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    Passe d'arme France-Pologne: d'où vient le «plombier polonais»?

    media Piotr Adamski, figure du «Plombier polonais» à l'office de tourisme de Pologne à Paris, le 28 juin 2005 AFP PHOTO JACQUES DEMARTHON

    Deux décennies plus tard, la directive sur les travailleurs détachés continue de susciter les passions. Les propos d’Emmanuel Macron sur ce sujet ont remis au goût du jour une vieille expression : le « plombier polonais », devenu malgré lui le symbole du dumping social en Europe.

    En mini-tournée en Europe de l’Est, Emmanuel Macron a jeté un pavé dans la mare en s’en prenant à la Pologne, large pourvoyeuse de travailleurs détachés au sein de l’Union européenne. « La Première ministre aura beaucoup de mal à expliquer qu'il est bon de mal payer les Polonais », a souligné le 25 août le président français, qui tente de convaincre les pays de la région de réformer une directive européenne controversée qui permet à des Européens de travailler à l’étranger en payant les cotisations sociales de leur pays d’origine.

    Il s’agit du énième retour du débat autour le fameux « plombier polonais » devenu symbole d’une forme de dumping social qui serait encouragé par la construction européenne. Treize ans après son apparition, cette expression s’est imposée dans le langage politique. Son histoire reste liée à la campagne menée par les partisans du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) de 2005.

    A l’époque, les débats s’étaient cristallisés sur la « directive Bolkestein » du nom de son promoteur, le Néerlandais Frits Bolkestein, ancien commissaire européen au marché intérieur. Si elle a fait son apparition dans le débat public français en 2005, la « directive Bolkestein » date pourtant de 1996 et a été adoptée par la Commission européenne en janvier 2004.

    La « directive Services » ou « relative aux services dans le marché intérieur » - c’est son vrai nom - autorise des travailleurs d’un pays européen à effectuer une mission temporaire dans un autre pays-membre. Il paye ses cotisations sociales dans son pays d’origine mais bénéficie du salaire minimum de son pays d’accueil. Une aubaine, estiment ses détracteurs, pour des patrons peu scrupuleux qui pourraient recruter des salariés étrangers sans payer les mêmes charges sociales que pour les Français. Notamment dans le secteur des services, là où travaille, par exemple, un « plombier polonais ».

    On doit en fait la paternité de l’expression à Philippe Val. En pleine campagne pour le référendum sur le TCE, et près d’un an après l’adoption de la directive Bolkestein en janvier 2004, celui qui est alors directeur de la rédaction de Charlie Hebdo évoque pour la première fois le terme dans un dossier du journal satirique en décembre de la même année.

    « Mythe » et « exemple concret »

    Pourtant, c’est un souverainiste français, Philippe de Villiers, qui va vraiment populariser l’expression dans une interview au Figaro, quelques mois plus tard, le 15 mars 2005. La directive Bolkestein « permet à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France, au salaire et avec les règles de protection sociale de leur pays d'origine », estime le président-fondateur du Mouvement pour la France (MPF). Philippe De Villiers « voulait des exemples concrets, explique Libération en juin de la même année. Avec son staff, il a imaginé le "plombier polonais" mais aussi le "maçon letton" et le "jardinier estonien" ».

    Le « plombier polonais » est né. En pleine campagne pour le référendum, l’expression va alors se propager, grâce à l’intervention aussi bien des partisans du « oui » que du « non ». « Je n'ai pas plus peur du plombier polonais que du maçon portugais », déclare le député Bernard Poignant le 14 avril, un mois et demi avant le jour fatidique. « Depuis des semaines, qu'est-ce qu'on n'a pas entendu comme conneries », s’agace à quelques jours du scrutin un autre député européen, écologiste cette fois, Daniel Cohn-Bendit, qui pourfend « ces gens de gauche, quels qu'ils soient, qui n'ont trouvé comme bouc émissaire que le plombier polonais ».

    Les Polonais eux-mêmes sont étonnés par l’ampleur de la polémique en France. Le chef du gouvernement polonais de l’époque, Marek Belka, évoque « les mythes contre lesquels il faut lutter ». En visite en Pologne en 2012, François Hollande reviendra sur cet épisode. « Il y a eu trop de malentendus entre la France et la Pologne », déclarera celui qui entretemps a été élu président. Surtout que les Polonais, pour des raisons linguistiques, préfèrent souvent l’Allemagne et la Grande-Bretagne à la France : l’an dernier, selon The Times, ils étaient d'ailleurs la première communauté étrangère au Royaume-Uni, dépassant même les Indiens, avec 800 000 ressortissants polonais dans le pays, soit plus que d’habitants à Cracovie.

    L’homme derrière la directive, Frits Bolkestein, répond aux critiques en faisant part de sa propre difficulté à trouver un plombier dans sa résidence de Ramousies, près de Maubeuge, dans les Hauts-de-France. Il dit souhaiter dans l'Hexagone « des plombiers polonais pour faire du travail, parce que c'est difficile de trouver un électricien ou un plombier là où j'habite dans le nord de la France ». Le maire de la ville voisine de Maubeuge, Rémi Pauvros (PS) lui rappellera alors l’existence des Pages jaunes. Le TCE sera finalement repoussé en France par 54% de non et 61% aux Pays-Bas, pays d’origine de Frits Bolkestein, en mai et juin 2005.

    Travailleurs détachés français en France

    D’abord repoussoir, le concept un peu flou de « plombier polonais » obtient un visage, grâce à l’activisme de l’Office du tourisme polonais en France. Cet organisme, ému de voir une image aussi négative de la Pologne, lance l’année du référendum une campagne gentiment ironique. On y voit un mannequin blond, biceps saillants, habillé en plombier une clé à molette à la main. Le hasard veut que « clé à molette » en polonais se dise « klucz francuski », soit… « clé française ». L’affiche fait dire au jeune homme : « Je reste en Pologne. Venez nombreux ». Le modèle, originaire du nord-est de la Pologne, répond au nom de Piotr Adamski. Ce mannequin polonais né en 1984 participera à plusieurs campagnes de pub, pour des cosmétiques ou des accessoires de salles de bain – il reprend même le rôle du plombier dans l’une d’entre elles – avant d’abandonner le mannequinat et de devenir conseiller en crédit.

    Vingt ans après la directive Bolkestein, le « plombier polonais » existe bel et bien même si son importance est peut-être à relativiser. Les chiffres officiels sur le phénomène en France datent de 2016. Selon la Direction générale du Travail (DGT), la France comptait en 2014 environ 229 000 travailleurs détachés, soit moins de 1% de la population active. Ce qui fait de l’Hexagone le deuxième pays d’accueil après l’Allemagne sur un total de 1,9 million à l’échelle de l’Union européenne.

    Et leur nombre continue d’augmenter. D’après la Commission nationale de lutte contre le travail illégal (CNLTI) ils étaient 286 025 à avoir été déclarés à l'administration française en 2015, soit une progression de 25% par rapport à l'année précédente. La Pologne est effectivement le principal pays d'origine de ces salariés détachés avec 46 816 travailleurs.

    Par ailleurs, environ 10% des travailleurs détachés en France seraient des Français, employés dans leur propre pays avec ce statut via par exemple des agences d’intérim basées au Luxembourg. « Les Français s'inscrivent au Luxembourg, ou en Belgique, puis sont envoyés en mission en France, déplorait en mars dernier dans Marianne le député (PS) Gilles Savary. Ainsi, l'entreprise française qui les recrute doit s'acquitter des cotisations sociales luxembourgeoises qui sont, bien sûr, beaucoup plus avantageuses ».

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