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    Octobre 1917, l’héritage controversé de la Révolution russe

    media Exposition sur la Révolution d'octobre 1917 à Moscou. Mladen ANTONOV / AFP

    Cent ans après la Révolution d’Octobre, la prise du pouvoir par les Bolchéviques est célébrée sans éclat en Russie. Car son bilan continue de diviser la société russe, partagée entre la nostalgie de la puissance soviétique, et le rejet des crimes qui ont suivi 1917, de la guerre civile aux purges staliniennes. Reportage sur les lieux-même de cette révolution qui fit « trembler le monde », il y a tout juste 100 ans.

    De notre envoyé spécial à Saint-Pétersbourg,

    Saint-Pétersbourg, un soir d’octobre, sur l’immense place qui fait face au Palais d’Hiver. Une centaine de personnes assiste à un spectacle son et lumière consacré à la révolution, à l'endroit même où, cent ans plus tôt, les militants bolchéviques s'emparaient du pouvoir et renversaient le gouvernement provisoire de Kerenski. Des poèmes de Maïakovski, le poète de la révolution, sont diffusés sur la place, et une lumière rougeâtre illumine le Palais tsariste.

    « Ce spectacle est minable, et cela en dit long sur ce que pensent nos responsables de notre Grande Révolution d’Octobre », peste Svetlana, venue avec sa petite-fille malgré le froid et l’heure tardive. « Pour moi, ce centenaire, ce devrait être un moment très important, lance cette ancienne universitaire, toujours vaillante malgré ses 75 ans. Grâce à la Révolution, mon père a reçu une instruction supérieure, et il est devenu directeur d’école alors qu’il n’était qu’un paysan illettré. Moi, je suis devenue physicienne, et sans la révolution qu’est-ce que j’aurais pu faire ? Je serais restée une paysanne, dans mon village ! »  

    Une projection 3D sur le vaisseau amiral de la Révolution« Aurore», sur le Neva, à Saint-Pétersbourg, le 4 novembre 2017. OLGA MALTSEVA / AFP

    « Vous savez, nous sommes des enfants de l’époque soviétique, s’amuse Galina, une touriste venue d’Ekaterinbourg, dans l’Oural, et qui visite pour la première fois le célèbre croiseur. A l’école on nous apprenait le siège de Leningrad, la Grande Révolution d’Octobre et l’Aurore qui a tiré sur le Palais d’Hiver… Même si ce en fait ce n’était pas vrai ! Le message que l’on voulait faire passer à l’époque, c’était qu’il s’agissait d’une révolution puissante, qui avait eu le soutien de marins ralliés à la cause bolchévique. »

    Moins amusé, Dmitri s’étonne du peu de place accordé, justement, à l’épisode révolutionnaire. De fait, une seule salle est consacrée entièrement à Octobre ; les autres évoquent d’autres pans de l’histoire russe : la guerre contre le Japon en 1905, et la Seconde Guerre mondiale. « Je pense que cette période est injustement oubliée, car aujourd’hui tout ce qui est soviétique est considéré comme mauvais », s’agace Dmitri originaire, lui, de Veliky Novgorod, à 200 kilomètres au sud de Saint-Pétersbourg. « La Révolution d’Octobre, c’est notre histoire, et on ne doit pas l’oublier. Ce serait un crime contre le peuple, je pense, de faire ça. Ça m’étonnerait qu’en France vous négligiez votre propre histoire et l’histoire de votre révolution ! Malgré tout le sang qui a été versé à cette époque. »

    Au musée d’Histoire politique, la place consacrée à la Révolution d’Octobre a, là aussi, été considérablement réduite depuis l’époque soviétique. Du temps de l’URSS, le musée s’appelait d’ailleurs musée de la Révolution d’Octobre. Le musée lui-même est un concentré d’histoire : entre avril et juillet 1917, il sert de quartier général aux Bolchéviques, galvanisés par le retour d’exil de Lénine.

    « C’est d’ici, du balcon de son bureau, que Lénine haranguait la foule d’ouvriers, de marins, et de soldats venus l’acclamer, raconte l’historien Sergeï Spiridinov. C’est ici qu’il a défendu les fameuses Thèses d’Avril, le programme d’action qui devait mener les Bolchéviques au pouvoir. »

    Dans le bureau de Lénine, les collégiens et les lycéens russes qui visitent le musée peuvent admirer le fauteuil du révolutionnaire, son téléphone, ou encore la théière qu’il était censé utiliser entre deux harangues.

    Un buste de Lénine au Musée d'Histoire, à Moscou, le 2 novembre 2017. Mladen ANTONOV / AFP

    Mais d’autres salles sont consacrées à la Révolution de Février, à la chute du tsar Nicolas II, ou encore à la guerre civile et à la répression des « Blancs ». « Nous voulons montrer que la Révolution ne se limite pas à une seule journée, un seul évènement, mais que c’est un processus long qui a commencé en février 1917, et qui s’est terminé en 1922 avec la fin de la guerre civile et la création de l’URSS. A l’époque soviétique, seuls les évènements d’octobre étaient mis en avant. Aujourd’hui, nous considérons Octobre comme un coup d’Etat armé, et nous le restituons dans le cadre d’un processus révolutionnaire qui s’est déroulé sur la longueur. »

    Confusion mémorielle

    A Saint-Pétersbourg, la mémoire d’Octobre ne se retrouve pas seulement dans les musées. La Révolution a laissé des traces également dans la mémoire des familles qu’elles aient choisi ou non le camp de la Révolution. Vera Obolenski, Française d’origine russe, appartient à l’une de ces grandes familles de l’aristocratie russe balayée par Octobre et par la guerre civile qui a suivi.

    Revenue vivre en Russie après avoir épousé son mari, un artiste de Saint-Pétersbourg, Vera retrace avec difficulté le parcours tumultueux de sa famille après la révolution. « Ce sont des sujets que l’on n’abordait pas facilement… On parlait surtout de l’avenir de la Russie, de ce qui pouvait être fait. Toutes les horreurs traversées par ces gens, c’était trop douloureux d’en parler. »

    La Révolution d’Octobre a été une tragédie pour la famille de Vera, condamnée à l’exil et pour certains de ses membres à la mort (son grand-père, arrêté par l’Armée rouge lors de la défaite nazie, périra dans les camps de Staline ). « Mais la Révolution a été une catastrophe pour tout le pays, pas seulement pour notre famille. La Russie a perdu énormément de temps avec cette révolution. Des millions de personnes ont péri, et je pense que le XXe siècle a été atroce pour la Russie. »

    Cent après ce qu’elle considère comme une tragédie, Vera s’étonne de la « confusion mémorielle » qui règne en Russie. « C’est un bazar pas possible du point de vue historique, avec beaucoup de contradictions… Un mélange absolument terrible de procommunistes, d’anticommunistes, d’adoration du tsar. Il y a tous ceux qui sont toujours en train d’admirer Staline, il y a même des monuments qui lui sont dédiés maintenant. Je trouve que c’est une catastrophe », s'émeut-elle.

    Pour mesurer à quel point Lénine, ou même Staline, peuvent rester populaires aux yeux d’une partie de la population russe, il suffit de se rendre au siège du Parti communiste de la Fédération de Russie, resté tout de même le deuxième parti du pays, derrière Russie unie, la formation de Vladimir Poutine. « La Révolution d’Octobre a apporté la paix et la liberté à notre peuple, elle a apporté l’espoir pour toute l’humanité », nous explique posément Igor Moroz, secrétaire du comité des jeunes communistes de Saint-Pétersbourg.

    Assis sous un buste de Lénine, le jeune homme évoque avec beaucoup d’émotion les conditions de vies « inhumaines » de ses arrières grands-parents à l’époque tsariste. « Ils étaient originaires d’Ukraine, mais ont été forcés de s’installer dans l’Oural. Ils vivaient dans une hutte creusée à même le sol, avec leurs propres mains. Ils avaient dix enfants, et seulement trois ont survécu. Voilà ce qu’était la Russie tsariste ! Pour eux la Révolution d’Octobre a tout changé : ils ont reçu une maison, du travail, ils ont pu éduquer leurs enfants, qui ont tous eu une vie meilleure ! » s'enthousiasme-t-il.

    Le jeune homme ne vacille pas une seconde, à l’évocation des purges staliniennes et des victimes de la Révolution. « Le bilan des répressions a été exagéré : entre 1921 et 1954, il y a eu 3 millions de personnes arrêtées, c’est vrai, mais il n’y a eu que 600 000 condamnations à mort. Où sont les millions de victimes de Staline ? Bien sûr Staline a eu des côtés négatifs, comme tout être humain. Mais je peux vous dire que la politique de Staline a été positive pour le pays, elle a apporté beaucoup de bien à la plupart des Soviétiques », affirme-t-il sans se démonter.

    Pour Igor Moroz, il est possible d’assumer et l’héritage d’Octobre et celui de Staline. Et le jeune communiste estime insupportable le manque d’attention accordé, en ce centième anniversaire, à la Révolution bolchévique. « Il est clair que notre gouvernement essaie d’effacer la Révolution d’Octobre. La journée du 7 novembre n’est plus une fête nationale, elle a été remplacée par une fête célébrée trois jours plus tôt, dont personne ne peut vous expliquer la signification. Les manuels d’histoire sont réécrits, c’est une tentative pour effacer de notre mémoire la Grande Révolution d’Octobre, qui a pourtant été un évènement clé dans l’histoire contemporaine. »

    Le portrait tsar Nicolas II et une imagede Lénine à l'ouverture exposition au Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg à l'occasion du centenaire de la Révolution, le 25 octobre 2017. Olga MALTSEVA / AFP

    « Nous ignorons beaucoup de notre passé »

    A Saint-Pétersbourg, les héritiers du bolchévisme côtoient, bien souvent, les descendants des victimes de la Révolution : celles de la guerre civile, et des grandes purges décidées par Staline dans les années 1930. Dans son petit appartement du centre-ville, Gallina Lourier nous raconte l’histoire de son père, dont elle n’a gardé qu’un seul souvenir, une photographie jaunie par le temps.

    En 1917, son père, d’origine noble, rejoint par conviction le camp de l’Armée rouge. Mais dans les années trente, il est rattrapé par la répression stalinienne. « Quand j’ai eu trois ans, mon père a été arrêté devant mes yeux. Il faisait nuit et tout à coup il y avait la lumière partout, j’ai commencé à pleurer… Ma mère m’a embrassé, mon père me disait : 'Gallina, ne pleure pas, ce n’est pas grave', alors qu’en réalité c’était très grave. C’est la dernière fois que je l’ai vu. »

    Le père de Gallina, considéré comme un « ennemi du peuple » par le NKVD, est emporté par la folie meurtrière des « grandes purges » provoquées par Staline. « Il a été arrêté avec la formule 'sans droit de contact avec ses proches', se souvient Gallina. Cette formule, cela signifiait qu’il avait été fusillé, tout le monde le savait. » Dans les années 1980, à la faveur de la Perestroïka, Gallina, aurait pu en savoir plus sur le destin tragique de son père et sur les circonstances de sa mort. Mais elle reconnaît ne pas avoir eu ce courage.

    Cent après la Révolution, les stigmates de 1917 n’ont pas disparu pour les nostalgiques de l’Union soviétique, comme pour les descendants des victimes de la répression. Pour la nouvelle génération, celle qui est née après l’effondrement de l’URSS et qui sera en âge de voter lors de l’élection présidentielle de 2018, c’est un bilan mitigé, ambigu, et souvent confus, qui est tiré de ces évènements.

    « Nous vivons sur des mythes et nous ignorons beaucoup de choses de notre passé, regrette Nikita Petrov, historien et membre de l’ONG Memorial, dont le travail est justement de faire toute la lumière sur l’histoire de l’URSS. Le mythe de la grandeur soviétique sert à gommer les répressions de masse, et un passé qui a été, en réalité, une tragédie pour le peuple. Nous devons effectuer un travail en profondeur sur notre Histoire, et pour cela il faut garantir l’accès à toutes les archives, qui permettront aux historiens de raconter notre Histoire. C’est cela seulement qui pourra créer le socle dont la société a besoin pour tirer les leçons du passé. »

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