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    L'Américain Rex Tillerson en Russie pour tenter de gérer l'escalade syrienne

    media Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson ne sera pas reçu par le président russe lors de sa visite à Moscou, REUTERS/Kevin Lamarque/File Photo

    Le secrétaire d’Etat américain arrive en Russie ce mardi 11 avril. Le climat s’est tendu entre Washington et Moscou ces derniers jours avec les frappes américaines en Syrie et les déclarations très dures de l’administration Trump sur ce dossier. Rex Tillerson ne sera pas reçu mercredi par Vladimir Poutine comme c'était prévu. Moscou a estimé que la frappe américaine en Syrie traduisait une absence totale de volonté de coopération de la part de Washington.

    Le raid américain en Syrie était une punition : 59 missiles Tomahawks tirés sur la base d’où, d’après le Pentagone, l’attaque à l’arme chimique contre des civils a été lancée par le gouvernement Assad.

    Le ministère américain de la Défense, le général Mattis, affirmait lundi « avoir détruit ou endommagé, d’importants stocks de munitions et de carburant, et 20% des capacités aériennes de la flotte syrienne ».

    Washington maintient la pression

    Punition, avertissement américain au régime de Bachar el-Assad, et menace renouvelée ce 10 avril aussi par Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche : « Le président a été clair, un certain nombre de lignes ont été franchies la semaine dernière. Il ne restera pas inactif. Nous avons vu ça avec la précédente administration, ils ont fixé une ligne rouge qui a été franchie. Vous ne verrez pas ça avec cette administration. Ce que la Syrie et le reste du monde ont vu est un président qui va agir de manière décisive, et proportionnellement, quand c’est justifié par des actions de la sorte. Si vous gazez un bébé ou lancez un baril d’explosifs sur des innocents, vous aurez une réaction de ce président. C’est inacceptable. Vous savez désormais à quoi vous attendre. Le président a été clair pendant la campagne et jusqu’à aujourd’hui. Il ne donnera pas de réponse publique, car cela indiquerait aux ennemis ce que nous allons faire…et si nous allons agir. Le président gardera ses idées pour lui, mais ne vous trompez pas, il agira. »

    L’état d’esprit a radicalement changé. Les Etats-Unis sont passés du « dialogue indispensable avec la Russie » à des mises en garde très dures envers Moscou qui doit « cesser de soutenir le régime Assad », constate notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio. La Maison Blanche et le Pentagone sont à l’unisson : tout dérapage syrien sera, à l’avenir, sanctionné militairement. Et Sean Spicer va désormais plus loin, le porte-parole de Donald Trump ne voit pas comment imaginer une Syrie en paix et une solution politique si Bachar el-Assad reste en place. 

    Tillerson en terrain miné

    Rex Tillerson va donc devoir faire entendre ce point de vue à son homologue russe Lavrov qu’il rencontre à Moscou ce 11 avril. Le secrétaire d’Etat a certes tenté d’adoucir ses propos le week-end dernier, en se disant persuadé que les échanges allaient être constructifs. Mais après les frappes américaines en Syrie, l’état-major russe a coupé son canal d’échange avec le Pentagone, et Moscou a qualifié le raid américain « d’agression illégale contre un pays souverain ».

    Les sujets de politique internationale ne manquent pas. Et il ne faut pas oublier que Rex Tillerson et son homologue Sergueï Lavrov auront sans doute aussi à l’esprit l’enquête parlementaire en cours aux Etats-Unis sur les ingérences de la Russie dans la campagne électorale. Un dossier qui a coûté son poste au général Flynn, éphémère conseiller à la Sécurité nationale.

    En termes de politique intérieure, Donald Trump tente de capitaliser sur ce climat pour le moins tendu entre Washington et Moscou, comme preuve de son impartialité à l’égard de la Russie.

    La désillusion des Russes

    L’intervention américaine en Syrie a provoqué la colère de la Russie, et illustre la désillusion des Russes face aux premières décisions de l’administration Trump.

    Dans sa célèbre émission hebdomadaire, Dimitri Kissilev explique que Trump est en situation d’échec complet en politique intérieure, et qu’il lui fallait montrer sa force par sa politique extérieure, analyse notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne. Il a donc choisi de frapper la Syrie, un pays allié de la Russie dans la lutte contre le terrorisme. La Russie ne restera pas sans réponse, mais elle n’a pas l’intention de faire la guerre.

    La Russie est présentée comme le pays raisonnable face à un personnage inconséquent. « Nous avons tellement cru en vous, camarade Trump », titre le journal d’opposition Novaya Gazeta qui présente la Russie comme l’arroseur arrosé, qui a tout fait pour que Trump arrive au pouvoir, mais était persuadé que ça n’arriverait pas.

    L’éditorialiste du journal Kommersant, un des plus sérieux de la place, écrit carrément que Moscou va regretter Obama. Il va falloir s’habituer à cette politique étrangère imprévisible et qui tourne à 180 degrés en quelques heures.

    Ces quelques exemples montrent à quel point les Russes ont perdu leurs illusions, et surtout sont sans repère, face à la nouvelle politique extérieure américaine. Ils vont essayer d’y voir plus clair avec Rex Tillerson, un homme qui connait bien la Russie.

    Maintenir le contact pour éviter l'escalade

    Vladimir Poutine ne recevra pas Rex Tillerson pendant sa visite à Moscou estimant que la frappe américaine en Syrie traduisait une absence totale de volonté de coopération de la part de Washington.

    Pour Andreï Kortunov, directeur général du Conseil russe pour les Affaires étrangères, Washington et Moscou doivent poursuivre le dialogue : « Il est important de maintenir les contacts afin d'éviter l'escalade. De plus, Il faut également échanger nos informations sur l'attaque chimique, qui est à l'origine de l'intervention américaine. La Russie et les Etats-Unis ont des interprétations très divergences en ce qui concerne l'auteur de l'utilisation des armes chimiques en Syrie. »

    « Pour la Russie, poursuit le politologue, il est important de comprendre quelles seront les nouvelles initiatives que l'administration Trump pourrait prendre en Syrie. Washington a pour l'instant donné des signaux très contradictoires, et on ne sait pas quel ennemi elle considère comme le plus important, est-ce le terrorisme islamique incarné par Daech ou s'agit-il du régime de Bachar el-Assad ? »

    « Nous aimerions savoir si les Etats-Unis prévoient d'intensifier leur présence militaire dans le conflit syrien. Et si oui sous quelle forme et avec quel objectif. Nous comprenons que Trump est dans une situation difficile pour prendre des initiatives positives à l'égard de la Russie, à cause des contraintes de politique intérieure. Et pourtant nous estimons que s'il y a une volonté politique, certains progrès peuvent être réalisés. »

    → A (re) écouter : Les Etats-Unis frappent la Syrie: Poutine dénonce «une agression» (Invité de la mi-journée)

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