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    Europe

    20 ans de prison requis contre Salah Abdeslam, le procès suspendu jusqu'à jeudi

    media Salah Abdeslam lors de son procès à Bruxelles, le 5 février 2018. REUTERS/Yves Capelle

    Le premier jour du procès très attendu de Salah Abdeslam ce lundi 5 février au Palais de justice de Bruxelles a été marqué par le refus de l'accusé de répondre aux questions du tribunal. Le procès a été suspendu jusqu'à jeudi. Le seul survivant parmi les kamikazes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris est jugé dans le volet belge de l'affaire : une fusillade à Forest, trois jours avant son arrestation à Molenbeek en mars 2016. Le parquet belge a requis 20 ans de prison contre lui.

    Le procès, qui devait s’étendre sur quatre jours jusqu’à vendredi, prévoyait une deuxième journée d’audience mardi. Mais celle-ci a été annulée pour permettre à maître Sven Mary de préparer sa plaidoirie, a annoncé la présidente du tribunal, Marie-France Keutgen. Le procès pourrait se terminer dès jeudi notamment suite au refus de Salah Abdeslam de répondre aux questions.

    « Mon silence ne fait de moi ni un coupable, ni un criminel, c’est ma défense », a ajouté le premier, portant une barbe fournie, les cheveux gominés rabattus en arrière. « Je n’ai pas peur de vous, je n’ai pas peur de vos alliés, de vos associés, je place ma confiance en Allah et c'est tout », a-t-il lancé à la présidente du tribunal Marie-France Keutgen, défiant la justice.

    Ce qui n’a pas empêché le parquet belge de requérir dès lundi la peine maximale prévue en correction pour les faits reprochés, selon la procureure, soit 20 ans pour chaque prévenu. Signe que le parquet belge ne se berce plus d'illusions.

    « Ce sont des soldats »

    Le parquet fédéral belge a pointé les éléments à charge, rapporte notre envoyé spécial à Bruxelles, Franck Alexandre. « La volonté évidente d’affronter et tuer les policiers venus perquisitionner leur planque (…) Ils ont organisé un guet-apens, ils se sont coordonnés, ils ont agi dans un contexte terroriste indéniable », a avancé l'accusation. « Ils adhèrent tous à l’idéologie de l’Etat Islamique, ce sont des soldats », a ajouté sa représentante.

    « Cela fait de semaines qu'ils se cachent, peu importe qui a tiré sur les policiers. Tous les trois sont co-auteurs ». Et le parquet fait cette analyse : « Mohamed Belkaïd, touché par les tirs de riposte sait qu'en se sacrifiant il permet à Abdeslam et Ayari de continuer le combat. Tous les trois étaient prêts à mourir en martyr. »

    Le procès reprendra maintenant jeudi matin avec l'audition des parties civiles et la plaidoirie de la défense. Les faits jugés à Bruxelles remontent au 15 mars 2016. Des enquêteurs avaient été surpris par des tirs pendant une perquisition de routine dans une des multiples planques belges de la cellule jihadiste, rue du Dries à Forest. Trois policiers avaient été blessés et le jihadiste Mohamed Belkaïd, tué.

    Une défense mise à mal

    « En prison, Salah Abdeslam croit devenir fou ». Sven Mary, son avocat belge et Frank Berton, son ex-conseil français l’ont dit et martelé : « les conditions de sa détention sont trop dures, scruté 24h/24 par des caméras, il perd les pédales. » Et récemment d’ailleurs, même l’administration pénitentiaire s’est inquiétée de son état psychologique. Pourtant, lors de cette première audience, il n’est pas apparu abattu.

    A mon avis, on obtiendra rien de Salah Abdeslam parce que c'est sa ligne de défense, parce que je pense qu'il n'y a pas intérêt.
    Philippe Dupeyron, président de l’association 13-11-15 05/02/2018 - par Franck Alexandre Écouter

    Sa voix est claire et nette et son discours précis, analyse Philippe Dupeyron, de l’association de victimes « 13-11-15 ». « Je pense qu’il n’y a aucun doute sur le parfait équilibre et il est parfaitement sain d‘esprit, pertinent dans ses réponses. C’est en tout cas l’impression qu’il donne. On n’a pas l’impression de quelqu’un de déséquilibré. La clarté du propos exposé devant la présidente était tout à fait éloquente à cet égard. Ce ne sont pas les propos d’un déséquilibré et ce n’est même pas quelqu’un de fatigué, contrairement à ce qu’il dit. »

    Effectivement, « je suis fatigué » lance Salah Abdeslam à la présidente, refusant de se lever. Il se présente comme une victime : « Les musulmans sont traités de la pire manière. Il n'y a pas de présomption d'innocence », affirme-t-il pour justifier le silence qu'il gardera durant le procès. Il termine en récitant la profession de foi musulmane. « Je suis l’acteur de ce procès » a lancé Abdeslam au tribunal, préférant le silence à la justice des hommes. Et il prévient : « je ne place ma confiance qu’en Allah ».

    Tout ceci est de la provocation pour Philippe Dupeyron, qui dit « attendre peu, parce qu'il y a peu à attendre » de cette confrontation, laquelle revêt « une charge émotionnelle très forte ».

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