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Chypre: à la rencontre des pionniers du bio

media A Chypre, l'agriculture bio est de plus en plus dans le vent. Kèoprasith Souvannavong / RFI

Le bio a le vent en poupe sur l’île d’Aphrodite. La superficie consacrée à l’agriculture biologique augmente chaque année même si elle reste encore faible en proportion : seulement 3,7% de la superficie agricole utilisée, soit 4699 hectares. L’engouement pour le bio s’explique par le désir d’une partie des consommateurs chypriotes d’une alimentation de qualité garantie sans produits phytosanitaires, sans OGM ni antibiotiques. Pour les agriculteurs engagés dans cette voie, il reflète la volonté affirmée d’une pratique plus écologique. Nous avons rencontré quelques-uns de ces « amoureux de la nature ». Tous justifient leur choix par des convictions essentiellement environnementales.

De notre envoyé spécial à Chypre

Première étape : direction Kampia, au sud de Nicosie(*), la capitale. Après une demi-heure d’autoroute et une quinzaine de minutes à travers de jolies vallées verdoyantes, un bonheur visuel s’offre au voyageur : un lac à perte de vue où l’eau et le ciel se confondent à ne plus en voir l’horizon. C’est dans ce paysage idyllique que se trouve Riverland Diary Bio Farm, la ferme de Vassilis Kyprianou. Le parcours de ce jeune homme aux faux airs de l’acteur américain Yul Brynner s’apparente à une véritable success-story, même s’il s’en défend humblement. « Après des études d’agronomie en Grèce et un stage en Irlande, j’ai travaillé deux ans pour le gouvernement chypriote, jusqu’au jour où j’en ai eu assez », raconte-t-il. Le fonctionnaire décide alors de tout quitter pour vivre sa passion pour la terre et les animaux, hors des bureaux. Il postule pour un programme d’aide de l’Union européenne et lance sa ferme bio dans la foulée en 2004. Il élève des moutons et des chèvres pour leur lait, avec lequel il fabrique divers fromages comme le traditionnel halloumi et le célèbre feta, des yoghourts, et même de la glace. La petite ferme s’agrandit, ainsi que le terrain qui l’entoure, pour s’étendre jusqu’à 25 hectares. Elle s’enrichit d’une grande serre perchée en haut d’une colline et visible à distance dans laquelle des rangées de tomates et de concombres côtoient des colonnes de salades et des files de coriandre et de persil. Aujourd’hui, Riverland Diary Bio Farm, dont la réputation n’est plus faire, attire un nombre croissant de visiteurs.

Vassilis Kyprianou, fondateur et gérant de Riverland Diary Bio Farm, une ferme modèle située à Kampia, au sud de Nicosie. Kèoprasith Souvannavong / RFI

« Une autre vie est possible »

« Depuis trois ans, des écoliers viennent chez nous en autocar, plusieurs fois par semaine, découvrir la vie à la ferme. Nous leur apprenons à aimer la nature et les animaux, explique Vassilis Kyprianou. Nous organisons plusieurs festivals le long de l’année, pendant lesquels les enfants peuvent traire des brebis, les nourrir, faire du fromage, cuisiner, se livrer à la cueillette, dessiner… Nous montrons aux petits et grands comment nous fabriquons nos produits et comment nous cultivons nos légumes. Le week-end, nous recevons des familles entières dans le cadre de notre programme “ Aventure dans la nature ” ; parents et enfants peuvent se balader en kayak sur le lac, pêcher, faire du cheval, du tir à l’arc, de l’escalade. Et manger de la nourriture saine ! Nous leur montrons qu’une autre vie est possible. »

La renommée de cette ferme modèle ne se limite pas à Chypre. Volontaires et étudiants du monde entier vont y parfaire leurs connaissances dans l’élevage et l’agriculture bio, logés et nourris contre cinq heures de travail par jour. Certains viennent même de l’Hexagone pour y exercer leur métier différemment, à l’image d’Alicia. « Nous sommes deux Français employés ici, dit la jeune bergère. Avant de venir, je recherchais une ferme dont l’activité et les installations ne nuisent pas à l’environnement, puis j’ai découvert cette ferme. »

Protéger l’environnement, une philosophie

Protéger l’environnement ? Une philosophie, voire une religion pour Vassilis Kyprianou. Il a équipé sa ferme d’installations modernes, peu gourmandes en énergie. En particulier un système automatisé d’irrigation, une station météorologique et des panneaux solaires. Ces aménagements lui permettent de contrôler la consommation d’énergie et d’eau. A Chypre où le climat est de type méditerranéen, avec des étés chauds et secs, et une saison des pluies d’octobre à mars, l’eau constitue un bien précieux.

« Nous collectons l’eau de pluie à partir des toits de nos bâtiments. Nous la stockons dans un grand réservoir d’une capacité d’environ 500 tonnes. Cette eau sert à irriguer la terre sur laquelle vont brouter nos animaux. Idem pour notre serre : nous conservons l’eau de pluie dans une cuve d’une capacité de 300 tonnes. Pendant huit mois, nous n’utilisons que de l’eau de pluie. [...] Quant à l’électricité publique, nous n’en utilisons presque pas puisque nous produisons notre énergie avec nos panneaux solaires. Nous en produisons même plus que nos propres besoins », souligne Vassilis Kyprianou. « La mise en place de toute ces structures écologiques m’a coûté 1 million d’euros. L’Union européenne, dans le cadre de la Politique agricole commune, m’en a remboursé la moitié en subventions grâce à la viabilité de mon projet ».

George Constantinides, producteur d’œufs biologiques à Mathiatis, à trente minutes au sud de Nicosie: «Nous irriguons nos terres dès l’aube, c’est-à-dire quand il y a très peu d’évaporation afin d’économiser au maximum». Kèoprasith Souvannavong / RFI

L’eau, un élément crucial

L’eau est un élément crucial également pour George Constantinides, producteur d’œufs biologiques à Mathiatis, à trente minutes au sud de Nicosie. « Nous disposons d’un puits avec un débit d’eau de 25 tonnes par heure. Nous irriguons nos terres dès l’aube, c’est-à-dire quand il y a très peu d’évaporation afin d’économiser au maximum, explique cet éleveur aux allures de catcheur. Nous avons besoin d’énormément d’eau pour faire pousser notamment l’herbe, indispensable à nos poules, et cela représente un grand coût financier, car nous devons utiliser de l’électricité pour la pomper et la répartir. Et comme notre puits est très profond, nous ne pouvons pas recourir à l’énergie solaire pour la puiser. L’énergie solaire permet de prélever l’eau d’un puits de 152 mètres de profondeur. Or, le nôtre en fait 253 ! »

La ferme de M. Constantinides couvre 5 hectares. Elle est entourée d’un terrain trois fois plus grand. Ses 6 500 poules pondent environ 5 000 œufs par jour, une production importante dans le secteur du bio puisque sur les 400 000 œufs produits quotidiennement à Chypre, toutes catégories confondues, seulement près de 7 000 sont bio. Ce qui fait de George Constantinides le plus gros producteur d’œufs bio du pays. Il les commercialise sous la marque Ygea, signifiant à la fois « terre » en grec ancien, et « bonne santé ». En clair, et tel un slogan : une terre saine fournissant des produits saints.

Des poules qui mangent des oranges !

Alors que les œufs industriels sont en majorité issus de gallinacés élevés en batterie, entassés dans des cages sans accès à un espace extérieur et souvent sans voir la lumière du jour - sources de stress et de maladies -, ici les poules gambadent fièrement à l’air libre toute la journée et ne rentrent au poulailler qu’au coucher du soleil. Elles s’épanouissent sur de vastes espaces. Elles se délectent régulièrement d’herbe, graminée fourragère riche par excellence en minéraux et en protéines nécessaires à la fabrication des œufs. Mais la singularité de leur alimentation ne réside pas là. A la différence des poules élevées ailleurs, celles de George Constantinides mangent - en plus de l’herbe et des graines certifiés organiques composés de blé et de maïs - des… oranges ! Du jamais vu ! Coupées en deux, ces agrumes sont disséminés sur leurs parcours. Le fermier les cultive et les vend au marché. « Ça leur donne de la vitamine C et ce n’est pas cher », soutient-il en riant.

Réduire les coûts de production

Outre les orangers, George Constantinides fait pousser aussi des figuiers de Barbarie. Appelées parfois « cactus-raquettes », ces plantes grasses produisent des fruits juteux comestibles contenant de nombreuses graines riches en vitamines que les poules de M. Constantinides adorent. Et ce n’est pas tout : « Nous cultivons également de la sauge et de l’origan, que nous ajoutons au régime alimentaire des poules. L’origan est bon pour leur système immunitaire et leurs intestins. La sauge améliore la qualité des œufs et empêche les bactéries de se développer sur le nez des poules ». En fait, il cultive tout ce qui permet de réduire les coûts de production, comme cette variété de plants de pois, qui demandent peu d’arrosage. Des petits pois que semblent apprécier ses poules.

« Tout ce qu’on donne à manger aux poules influence le goût et la couleur du jaune d’œuf, dans le bon ou le mauvais sens. En tant que producteurs d’œufs bio, nous n’utilisons pas du tout de carotène pour colorer artificiellement les jaunes d'œufs », précise George Constantinides avant de rappeler que « les jaunes d’œufs bio ne sont pas identiques et leurs nuances varient d’une poule à l’autre » en fonction, par exemple, de la quantité d’herbe absorbée. Auparavant, il élevait des vaches laitières, une activité qu’il jugeait polluante. « Car pour fabriquer de la nourriture pour les vaches, on doit utiliser des tracteurs. Pour fonctionner, ces tracteurs ont besoin d’essence, ce qui revient à polluer l’environnement. Comme j’ai foi en l’agriculture bio, je ne peux pas nuire à la nature. J’ai pensé qu’en élevant des poules, on aura moins besoin d’énergie. D’ailleurs, je suis en train de faire installer sur les toits de nos bâtiments des panneaux solaires sur une surface totale de 1 000 m2 afin de produire notre propre énergie. Pour mener à bien ce projet, j’ai reçu des aides de l’Union européenne. »

Koula Marangou cultive des plantes aromatiques et condimentaires à Potami, petite ville à une heure à l’ouest de Nicosie: « Je me suis orientée vers le bio pour des raisons environnementales.» Kèoprasith Souvannavong / RFI

Les bonnes herbes

Le respect de l’environnement, une préoccupation partagée par Koula Marangou. Cette petite femme d’une soixantaine de printemps cultive des plantes aromatiques et condimentaires à Potami, petite ville à une heure à l’ouest de Nicosie. Une activité qu’elle exerce depuis quatre ans seulement. Auparavant assistante sociale dans une entreprise privée, elle perd son emploi en 2013, lorsque la crise financière frappe Chypre de plein fouet. Par chance, sa famille possède 35 hectares de terrains. L’occasion pour elle de sauter le pas et de retourner à sa passion première : les bonnes herbes aux vertus bienfaisantes pour le corps.

« Je me suis orientée vers le bio pour des raisons environnementales. D’abord parce que les plantes aromatiques et condimentaires sont économes en eau. Mais par-dessus tout, je ne comprends pas comment, dans l’agriculture conventionnelle, on peut détruire la terre en aspergeant plantes et fleurs de produits chimiques ! », s’indigne-t-elle.

Fragrances naturelles

Koula Marangou travaille seule, aidée de temps à autre par son mari et son fils quand le besoin se fait sentir. Isolé sur le haut d’une colline traversée par une brise enivrante, son atelier en préfabriqué blanc ne paie pas de mine. Pourtant, à peine la porte franchie, une multitude de fragrances naturelles accueillent délicieusement le voyageur. Menthe poivrée de Chypre (espèce ne poussant que sur l’île), thé de montagne, camomille, origan, thym, romarin, sauge, estragon et lavande disposés çà et là sur des séchoirs et des plateaux attisent la curiosité. Déshydratés, ces plantes comestibles aromatiseront viandes et poissons, apporteront leurs saveurs aux plats ou seront infusées dans des tisanes, avec chacune leurs propriétés : digestives, diurétiques, antiseptiques, apaisantes… stimulantes.

« J’en cultive trente espèces. Je les sèche et je les vends dans des sachets en papier estampillés Regena’s Gardens. Je produis 15 kilogrammes de bonnes herbes séchées par espèce et par an », dit notre hôte en nous montrant de jolis pétales de roses fraîches, « cueillies avant le lever du soleil, sinon elles perdent leur essence ». Elle en tirera, par distillation, cette fameuse eau florale pas comme les autres, l’eau de rose, utilisée dans la pâtisserie et surtout dans la cosmétique pour son parfum et ses innombrables vertus apaisantes, purifiantes, hydratantes, régénératrices, tonifiantes… « Il faut un kilo de roses pour produire un litre de cette eau précieuse. »

Un contrôle « strict »

Toutefois, « dans notre pays, certains affirment produire des herbes aromatiques bio. Mais en réalité, ils les importent de Grèce, d’Egypte, voire de Chine », se plaint Koula Marangou. Et de se rassurer aussitôt : « Heureusement, notre secteur est soumis à un contrôle strict ».

Le contrôle strict en question est exercé par LACON Gmbh, un organisme privé allemand faisant autorité à Chypre et dans plusieurs autres pays européens. Il réalise la certification, une démarche qui regroupe un ensemble de procédures visant à garantir la conformité des produits par rapport au cahier des charges, atteste de leur qualité biologique, délivre un certificat et appose son label. Ses agents se rendent dans les exploitations adhérentes sur rendez-vous, en général une à deux fois par an, mais effectuent aussi des inspections inopinées, vérifiant les parcelles de terre, les factures, la fertilisation, les locaux de stockage, les bâtiments d’élevage, l’alimentation des bêtes, les méthodes de reproduction, les soins vétérinaires, etc. En cas de doute, des échantillons sont prélevés et analysés.

Antonis Papantoniou, directeur général de Strakka, une exploitation familiale spécialisée dans l’huile d’olive et dans les agrumes à Deftera, à vingt minutes au sud de Nicosie. Kèoprasith Souvannavong / RFI

Préserver le sol

Toutes les personnes interviewées lors de notre reportage sont contrôlées par LACON Gmbh. « Ses inspecteurs ne plaisantent pas. Ils sont pointilleux, ils veulent tout savoir en détail. Il faut tout justifier », témoigne Antonis Papantoniou, directeur général de Strakka, une exploitation familiale de 40 hectares (une énorme surface pour Chypre où 75% des 38 860 exploitations agricoles du pays font moins de 2 hectares) spécialisée dans l’huile d’olive et dans les agrumes à Deftera, à vingt minutes au sud de Nicosie.

Pas de produits phytosanitaires

Pour ce sexagénaire élancé et souriant, pratiquer une agriculture écologique est primordial. « Nous n’utilisons pas d’engrais chimiques pour enrichir les sols, ni de produits phytosanitaires. Nous n’aspergeons pas nos arbres d’insecticides, ce qui évite de polluer le sol. C’est pour cette raison que nous nous sommes convertis au bio en 1998, nous qui étions dans l’agriculture conventionnelle », martèle-t-il avant de regretter que le bio ne soit pas assez promu à Chypre.

Ce choix du bio est non seulement bénéfique pour la santé de l’agriculteur, car il n’a pas à manipuler des produits chimiques, et du coup n’est pas exposé à ces substances dangereuses, mais il porte aussi ses fruits. Les huiles et les olives vendues par cette exploitation, qui emploie dix personnes en permanence et des saisonniers pour des besoins ponctuels, sont récompensées dans différents concours internationaux. Parmi ces distinctions : le Great Taste 2016 ou prix du « bon goût », sorte d’Oscar de la gastronomie décerné au Royaume-Uni par le Guild of Fine Food (« Guilde de la bonne nourriture »), apparemment une référence dans ce domaine.

Christakis Drousiotis, producteur d’avocats à Kissonerga, dans l’ouest de Chypre: «Nous devons arracher toutes les mauvaises herbes à la main». Kèoprasith Souvannavong / RFI

La saison des avocats

Mêmes arguments et même combat pour Christakis Drousiotis, producteur d’avocats. Cette fois-ci, nous sommes à Kissonerga, dans l’ouest du pays, à un peu plus de deux heures de la capitale. « Je suis dans le bio depuis quinze ans, je suis le pionnier pour la culture d’avocats bio à Chypre et, surtout, je n’utilise aucune pharmacie », nous lance d’emblée cet ancien électricien « amoureux de la terre ». Grand de taille et vêtu de treillis, ce quinquagénaire à la voix porteuse et au ton ferme fait davantage penser à un officier de l’armée qu’à un agriculteur.

Pour appuyer ses dires, il nous emmène voir ses plantations. La saison des avocats dure d’octobre à avril. Il en produit 15 tonnes par an avec ses 30 hectares. En dehors de cette période, il cultive des bananes, et des pastèques en été. « Vous voyez ces mauvaises herbes qui poussent à côté et tout autour du tronc de cet avocatier ? », interpelle-t-il. « Eh bien, nous devons toutes les arracher à la main. Cela demande du travail. Soyez sûrs que dans une agriculture industrielle, on les éliminerait à coups de produits chimiques. Des substances qui iront ensuite dans les racines, et le consommateur les absorbera, sans le savoir. »

Autre exemple : « Regardez ces orties. Au lieu de les jeter, nous les utilisons pour protéger nos plantes des maladies et des insectes nuisibles. » Ces urticacées seront en effet trempées pendant vingt-quatre heures. L’eau ayant servi à l’opération sera vaporisée sur les végétaux à protéger.

Pour combattre les insectes nuisibles, lui et ses confrères arrosent aussi leurs plantations de liquides à base de cannelle et d’huiles à base d’oranges et de citrons.

Des méthodes naturelles

A travers notre périple, nous découvrons d’autres méthodes naturelles pour protéger végétaux et animaux d’élevage, et pour favoriser leur croissance.

D’aucuns se servent, par exemple, des mantes religieuses pour détruire les ennemis des plantes. Ces insectes utiles affectionnent de surcroît un milieu bio, sans contact avec des produits chimiques ou en quantité très limitée.

D’autres recourent aux serpents non venimeux comme les couleuvres noires pour dévorer les insectes nuisibles et les rats. Contre les rats, certains introduisent même dans leur exploitation des variétés de hiboux. Oiseaux rapaces nocturnes, dotés de bec crochu et de serres, ils adorent chasser les rongeurs néfastes. « Ils en tuent une douzaine par nuit chez nous », rapporte George Constantinides, le producteur d’œufs organiques rencontré plus tôt.

Astuces écolos

Autre astuce écolo : afin de créer pour les plantes de bonnes conditions de végétation dans sa serre - un lieu clos -, Vassilis Kyprianou utilise des bourdons pour la pollinisation, évitant ainsi l’emploi de tout produit chimique.

Et pour enrichir la terre, le compostage reste l’un des meilleurs moyens.

Quant aux engrais, ils sont bio, forcément. Les plus utilisés sont composés d’excréments de poules (bio, bien sûr) et contiennent 3 éléments : phosphate, nitrogène et calcium. « Dans ce sac de 25 kilos, les engrais contiennent 9% de nitrogène alors que dans l’agriculture conventionnelle, ils en contiennent jusqu’à 25% », indique Christakis Drousiotis.

Enfin, pour rendre les arbres plus résistants et les protéger des maladies, on peut également « les arroser tous les 7 jours de micro-organismes efficaces, comme ceux de type EM-1 mis au point par des Japonais ».

Lakis Pingouras, président de l’Association des agriculteurs bio de Chypre et producteur de bananes dans les environs de Paphos, sur la côte occidentale: «Une banane conventionnelle ne dure que trois à quatre jours contre deux semaines pour une banane bio» Kèoprasith Souvannavong / RFI

Manger sain

L’absence d’herbicides, de pesticides, d’OGM (organisme génétiquement modifié) et d’antibiotiques dans la viande, ainsi que les méthodes écologiques des agriculteurs bio rendent logiquement les aliments plus sains. Par rapport aux produits issus de l’agriculture conventionnelle, les produits bio sont réputés contenir plus de vitamines, et davantage d’antioxydants qui permettent de diminuer le risque de survenue de nombreuses maladies et qui retarderaient le vieillissement.

« La qualité des produits bio est supérieure à celle des produits conventionnels », affirme sans hésiter Lakis Pingouras, président de l’Association des agriculteurs bio de Chypre et producteur de bananes dans les environs de Paphos, sur la côte occidentale. « Par exemple, une banane conventionnelle ne va durer que trois à quatre jours contre deux semaines pour une banane bio. La raison ? Dans la banane conventionnelle, on a des engrais et d’autres substances chimiques, elle contient aussi beaucoup d’eau, à la différence de sa cousine bio. »

Ancien journaliste, ce sexagénaire aux allures de professeur d’université, engagé depuis son jeune âge dans la défense de l’environnement, possède un champ de 20 hectares et produit 35 000 kilos de bananes à l’année, une quantité rendue possible grâce à un microclimat à Paphos et ses environs, avec des températures moyennes de 4 degrés en hiver et 35 en été, et une humidité propice variant de 45% à 85%. Ses bananes, de variété musa cavendish et musa paradisiana, sont vendues essentiellement sur l’île. Et quand nous lui demandons pourquoi des agriculteurs chypriotes se tournent vers le bio, voici sa réponse immédiate et quelque peu inattendue : « Pour le chiffre d’affaires annuel ».

Des motivations financières

En effet, dit-il, au-delà des préoccupations environnementales et sanitaires, « c’est plus intéressant financièrement. Pour preuve : si vous vendez 2 500 kilos de bananes conventionnelles, vous obtiendrez 1 250 euros, alors que les bananes bio vous rapporteraient environ 7 500 euros ! »

Comment expliquer une telle différence ? « Pour le bio, nous commercialisons directement aux consommateurs ou aux magasins bio, sans intermédiaire. Pour l’agriculture conventionnelle, on passe par des négociants ou des grossistes. Ils prennent une grande marge. Comme il n’y a pas d’intermédiaire entre nous et les consommateurs, nous pouvons gagner plus d’argent par rapport aux agriculteurs conventionnels. »

Olympia Stylianou, secrétaire permanente du ministère chypriote de l’Agriculture, du Développement rural et de l’Environnement: «Le bio a encore un avenir à Chypre. Il convient cependant de s’assurer que le mécanisme de contrôle soit toujours efficace». Kèoprasith Souvannavong / RFI

« Le bio répond à une tendance des consommateurs »

Même si le bio peut être un marché de niche et s’avérer très lucratif, les passionnés que nous avons rencontrés ne roulent pas sur l’or, loin de là. Mais il est logique qu’un mode de production agricole plus écologique où les exploitants sont soumis à des contrôles rigoureux de qualité le long de l’année, et une nourriture plus saine garantie sans pesticides ni OGM, se répercutent sur les prix, qui représentent le principal frein à l’achat pour certains. Malgré tout, le secteur du bio progresse à Chypre, bien que le pays ne compte que 36 points de vente, selon le président de l’Association des agriculteurs bio de Chypre, Lakis Pingouras.

« Le nombre croissant d’agriculteurs conventionnels qui se convertissent au bio répond à une tendance des consommateurs, de plus en plus demandeurs de denrées biologiques », observe Olympia Stylianou, la secrétaire permanente du ministère chypriote de l’Agriculture, du Développement rural et de l’Environnement.

Olympia Stylianou croit elle-même en l’agriculture bio et espère que l’enthousiasme pour le bio va durer. « Le bio a encore un avenir à Chypre. Il convient cependant de s’assurer que le mécanisme de contrôle soit toujours efficace afin d’éviter les dérives et les fraudes, sans quoi les consommateurs perdront confiance et ne voudront plus payer plus cher pour des produits supposés biologiques ».


(*) Nicosie, la seule capitale divisée au monde

Chypre. Petit territoire de 9 251 km2 flottant dans l’est de la Méditerranée. L’île d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté de l’Olympe grec, est réputée pour ses plages et ses stations touristiques comme Paphos, capitale européenne de la culture 2017. Mais pas seulement. Membre de l’Union européenne depuis 2004, le pays d’un million d’habitants est aussi tristement connu pour être coupé en deux suite à l’occupation militaire de sa partie Nord par la Turquie en 1974. La création de la République turque de Chypre du Nord en 1983, autoproclamée et seulement reconnue par Ankara, scelle la séparation entre Chypriotes grecs regroupés au Sud et Chypriotes turcs au Nord. Résultat : Nicosie reste à ce jour l'unique capitale divisée au monde.

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