allemand depuis 2008 en lice pour la Palme d’or au Festival de Cannes. Et jusqu’ici, avec son humour déjanté, la jeune réalisatrice Maren Ade a le plus fait rire la Croisette. « Toni Erdmann » raconte l’histoire d’une femme d’affaires redoutable. Elle sera ébranlée par la question aussi simple qu’excentrique de son père : « Es-tu heureuse ? »

    Un facteur sonne à la porte d’une maison mitoyenne. Un monsieur ouvre et refuse d’abord de prendre le colis. « C’est pour mon frère. Je vais le chercher. Il vient de sortir de prison. Il a été condamné pour des colis piégés... » Déguisé avec des lunettes de soleil et une banane dans la main, le même homme revient alors, avant d’admettre avoir joué la comédie pour faire rire le facteur…

    Le père soixante-huitard et la fille du libéralisme

    Cet homme marrant et baba cool s’appelle Winfried Conradi, veuf, professeur de musique et de l’art dans une école. Pour échapper à la routine de sa vie confortable, pour oublier son chien malade et aveugle, il fait des blagues et charrie son entourage. Sa fille travaille comme consultante dans une grande société allemande basée à Bucarest. Le père en est fier, mais aussi triste. Car Inès ne prend jamais le temps de vivre ou de rendre visite à son père et sa grand-mère. Alors il débarque à l’improviste en Roumanie.

    «Toni Erdmann», le justicier du bon sens

    Sur place, entre limousine avec chauffeur et hôtel cinq étoiles, le père soixante-huitard découvre avec stupéfaction l’univers de sa fille : le monde clinquant du libéralisme. Sa prestigieuse entreprise exerce en fait le sale boulot d’externaliser le travail des entreprises et de licencier les gens. Après plusieurs rendez-vous interrompus, son père a vite compris : la vie d’Inès obéit de la même façon aux règles de ce capitalisme sauvage. Elle doit être disponible 24h/24, sa vie privée a disparu, chaque relation est calculée. Le père repart alors vers l’Allemagne, mais seulement pour mieux revenir, déguisé en « Toni Erdmann », le justicier du bon sens.

    « Expliquer au client ce qu’il veut »

    Avec un sens du décalé, un humour décapant et des scènes surprenantes, la réalisatrice Maren Ade remet en selle la relation entre le père et la fille. Doté d’une perruque et des fausses dents loufoques, Winfried alias Toni, incarné avec une folie douce par Peter Simonischek, menace de remplacer sa fille par « une fille de substitution ». Malin et moqueur, il détourne la recette de succès de sa fille pour les entreprises (« expliquer au client ce qu’il veut ») et rappelle à sa fille la vraie valeur des êtres humains. Un monde où les pommes du jardin valent plus qu’un champ de pétrole et où une chanson crée plus de valeur qu’une action à la Bourse. Drôle et dramatique, l’histoire avance. Inès, la businesswoman, merveilleusement interprétée par une Sandra Hüller sèche et mordante, acceptera-t-elle de se mettre à poil pour sauver sa vie d’un vide géant ?

    Maren Ade, trois films, trois récompenses ?

    La première sélection d’un film allemand dans la compétition officielle à Cannes depuis Wim Wenders (Palermo Shooting) en 2008, a été acclamée par une salle très émue et en rires, et cela dès la première projection pour la presse. Après un prix spécial du Jury au Festival de Sundance en 2003 pour son premier film Der Wald vor lauter Bäumen et un Ours d’argent remporté à la Berlinale 2009 pour son deuxième film Alle Anderen, la réalisatrice Maren Ade, 39 ans, pourrait se tout-à-fait retrouver pour son troisième long métrage au palmarès du Festival de Cannes 2016.

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