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    Moyen-Orient

    Turquie: après la victoire du «oui», ceux qui rient, ceux qui pleurent

    media Des supporters du «oui» et du président Erdogan fêtent la victoire de leur camp au quartier général de l'AKP, parti du chef de l'Etat, le 16 avril 2017. REUTERS/Osman Orsal

    En Turquie, le « oui » l'emporte de justesse au référendum sur l'élargissement des pouvoirs du président. A 51,3%, le président Recep Tayyip Erdogan a proclamé sa victoire. Mais l'opposition dénonce des fraudes et annonce qu'elle contestera le résultat. La commission électorale a en effet décidé de comptabiliser des bulletins non marqués du tampon officiel. Si les militants pro-Erdogan ont fêté la victoire lors de grands rassemblements, ses adversaires ont aussi fait entendre de la voix

    Dimanche soir, les partisans de Recep Tayyip Erdogan se sont réunis dans toutes les grandes villes pour fêter la victoire de leur leader. A Istanbul, c’est devant le siège de son parti, l’AKP, que ses sympathisants se sont rassemblés. Notre correspondant Alexandre Billette les as rencontrés.

    « Tu peux trembler, l'Europe ! »

    Ayşe est venue du quartier conservateur d’Üsküdar avec trois amis. Pour elle c’est la victoire de son chef qu’elle célèbre, même si elle tend la main à ceux qui ont voté « non » : « Pouvez-vous y croire ? Je suis sûre que l’avenir de la Turquie sera meilleur ! Dieu le voulait, et on l’a fait ! Bien sûr, on respecte les opinions de tout le monde. Vous pouvez le voir, on est pour le oui, et là, on espère que notre chef va venir ! »

    Sur l’avenue : des vendeurs de drapeaux, de portraits d’Erdogan, les résultats officiels n’ont pas encore été annoncés mais Recep Tayyip Erdogan a parlé, il a parlé d’un choix historique de la Turquie et a évoqué un autre référendum sur la peine de mort. Pour Vedat et son fils de 18 ans, c’est le début de la nouvelle Turquie, celle que Recep Tayyip Erdogan évoque depuis des années, qui est née ce soir : « Je suis excité ! Je suis heureux, je suis content ! C’est la Nouvelle Turquie, une autre victoire puissante ! Tu peux trembler, l’Europe ! »

    Les résultats officiels ne seront pas publiés avant une semaine, mais Recep Tayyip Erdogan a déjà demandé justement « aux nations », c'est-à-dire les capitales européennes, de « respecter le vote » et la victoire du « oui ».

    Les casseroles de Gezi ressortent des placards

    Beaucoup de bruit aussi, du côté du non. Mais pas le même visage. Des concerts de casseroles ont résonné dans la nuit. Aux fenêtres des immeubles ou dans la rue, des habitants d'Istanbul font éclater leur colère, comme à Cihangir, rapporte notre envoyée spéciale Muriel Paradon.

    « Les habitants de Cihangir ont voté « non » et ils n'acceptent pas le résultat. Donc ils protestent », explique Ozlam, étudiante. Le concert de casseroles est né de la contestation de Gezi en 2013, une révolte de la population contre le pouvoir, réprimé dans la violence. C'était tout près d'ici. Anil, 20 ans, s'en souvient : « Pendant Gezi, on faisait ça tous les soirs à 10 h. Maintenant avec l'état d'urgence, la police a interdit de sortir et les gens ont peur. »

    Malgré la peur, dans certains quartiers d'Istanbul, les manifestations sont importantes. Le « oui » au référendum va apporter les quasi pleins pouvoirs au président Erdogan. Emin Kahveci est inquiet : « Désormais, seul Erdogan connait l'avenir. Il n'y a pas de limites. Certainement ça peut devenir une dictature. »

    Pour cet habitant d'Istanbul, le système politique en Turquie, un régime parlementaire et laïc fonctionnait plutôt bien. Aujourd'hui, « on ne sait pas ce qui nous attend. »

    Istanbul, le 16 avril 2017, après les résultats au référendum. Dans le camp du non, on fait grise mine et on s'inquiète pour la suite. REUTERS/Stringer

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