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    Europe

    Primo Levi, rescapé d’Auschwitz, grand témoin et écrivain-né

    media Primo Levi, rescapé des camps de la mort, écrivain et témoin majeur pour l'Histoire. Flickr

    Ce 11 avril marque le trentième anniversaire de la disparition de l'écrivain italien Primo Levi, rescapé de la Shoah. Au cours des dernières décennies, le statut de grand témoin de l’auteur de « Si c’est un homme »s’est imposé tant en Italie que dans le monde où son opus, racontant l’expérience de l’univers concentrationnaire, est considéré comme un texte majeur de la littérature de témoignage. Souvent réduit à son seul statut de déporté et de témoin, Primo Levi était aussi un passionné de l’écriture, qui avait à son actif une œuvre riche, composée de romans, de poésies, de mémoires et de correspondances inédites.

    Le 11 avril 1987, toutel’Italie fut bouleversée en apprenant la disparition de Primo Levi. Il était connu pour son livre devenu un best-seller mondial Se questo è un uomo (1947), traduit en français sous le titre Si c’est un homme (1987). Survivant d’Auschwitz où il avait été déporté, Levi faisait partie de cette minorité de rescapés qui avait tenté de raconter sous forme de témoignage à la fois sociologique et philosophique ce que fut la condition humaine dans les camps de concentration. Il est mort à 67 ans en tombant dans l’escalier de sa maison de Turin où il s’était réinstallé après la guerre et avait fondé une famille.

    Sa mort brutale avait interpellé les esprits. S’agissait-il d’un suicide ou d’un accident ? La question avait été tranchée à l’époque par Elie Wiesel, un autre grand survivant des camps de la mort, qui déclara à la presse : « Primo Levi est mort à Auschwitz... quarante ans après ». L’interrogation demeure toutefois entière. Difficile de penser que cet intellectuel qui n’a eu de cesse de célébrer, dans ses livres, la vie et la grandeur des valeurs humanistes face à la violence aliénante des nazis, n’a pas su, lui non plus, vivre jusqu’au bout avec cette mémoire trop lourde de l’inhumanité concentrationnaire.

    Dans ce qui est considéré les plus belles pages de Si c’était un homme, le narrateur-protagoniste cite de mémoire devant un compagnon d’infortune des vers extraits de L’Enfer de Dante mettant en scène l’odyssée d’Ulysse au-delà des colonnes d’Hercule, où aucun humain ne s’était jamais aventuré avant. On y voit le héros homérique appeler ses marins à se montrer dignes de leur condition humaine : « Considérez quelle est votre origine : vous n’avez pas été faits pour vivre comme des brutes. Mais pour ensuivre et science et vertu ». Le suicide ne rime guère avec cet appel à la résilience et à l’héroïsme du vivant… D'où le mystère.

    « Je suis un Häftling »

    Primo Levi est né à Turin en 1919 dans une famille bourgeoise, d’origine juive. Peu pratiquants, les Levi étaient une famille profondément laïque dont les enfants ne prendront conscience de leur judéité qu’avec les lois raciales de 1938. Diplômé en chimie de l’université de Turin, le jeune Primo rejoint le maquis pendant la guerre et sera arrêté en 1943, après la chute du régime de Mussolini. Comme la plupart des 50 000 juifs vivant alors sur le sol italien, il est déporté vers les camps de concentration allemands. A partir de février 1944 jusqu’au débarquement des premiers soldats russes en janvier 1945, il est interné dans la prison de Buna-Monowitz, désignée sous le nom de Auschwitz III.

    En février 1944, ils avaient été 600 à être déportés à Auschwitz, seuls trois en reviendront vivants. Primo Levi doit sa survie en partie à sa formation de chimiste qui le rendait apte à travailler pour l’usine de caoutchouc située dans le périmètre d’Auschwitz. Son statut particulier ne le protègera pas toutefois de la dégradation et de la déshumanisation que connaissent les prisonniers dans les camps de concentration, qui étaient de véritables antichambres des chambres à gaz et des fours crématoires, où de millions d’être humains furent exterminés de manière méthodique et industrielle.

    C’est cet univers concentrationnaire où la prison n’est pas seulement un lieu d’enfermement, mais aussi un lieu d’humiliation et de l’aliénation de l’humain, qui est le véritable sujet de Si c’est un homme. Le titre de ce livre hors genre est extrait du refrain du poème que l’auteur a placé en exergue de son récit. Ce refrain « Considerate se questo à un uomo », qui donne en français « Considérez si c’est un homme », s’adresse aux lecteurs. Il leur rappelle la force qu’il a fallue aux prisonniers de ces camps pour résister contre la démolition de leur humanité, symbolisée notamment par le poinçonnage d'un numéro sur le bras des détenus. « Häftling : j’ai appris que je suis un Häftling, écrit Levi. Mon nom est 174 517 ; nous avons été baptisés et aussi longtemps que nous vivrons nous porterons cette marque tatouée sur le bras gauche. »

    Raconter pour se libérer

    Couverture de la première édition de «Si c'est un homme» chez De Silva, 1947. DR DR

    Primo Levi vécut les horreurs du camp nazi alors qu’il avait à peine vingt-quatre ans. Très vite, il a senti le besoin de raconter son expérience, d’écrire noir sur blanc tant pour ses contemporains que pour la postérité, « ce que je ne pourrais dire à personne ». Il lui fallait raconter pour se libérer.

    L’idée du livre est née dès les premiers mois de l’incarcération, comme l’auteur l’a souvent expliqué pendant les années qui ont suivi la parution de l’ouvrage. Il s’agissait de « notes griffonnées à la dérobée » qu’il fallait jeter aussitôt « car elles m’auraient coûté la vie si on les avait trouvées sur moi ». Dès son retour à Turin, fin 1945, la guerre définitivement terminée, l’ancien déporté s’est remis au travail, reconstituant de mémoire les notes prises et aussitôt jetées. Le livre Si c’est un homme, qui fait le récit intime des onze mois de détention de Primo Levi à Auschwitz, est publié la première fois en 1947 chez un petit éditeur, les grands n’ayant pas compris la valeur humaine et historique de cette œuvre de témoignage, lumineuse et profonde.

    Il va falloir attendre la publication d’une version retravaillée et augmentée de l’ouvrage en 1958, cette fois chez Einaudi - le Gallimard italien - pour que le livre rencontre enfin son lectorat. Avec la prise de conscience grandissante en Europe du sens civilisationnel du génocide des juifs jusque-là absorbé dans le phénomène global des camps de concentration, l’œuvre a pris au cours des dernières décennies une place centrale dans la réflexion occidentale sur les limites de la culture humaniste. A partir des années 1980, elle devient un best-seller international se vendant à plus de 200 000 exemplaires par an et fait désormais régulièrement partie des programmes scolaires à travers le monde.

    Une œuvre plurielle

    Pour méritée qu’elle soit, cette célébrité n’a pas été sans inconvénient pour Primo Levi. Elle l’a réduit à son statut de témoin et surtout à celui de l’homme d’un seul livre, occultant la richesse du corpus littéraire à son actif, composé de romans, de poésies, de correspondances et de mémoires. D’ailleurs le label «littérature de déportation » dans lequel ses livres sont souvent rangés, ne rend guère justice à cette œuvre essentiellement plurielle. Ses thématiques ne se limitent pas à l'expérience du camp de concentration, qui correspond à seulement onze mois dans la vie de Primo Levi, mort à 67 ans. D’ailleurs, les recherches ont révélé que ce dernier avait commencé à écrire avant sa déportation, notamment des chapitres de ses mémoires, considérés comme un ouvrage majeur des lettres italiennes contemporaines.

    Les mémoires de Primo Levi paraissent en 1975, sous le titre Le Système périodique, en référence à la classification périodique des éléments par Dimitri Mendeleïev. Les chapitres portent le nom d’un des éléments simples : « Argon », « Zinc », « Hydrogène », « Cuivre » … Cette classification aussi originelle que symbolique  permet à l’auteur de convoquer dans les pages de son autobiographie les hommes et les femmes de sa famille, ses amis, mais aussi ses compagnons de détention qui lui ont aidé à rester en vie, en lui rappelant qu’il était possible de préserver son humanité, même à Auschwitz.

    Parmi les autres titres de Primo Levi qui connaissent un succès d’estime, il conviendra de citer La Trêve, paru en 1963. C’est un récit picaresque du retour de l’auteur à Turin après la guerre, une véritable odyssée qui va durer neuf mois, conduisant le protagoniste à travers une Europe libéré de la démence nazie, rendue à elle-même. Levi a écrit aussi deux romans, des recueils de nouvelles et de poésies et un essai intitulé Les Naufragés et les rescapés qui poursuit et approfondit, 40 ans après la parution de Si c’est un homme, la réflexion de l'auteur sur la question morale et philosophique de la survie dans l’univers concentrationnaire.

    Un manuscrit original de Primo Levi exposé au musée de l'Holocaust, à Washington. Getty Images/The Washington Post/Contributeur

    Dans les dernières années de sa vie, lorsque les lycéens et les enseignants l’invitaient à venir leur parler de la vie dans les camps de concentration et lui demandaient s’il aurait écrit s’il n’avait pas été détenu dans un camp, Primo Levi avait l’habitude de répondre qu’il n’aurait probablement jamais écrit s’il n’avait pas vécu « l’épisode d’Auschwitz ». Et d’ajouter : « Ce fut l’expérience du Lager (« prison » en allemand,NdT.) qui m’obligea à écrire : (…) ce livre - c’était l’impression que j’avais - était déjà tout prêt dans ma tête et ne demandait qu’à sortir et à prendre place sur le papier. » N’est-ce pas cela l’expérience de tout écrivain-né, qu’il s’appelle Proust ou Tolstoï ou Primo Levi, qui n’a besoin que du choc créateur - entre sensibilité et vécu - pour arracher les mots du silence ?


    Bibliographie (non exhaustive):

    Si c’est un homme. Pocket, 2001

    La Trêve. Grasset, 1996

    Le Système périodique. Albin Michel, 2000

    La Clé à molette. Robert Laffont, 1997

    Maintenant et jamais. Gallimard 1997

    Les Naufragés et les rescapés. Gallimard, 1989

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