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    Europe

    L'Atlas des migrants en Europe: le livre de référence d’un réseau engagé

    media Des migrants et des réfugiés supplient des policiers macédoniens de les laisser franchir la frontière près du village grec d’Idomeni, le 10 septembre 2015. Yannis Behkrakis, prix Pulitzer de la photo d’actualité 2016, Visuel Bayeux 2017 / Yannis Behrakis

    La troisième édition de L'Atlas des migrants en Europe est sortie fin novembre en librairie. Comme les précédentes versions (datées de 2009 et de 2012), elle a été réalisée par Migreurop, un réseau international de chercheurs et de militants actif depuis 2002. Loin de s’en tenir à un simple état des lieux, cet ouvrage propose des « approches critiques des politiques migratoires ». Il est dirigé par le géographe Olivier Clochard.

    Le cœur du livre étudie les aspects du non-accueil des migrants en Europe. Le confinement par exemple peut consister à maintenir les nouveaux venus sur l’île de Chios, en Grèce. Mais il peut s’agir aussi de les rassembler dans le bidonville de Calais qui en 2016 avait dépassé les dix mille habitants, ou encore de placer, comme en Europe du Nord, des centres d’accueil loin des villes et des réseaux de transports en commun. Cela peut amener enfin à élever murs et grillages comme à Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles sur le continent africain.

    L’enfermement des « clandestins » et la fermeture physique des frontières s’accompagnent d’une autre politique moins visible. Elle consiste à délocaliser, sous-traiter et intervenir à distance en vue de maîtriser les « flux migratoires ». A grande échelle, ce sont les processus de Rabat (2006) pour l’Afrique de l’Ouest et de Khartoum (2014) pour l’Afrique de l’Est, qui ont confié le soin à des pays tiers, voire au pays de départ, de juguler les départs ou d’interrompre les voyages. Ces accords s’accompagnent de l’adoption de documents d’identité biométriques selon les normes européennes. Au Mali, les démarches sont précédées désormais par l’obtention d’un numéro d’identification national. S’y ajoute le fichage des migrants dès leur entrée en Europe afin de pouvoir suivre leur parcours.

    Faire obstacle à la libre circulation des personnes va enfin de pair avec une implication croissante de moyens militaires et policiers. Ces dernières années en effet ont vu plusieurs frontières entre pays européens se refermer, comme celle qui sépare la France de l’Italie, avec pour seul résultat de ralentir les passages et de multiplier les périls. Dans le Calaisis comme autour de Vintimille, les morts dépassent désormais la dizaine chaque année. Les auteurs rappellent dans cette partie combien la violence va croissante dès que la pression médiatique ou militante est moins forte. Ils évoquent même une véritable « impunité » pour le rôle de la Guardia civil entre Espagne et Maroc, ou pour celui de Frontex dans ses opérations en mer. Il rappelle aussi que cette agence européenne a la charge de former les garde-frontières hors du territoire européen.

    Une approche dynamique

    « Penser les migrations », c’est interroger les catégories, les frontières, les chiffres, les cartes, le vocabulaire. Dès le début du livre, les auteurs ont posé qu’un constat n’est possible qu’avec un regard neuf, précisément documenté. Il s’agit d’opposer « aux jugements et aux discours », « un savoir produit dans l’engagement ». Ce savoir, pour être fiable, se bâtit sur de très nombreuses enquêtes et expériences de terrain, partout en Europe et sur l’autre rive de la Méditerranée, là où s’externalisent les politiques de contrôle des « flux migratoires ».

    Réfléchir et dénoncer ne sont pas les seuls objectifs de cet atlas. La dernière partie est dédiée, sinon aux solutions, du moins à quelques exemples de mobilisations et de luttes. Si le panorama est inévitablement lacunaire, il a le mérite d’aborder le sujet sous des angles originaux et variés. Ainsi Cyrille Hanappe évoque-t-il « l’architecture hybride de la jungle de Calais » aujourd’hui disparue. Concernant les « villes hospitalières », à un article général de Violaine Carrère, juriste au Gisti, répond une étude plus précise sur les « villes rebelles » espagnoles. Le cas de Grande-Synthe, près de Dunkerque, n’y est pas évoqué. Prenant le contre-pied de son homologue Natacha Bouchart à Calais, le maire Damien Carême y avait pourtant mis en place un camp aux normes internationales avec l’aide de Médecins sans frontières (MSF), en opposition avec l’Etat.

    Ces dernières années ont été marquées par la multiplication d’événements à forte portée symbolique - le naufrage d'octobre 2013 près des côtes de Lampedusa, le corps sans vie du petit Aylan sur une plage de Turquie - mais aussi par la brusque montée des arrivées en 2015 et 2016, largement absorbée par la politique d'ouverture de l'Allemagne. Les politiques européennes se sont partout ailleurs profondément durcies. Tout cela rendait nécessaire cette nouvelle édition, à laquelle ont collaboré près de quatre-vingts auteurs.

    La liberté de circulation en question

    Le livre s’achève sur une question longtemps taboue, mais qui est désormais largement posée par la communauté des spécialistes de la migration : celle de la liberté de circulation. Elle apparaît de plus en plus aujourd’hui comme une « utopie réaliste » qui mettrait fin à « une politique migratoire inhumaine ». Il s’agirait aussi, comme le rappelle Emmanuelle Hellio, de « prendre le libéralisme au pied de la lettre ».

    Le réseau Migreurop offre au lecteur, quelle que soit sa connaissance du sujet, un outil indispensable pour cerner les enjeux de l’immigration en Europe aujourd’hui, chiffres à l’appui. Le regard militant, clairement assumé, ne nuit pas à la démarche scientifique. Il ajoute en revanche une précieuse dimension affective grâce à la collecte de documents parfois intimes et à la réalisation de cartes commentées par les principaux intéressés. Cette part sensible nous rappelle à notre humanité commune, trop rarement partagée, trop souvent oubliée.

    La troisième édition de L'Atlas des migrants en Europe est sortie fin novembre en librairie. © Armand Colin

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