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    Europe

    UE-Turquie: les Européens face à Erdogan et à leurs contradictions

    media Des supporters de M.Erdogan brandissent des drapeaux turcs, à Metz, le 12 mars 2017. REUTERS/Vincent Kessler

    Entre la Turquie et les Pays-Bas, le week-end a été marqué par l’escalade des tensions. Pour des raisons d’ordre public, les Néerlandais ont refusé l’atterrissage aux Pays-Bas au ministre turc des Affaires étrangères et ont reconduit à la frontière allemande la ministre de la Famille et des affaires sociales, qui venaient tous deux mener campagne pour le référendum du 16 avril par lequel le président Recep Tayyip Erdogan entend étendre ses pouvoirs. Celui-ci a d’ailleurs accusé les Pays-Bas d’être une « République bananière » et d’avoir des pratiques rappelant le « fascisme et le nazisme ».

    Avec notre bureau de Bruxelles,

    Les autorités néerlandaises ont choisi la voie de la fermeté en refusant la présence de deux ministres turcs pour des raisons liées à l’ordre public et les événements semblent leur avoir donné raison puisque le petit millier de manifestant pro-Erdogan à Rotterdam a dû être dispersé de manière très musclée par la police.

    Du coup, le gouvernement batave récuse désormais officiellement l’idée d’une campagne turque s’adressant à des résidents néerlandais et le Premier ministre a rejeté toutes les demandes d’excuses formulées par Recep Tayyip Erdogan, estimant que ses ministres avaient eu un comportement inacceptable.

    Intrusion dans la campagne présidentielle française

    Des événements qui se sont invités dans la campagne présidentielle en France où le ministre turc des Affaires étrangères avait été autorisé à participer à un meeting pour la campagne du référendum puisque ceci a été dénoncé à la fois par Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon, ce dernier estimant même que le gouvernement avait rompu la solidarité européenne.

    En fin de compte, la France est la seule ce week-end à avoir autorisé le gouvernement turc à faire campagne en permettant au ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, de s’exprimer à Metz. Il n’y a certes pas de solidarité européenne de principe dans ce genre de situation qui doit être gérée au cas par cas, mais force est de relever que partout ailleurs, les gouvernements européens, appelés à prendre une décision, ont favorisé l’annulation des rassemblements prévus, comme par exemple un meeting qui devait être organisé en Suisse et quatre autres en Autriche.

    Le Danemark plus diplomate

    Outre évidemment les Pays-Bas, on en est quasiment arrivé à une interdiction de campagne pour les membres du gouvernement turc dans deux pays puisque le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, a estimé qu’une campagne électorale turque n’avait rien à faire en Allemagne et que les ministres turcs n’étaient pas les bienvenus.

    De son côté, le Danemark a été beaucoup plus diplomate dans la forme puisqu’au lieu d’annuler la venue du Premier ministre turc, Binali Yildirim, le Premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen a « proposé » qu’il reporte sa visite en raison des attaques à l’encontre des Pays-Bas.

    Des heurts violents ont opposés manifestants d'origine turque et policiers, le 11 mars au soir à Rotterdam. REUTERS/Dylan Martinez

    La campagne d'Erdogan va s’intensifier

    A un peu moins de cinq semaines du référendum sur le régime présidentiel, la campagne du pouvoir turc va désormais entrer dans sa phase la plus intense, indique notre correspondante à Instanbul, Anne Andlauer. Cela vaut autant en Turquie même - où le Premier ministre et le président ont prévu à eux deux une cinquantaine d’autres meetings – qu’en Europe, où Recep Tayyip Erdoğan continuera de dépêcher ses ministres et ses députés au risque de provoquer de nouvelles controverses et, peut-être, de nouvelles crises.

    Les dirigeants turcs affirment être dans leur bon droit lorsqu’ils insistent pour s’adresser aux quelque trois millions d’électeurs de l’étranger dans les pays où ils se trouvent. Surtout, ils estiment – à raison – que les interdictions et les annulations sont impopulaires chez les Turcs, et qu’elles jouent donc en faveur du « oui ».

    La presse turque ce matin est quasi unanime pour dénoncer La Haye et les Européens. Pas moins de huit journaux reprennent en Une cette menace de Tayyip Erdogan : « Ils en paieront le prix ». Pour ces raisons électoralistes, et parce qu’il en fait une question d’honneur, le président ne risque pas de renoncer à sa rhétorique agressive et à sa campagne hors-sol, en particulier dans les principaux pays de diaspora. Ankara a notamment transmis à Berlin son souhait d’organiser une trentaine de rassemblements en Allemagne d’ici au 16 avril.

    Les contradictions européennes

    Pour Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), les Européens sont face à leurs propres contradictions : « C’est là tout le problème récurrent sur ce dossier comme sur de très nombreux autres. Les Européens ont véritablement des difficultés à se mettre d’accord. Il serait judicieux que les Européens, pour une fois, puissent s’unir. Mais nous savons bien que les perceptions des Européens à l’égard de la Turquie sont très différentes. Certains sont plutôt favorables à une perspective -probablement très lointaine- de l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, alors que d’autres sont radicalement contre. Et le prix de nos tergiversations, on les paie aujourd’hui au prix fort, c’est-à-dire qu’on n’est pas capables d’avoir une position unie sur notre relation avec la Turquie. »

    Meeting électoral turc à Stockholm en Suède, le 12 mars 2017. Claudio Bresciani/TT News Agency via REUTERS

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