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    Turquie: ces citoyens qui informent sous les radars du pouvoir

    media Lors des manifestations anti-gouvernement de Gezi, à Istanbul, en juin 2013, de nombreux jeunes scrutaient les réseaux sociaux pour se ternir informés des derniers développements de la crise. AFP PHOTO / OZAN KOSE

    Constatant depuis longtemps l’apathie, voire la complaisance forcée d’une partie de la presse turque à l’égard du pouvoir, des citoyens ont fait le pari d’une information décloisonnée grâce aux réseaux sociaux. Le média citoyen 140journos est né il y a tout juste cinq ans, et son succès grandissant démontre, d’année en année, l’échec des médias traditionnels dans leur mission d’informer.

    Peut-on encore être journaliste en Turquie ? Avec la fermeture de 177 médias depuis l’été dernier, la mise en coupe réglée d’une bonne partie des journaux, chaînes de télévision et radios, et une centaine de professionnels sous les verrous, la question n’a jamais semblé aussi pertinente. Pourtant Engin Onder ne se la pose plus depuis longtemps. Son constat est sans appel : en Turquie, la notion de journalisme ne fait plus sens. « C’est même un gros mot. »

    Pour mesurer l’aversion de ce jeune Stambouliote, il faut remonter cinq années en arrière. Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2011, dans la province turque de Sirnak, frontalière de l’Irak, un groupe d’hommes, auquel se sont joints quelques adolescents, se déplace dans la pénombre. Un drone de l’armée turque, à la recherche de combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) les repère néanmoins, avant que deux avions militaires ne les prennent pour cible. Le bilan est lourd, 35 d’entre eux sont tués. Des « contrebandiers », finit par admettre le pouvoir, et non des terroristes.

    Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2011, 35 personnes ont perdu la vie dans un bombardement de l'aviation turque. Le faible traitement médiatique de cette bavure fut le point de départ de l'aventure 140journos. AFP / ENN

    Le scénario de cette bavure est abondamment rapporté par la presse étrangère. Seulement en Turquie, l’information met beaucoup de temps à émerger, alors même que Twitter est en ébullition. Contraste saisissant. « Nous n’arrivions pas à trouver des informations sur cet évènement dans la presse et dans les journaux télévisés. Alors nous nous sommes tournés vers les réseaux sociaux, et il y en avait plein. Nous nous sommes dit que nous devions ouvrir un compte pour couvrir les évènements, et demander aux gens de participer à notre travail », explique Engin Onder. Ce « nous » - au départ trois étudiants - se transforme en 140journos, en référence au nombre de caractères autorisés sur Twitter (@140journos), et vingt jours plus tard, le 19 janvier 2012, une première information est tweetée. Un « contre-média » vient de naître, selon les voeux de ses fondateurs, et commence à investir les réseaux sociaux.

    Au coeur des défilés de Gezi

    Le petit groupe prend alors ses quartiers à Galata, dans la partie européenne d’Istanbul. Il est ainsi aux premières loges lorsqu’en juin 2013, la jeunesse stambouliote s’embrase et manifeste des semaines durant contre le gouvernement. « Ils sont surtout apparus à partir des évènements de Gezi, se souvient Guillaume Perrier, ancien correspondant du Monde en Turquie et auteur du documentaire Erdogan, l’ivresse du pouvoir. La Turquie commençait depuis plusieurs années à réprimer ses journalistes. Au moment de Gezi, c’est devenu évident, et tout le monde s’est tourné vers les réseaux sociaux. »

    Johann Bihr, responsable Europe de l’Est et Asie centrale à Reporters sans frontières, explique ce succès croissant par l’importance qu’ont les médias citoyens en Turquie, « tous ces mouvements qui tentent de palier la faillite des médias traditionnels, dans la mesure où neuf grands médias sur dix aujourd’hui sont sous le contrôle, direct ou indirect, du pouvoir. »

    « Depuis la fin des années 2000, la plupart des grands titres ont été rachetés par des patrons de presse proches des autorités, précise-t-il. Y compris par le propre gendre du président Erdogan, qui est aujourd’hui le ministre de l’Energie. Ainsi, l’auto-censure s’est intensifiée dans la grande presse et à partir du mouvement de Gezi en 2013, des centaines de chroniqueurs et de journalistes reconnus ont été licenciés. Il est donc difficile pour les citoyens d’avoir un accès à une information complète et indépendante par ce biais-là. »

    A ces luttes internes que se livre quotidiennement le journalisme turc, s’ajoutent de multiples mesures prises par le pouvoir qui restreignent drastiquement la liberté d’informer. Sur la base d’une loi anti-terroriste aux contours flous, les condamnations pleuvent : « Si vous traitez, par exemple, la question kurde en faisant preuve d’empathie envers le mouvement politique kurde, vous pouvez très facilement être taxé de soutien au PKK, alors qu’il n’y a dans vos écrits aucune trace d’appel à la violence, ou à la haine, ou de soutien direct à un mouvement armé », ajoute Johann Bihr.

    Le coup d’Etat manqué du 15 juillet dernier a resserré un peu plus l’étau. L’état d’urgence rentré en vigueur une semaine après permet désormais au gouvernement de décider, sans décision de justice, de la fermeture d’un média s’il juge que la sécurité nationale est en jeu. La garde à vue peut être portée à un mois et les droits de la défense ont été considérablement rabotés.

    « Une culture du fait »

    Dans leurs nouveaux bureaux de l’avenue Istiklal, Engin Onder et son équipe ne semblent pas impressionnés. Des menaces, des intimidations ? « Nous n’en avons pas reçues. Nous avons un langage assez neutre. Nous avons une culture du fait, simplement du fait, dénué de tout commentaire. Imaginez quelque chose de scientifiquement prouvé, vous ne pouvez le contester. C’est quelque chose comme cela. » Ils concèdent néanmoins que le climat ambiant transforme petit à petit leur façon d’informer : « Les gens sont épuisés. Ils ne veulent plus sortir, même pour le plaisir. Ils ne veulent pas prendre de risques en témoignant. Ils ont peur. »

    Les 700 contributeurs, permanents ou occasionnels, revendiqués par 140journos font ce qu’Andy Carvin, ancien responsable digital à la NPR, la radio publique américaine, qualifiait à l’époque des printemps arabes « d’actes aléatoires de journalisme ». Et s’ils portent leur absence de « professionnalisme » comme un étendard, Engin Onder et les siens mettent un point d’honneur à ne diffuser que des informations minutieusement vérifiées : « Il y a des questions préliminaires à se poser : qui diffuse l’information ? Est-ce quelqu’un avec qui nous avons déjà travaillé par le passé ? Peut-il être relié à une entité ? Concernant l’information elle-même, est-elle pertinente ? Sur quelle plate-forme, le contenu est-il disponible ? Nous avons beaucoup de technologies à disposition mais nous passons aussi des coups de fil, par exemple aux commerçants présents autour des lieux d’un évènement. »

    Plus que d’informer, il est en fait surtout question de « se parler », de citoyen à citoyen. Dans l’esprit de ses fondateurs, 140journos est avant tout une manière de construire des ponts entre des communautés très différentes et promouvoir le vivre-ensemble dans un pays fracturé, en utilisant un langage accessible à tous.

    140journos mise beaucoup sur WhatsApp

    Certaines informations, même dénuées de commentaires, sont tout de même très sensibles, rappelle Johann Bihr de RSF : « Le scandale de corruption massive qui a fait vaciller le gouvernement fin 2013, ébranlant jusqu’à la propre famille du président Erdogan, est un sujet tabou, alors qu’il y a un certain nombre de faits avérés. Sur la question kurde également, rapporter certaines informations, par exemple relatives aux pertes d’un côté comme de l’autre, peut amener en prison. » Des révélations qui, par ailleurs, sont forcément l'indicateur d’une forme de ligne éditoriale.

    Main basse sur internet

    La seule chose que semble craindre véritablement ces journalistes-citoyens, c’est l’emprise toujours plus grande du pouvoir sur internet. La loi votée en 2014 par le Parlement donne, il est vrai, les coudées franches à l'Autorité gouvernementale des télécommunications (TIB) pour bloquer n’importe quel site, si celui-ci « porte atteinte à la vie privée » ou s'il diffuse des contenus « discriminatoires ou insultants » envers certaines personnalités. « Nous avons besoin de personnes connectées, or les blocages sont de plus en plus importants », regrette Engin Onder. Twitter, Facebook, Instagram… toutes les plus grandes plates-formes de partage ont eu à subir les foudres d’Ankara ces derniers mois. Même les VPN (Virtual Private Network), ces outils de contournement de la censure, très utilisés en Turquie, sont concernés : il devient de plus en plus difficile d’en trouver. « Dès qu’un VPN devient populaire, son téléchargement est bloqué. »

    Porté par son succès sur les réseaux sociaux et la messagerie WhatsApp, où 140journos revendique 20 000 abonnés, le réseau citoyen poursuit sa mutation. Pour son cinquième anniversaire, ses fondateurs veulent basculer vers un modèle économique viable afin de poursuivre le travail - il est à ce jour financé par l’Institut des esprits créatifs, co-fondé là aussi par Engin Onder, qui fournit notamment du conseil en stratégie digitale. Un service « premium » - et donc payant - est sur les rails, avec le secret espoir qu’en dépit des mutations, ce mouvement ne tombe pas dans les écueils qu’il dénonce.

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