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    Kazuo Ishiguro, explorateur inlassable des abîmes de notre modernité

    media Kazuo Ishiguro à Stockholm le 6 décembre 2017. Agency/Anders Wiklund/via REUTERS

    Le romancier britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro est un auteur majeur de ce début de siècle et le 29e écrivain de langue anglaise à recevoir ce prix prestigieux. Mais qui est Kazuo Ishiguro ? Quel est son lien avec son Japon natal ? Qu’est-ce qui fait l’originalité de ses romans ? Retour sur l’homme et l’œuvre, à l’occasion de de la cérémonie traditionnelle de remise des prix Nobel aux lauréats de l’année ce dimanche 10 décembre.

    Pour beaucoup d’amateurs de littérature contemporaine, Kazuo Ishiguro est l’homme des Vestiges du jour. C’est en effet ce roman qui l'a fait connaître du grand public. Grand succès de librairie depuis sa parution en 1989 et primé par le jury du Booker – le Goncourt anglais – la même année, le roman s’est vendu en Grande-Bretagne à plus de 2 millions d’exemplaires. Sa brillante adaptation au cinéma par James Ivory, avec dans les rôles principaux les inoubliables Anthony Hopkins et Emma Thompson, n’est sans doute pas étrangère au succès phénoménal qu’a connu ce livre.

    Son histoire : arrivé au crépuscule de sa vie, un vieux majordome fait le bilan de ses années passées dans une grande famille aristocratique tentée par le fascisme. Stevens se demande s’il n’a pas gâché sa vie, s’il n’est pas passé à côté de l’amour et de l’Histoire avec un grand « H ». C’est un récit suprêmement britannique, une écriture tout en retenue et understatement.

    Homme de nombreux talents

    Il serait toutefois injuste de réduire Kazuo Ishiguro à ce seul livre, car outre une œuvre littéraire magistrale composée de sept romans, le lauréat est un homme de nombreux talents. Passionné du cinéma, il est également l’auteur des scripts sur deux longs-métrages. Enfin, c’est un song writer ou lyriciste, dans la veine de Bob Dylan. D’ailleurs, quand il était jeune, il voulait faire carrière dans la chanson, mais s’est recyclé en littérature pour le plus grand bonheur de ses fans. Il continue d’écrire des chansons. La chanson a été surtout une école pour lui, pour apprendre à écrire de manière efficace, procédant par suggestions, par associations, par métaphores.

    En annonçant le nom du lauréat le 5 octobre dernier, la présidente du jury de Stockholm disait que Kazuo Ishiguro a révélé, dans des romans « d’une puissante force émotionnelle, l’abîme sous notre illusoire sentiment de confort dans le monde ». Une déclaration qui nécessite une explication de texte, même si elle résume bien l’œuvre de Ishiguro.

    « En effet, les romans du lauréat parlent de l’illusion de se connaître », explique Paul Veyret, enseignant à l’université de Bordeaux et auteur d’un bel essai sur l’œuvre du prix Nobel intitulé L’encre de la mémoire (Presses universitaires de Bordeaux, 2005). « Dans tous ses romans ou presque, poursuit le spécialiste, l’histoire est racontée à la première personne par des narrateurs qui se révèlent être peu fiables et il y a donc toujours un décalage entre le récit des drames passés te qu’ils sont racontés et ce que le lecteur perçoit. Ce décalage ironique ou tragique entre ce soi qu’on croit connaître et le soi qui est représenté est le thème des livres de Ishiguro. »

    Une œuvre entre mémoire et amnésie

    Les livres du lauréat exposés dans l'immeuble de l'Académie Nobel à Stockholm Jonathan NACKSTRAND / AFP

    Au début des années 1980, après être passé par une école de « creative writing », Ishiguro a publié deux romans brefs et expérimentaux, dont l’action se passe au Japon. Lueur pâle sur les collines (1982) et Artiste du monde flottant,(1986) parus en Angleterre en 1982 et 1986 respectivement, sont des pastiches du roman japonais. A partir de son troisième roman qui n'est autre que le célèbre Vestiges du jour, le futur lauréat a campé la plupart de ses récits dans cette Angleterre moderne où il a grandi depuis l’âge de 5 ans. Tout comme dans son dernier roman Le Géant enfoui (2015), où on est dans l’Angleterre mythique du roi Arthur.

    Parmi les grands romans d’Ishiguro, il faut citer L’Inconsolé (1995) qui met en scène dans une veine kafkaïenne l’errance d’un pianiste dans une ville d’Europe centrale, Quand nous étions orphelins (2000) qui est une saga axée sur le retour en Orient et peut-être surtout Auprès de moi toujours (2005), une dystopie qui se passe dans un pensionnat anglais et où sont évoqués les questions dramatiques de clonage, de dons d’organes et biotechnologie.

    La modernité inquiétante que raconte le romancier est à relier à sa propre enfance à Nagasaki, ville japonaise au destin tragique, où vivait encore la mère de l’écrivain lors de l’explosion de la bombe atomique en 1945. Même s’il a quitté le Japon très jeune, et a depuis vécu en Angleterre, Kazuo Ishiguro ne peut oublier cette autre vie et ses romans sont travaillés par les traumatismes de la mémoire obsédée par les désastres de ce passé lointain. L’auteur met en scène des hommes et femmes confrontés aux menaces d'une modernité sans conscience, comme l’explique Paul Veyret : « Ishiguro est le grand romancier du XXe et du début du XXIe siècle de la mémoire et de l’oubli, du souvenir et de l’amnésie - volontaire ou pas. La plupart de ses romans sont centrés sur la question de l’holocauste, de la Shoah, des génocides et des grandes questions morales et éthiques de notre époque. « Ai-je bien agi ? Comment vivre en phase avec ma conscience ? », se demandent ses personnages, obsédés par la question de pouvoir se regarder en face.

    Modèles

    Compte tenu de l’origine japonaise de l’écrivain, on a longtemps cherché l'influence de la littérature japonaise sur son oeuvre. Or si les premiers romans pouvaient donner l’impression d’avoir été traduits du japonais, on voit très vite que c’est un écrivain qui s’insère dans la tradition moderniste européenne.

    L'auteur a raconté comment il est venu à la littérature à l’âge de 10 ans en lisant Sherlock Holmes qu’il empruntait dans les bibliothèques du quartier de Guildford, dans le Surrey, où la famille habitait à l'époque. Mais toute son originalité consiste à subvertir les genres installés tels que le polar, le roman social à l’anglaise où s’opposent maîtres et domestiques comme dans Les Vestiges, ou le roman d’anticipation comme dans le roman dystopique du lauréat sur le clonage. Il part des formes classiques qu’il déconstruit pour révéler les abîmes et l’inconscient social avec ses horreurs et ses non-dits.

    Par ailleurs, lorsque Ishiguro commence à écrire dans les années 1980, la société anglaise est en pleine mutation, avec l’arrivée sur la scène sociale des enfants nés de l’immigration, devenus adultes. En littérature, cela se traduit par l’émergence de quelqu’un comme Salman Rushdie qu’on ne présente plus, de Timothy Moe d’origine chinoise, Ben Okri du Nigeria, pour n’en citer que ceux-là. Kazuo Ishiguro fait partie de cette génération biculturelle qui a renouvelé la littérature anglaise, mais aussi la langue anglaise, comme l’explique Laetitia Zecchini, chercheuse au CNRS travaillant sur le phénomène postcolonial : « Ce sont des auteurs qui écrivent entre plusieurs mondes, plusieurs cultures, voire entre plusieurs langues. Ils installent une sorte de doute sur l’identité anglaise. Certes, ils n’ont pas la même histoire, mais on peut les comparer car l’expérience de la diaspora et de la migration, qu’elle découle d’une histoire coloniale ou d’autres histoires, est centrale à leur œuvre et aussi au processus de renouvellement de la littérature britannique à l’œuvre à l’époque ».

    Ce renouvellement était au cœur de la conférence que Kazuo Ishuguro a prononcée dans la capitale suédoise le jeudi 7 décembre, lançant un vibrant appel pour «une grande vision humaine autour de laquelle nous rassembler ».

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