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    Europe

    Voyage dans l'islam des Balkans (4/5)-Sevdah : le fado ottoman des Balkans

    media RFI/Laurent Geslin

    On a coutume de présenter le sevdah comme le fado des Balkans. Les sevdalinke, ces chansons d'amours déçues bercent la Bosnie-Herzégovine depuis l'époque ottomane. Né dans les faubourgs musulmans, le sevdah a mis du temps avant de gagner ses lettres de noblesse. Aujourd'hui, les jeunes Bosniens se réapproprient ce folklore qui a bien failli disparaître en même temps que la Yougoslavie.

    « Le plus grand interprète du sevdah ? Safet Isović, sans aucun doute », répond le jeune gardien de la Maison du sevdah. « C'est la plus belle voix du sevdah qui ait jamais existé en Bosnie-Herzégovine ! » Dans le petit musée qui a ouvert en 2008 au cœur de la Baščaršija, le vieux bazar ottoman de Sarajevo, Safet Isović bénéficie d'une place de choix. À ses côtés, figurent toutes les autres vedettes des années 1960-70, l'âge d'or yougoslave du sevdah : Zaim Imamović, Himzo Polovina, Nada Mamula et bien d'autres.

    Longtemps confiné aux arrières-cours, le sevdah s'est retrouvé sous le feu des projecteurs quand le régime titiste, soucieux de promouvoir les folklores des différentes républiques, a choisi d'en faire l'un des emblèmes de la Bosnie-Herzégovine. « Depuis l'époque yougoslave, le sevdah est devenu un symbole musulman, mais pour moi, cette musique fait le pont entre l'Orient et l'Occident », explique Damir Imamović, le petit-fils de Zaim, l'un des plus grands interprètes actuels du genre. Faute de documents écrits, déterminer l'origine exacte du sevdah s'avère un exercice périlleux. La plus ancienne sevdalinka connue, Bolest Muje Carevića (La maladie de Mujo Carević), daterait de la fin du XVe siècle, peu après la conquête ottomane de la Bosnie-Herzégovine.

    Sevdah : une histoire de désir, de plaisir et de souffrance

    Le terme sevdah dériverait de l'arabe sawda, qui signifie « bile noire ». « Dans le Canon de Médecine d'Avicenne, c'est le nom de l'humeur noire, la melan kholia des Grecs », raconte Franz Ritter, le narrateur de Boussole, le roman de Mathias Énard prix Goncourt 2015. « Il s'agit donc de l'équivalent bosniaque du portugais saudade, qui (contrairement à ce que soutiennent les étymologistes) provient lui aussi de l'arabe sawda – et de la même bile noire. Les sevdalinke sont l'expression d'une mélancolie comme les fados », poursuit l'érudit personnage d'Énard. Pour Kenan Hadžifejzović, qui dirige le chœur musulman Hazreti Hamza, très populaire à Sarajevo, « l'origine du sevdah remonte aux chants de l'islam soufi. Les mélodies sont semblables et ceux qui comprennent les textes peuvent se rendre compte qu'ils ont bien des points communs. »

    Une chose est certaine, c'est dans le contexte urbain ottoman balkanique, où se croisaient divers peuples, que le sevdah s'est déployé. « Il y a une nette inspiration slave, avec l'usage de vers décasyllabiques par exemple, mais elle se marie à des influences orientales venues de l'islam, comme le maqâm, le mode musical arabe. Et puis, on sent aussi des apports venus des juifs et des tziganes », détaille Damir Imamović. En turc, sevda signifie « amour », mais le sevdah, c'est la passion, c'est l'amour qui déchire, qui rend fou. Les sevdalinke chantent le plus souvent des romances impossibles, des histoires de séparation, d'éloignement, même s'il y a aussi quelques chansons galantes. Il y est beaucoup question de désir, de plaisir et de souffrance.

    « L'important, c'est d'être authentique »

    « Quand on interprète le sevdah, on est dans un état second », confie le chanteur Božo Vrećo, qui détonne dans le monde calfeutré du sevdah avec sa barbe, ses yeux charbonneux et ses robes dos nus. Une esthétique queer qui n'est pas sans rappeler Conchita Wurtz, l'ancien(-ne) vainqueur(e) de l'Eurovision, en plus délicat. « Au début, c'était assez difficile de me faire accepter parce que la société bosnienne est très traditionnelle. Il y a beaucoup de préjugés », reconnaît Božo. « Mais ce qui est important, c'est d'être authentique. Si tu ne mens pas, dans les Balkans, les gens t'acceptent tel que tu es. »

    Né dans une famille serbe de l'est de la Bosnie-Herzégovine, Božo Vrećo fait partie de cette nouvelle génération d'artistes qui renouvelle un genre tombé en désuétude au moment où la Yougoslavie sombrait dans la guerre. « Dans les années 1990, les jeunes n'écoutaient plus de sevdah. Ils préféraient les synthés du turbofolk, la techno balkanique », se souvient Neven Tunjić le pianiste du groupe Divanhana, l'une des étoiles montantes du nouveau sevdah. En 2014, la fédération de football bosnienne leur a confié la composition de l'hymne officiel de l'équipe nationale pour la coupe du monde au Brésil.

    Le Mostar Sevdah Reunion a fait figure de précurseur à cette nouvelle vague. Leur premier disque, paru en 1999, a contribué à relancer l'intérêt des balkaniques pour cette musique au tempo doux et aux riches harmonies et à susciter la curiosité de l'ouest de l'Europe, obnubilée par les B.O endiablées des films d'Emir Kusturica. Avec sa guitare, Damir Imamović a ensuite pris la relève familiale et ouvert de nouveaux horizons au sevdah. En 2011, la Sarajévienne Amira Medunjanin rencontre à son tour un franc succès avec son disque Amulette, enregistré en duo avec le pianiste de jazz serbe Bojan Z. Aujourd'hui, tous ces artistes se produisent devant des salles combles aux quatre coins de l'ancienne Yougoslavie comme le faisaient leurs aînés avant la guerre. Parce que dans les Balkans, tout le monde connaît par cœur ces chansons d'amour intemporelles.

    Playlist musique Sevdah, le fado des Balkans

    (Ré)écouter Accents d'Europe : Une Mannschaft enfin métissée
    (Re)lire les autres épisodes de la série :
    Voyage dans l'islam des Balkans (1/5)-Trebinje, les mosquées de la réconciliation
    Voyage dans l'islam des Balkans (2/5)-Qui sont les derviches des Balkans?
    Voyage dans l'islam des Balkans (3/5)-Les derviches rifa'i du Kosovo
    Voyage dans l'islam des Balkans (5/5)-A la rencontre des Gorani

     
     

     

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