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    Europe

    Russie: Vladimir Poutine sans rival pour la présidentielle

    media Des bustes de Vladimir Poutine aux couleurs de la Russie. REUTERS/Maxim Shemetov

    Le rendez-vous annuel devait se dérouler en décembre 2017, mais il a été reporté à maintes reprises : Vladimir Poutine s’adresse ce jeudi aux deux chambres du Parlement russe. Cette allocution se déroule dans un contexte particulier : le 18 mars prochain, les Russes sont appelés aux urnes pour désigner leur président. Vladimir Poutine est en lice pour un quatrième mandat.

    Vladimir Poutine a jusque-là fait campagne sans véritablement faire campagne. L’absence de programme ne semble pas déranger ses électeurs, et pour cause : « On n’élit pas Vladimir Poutine pour son programme », explique le politologue russe Dmitri Orechkine. De fait, l’actuel locataire du Kremlin se place très au-dessus des autres prétendants. « Quand on vote pour Vladimir Poutine, on vote pour le leader de la nation, pour le chef qui ne s’abaisse pas à évoquer des thèmes aussi mesquins que la question du faible revenu de la population. Poutine, c’est celui qui relève la Russie qui était à genoux, celui qui repousse les manigances des Etats-Unis et de l’Europe, celui qui rattache la Crimée - et ça n’est d’ailleurs pas innocent si l’élection a lieu le jour même du quatrième anniversaire du retour de la Crimée à la Russie. En réalité, il ne peut plus réaliser de nouveaux exploits, et donc l’idée est de conserver cette image de l’aigle qui vole très haut, qui a vaincu et convaincu le monde entier », explique Dmitri Orechkine.

    Manque d’équité

    La télévision offre une occasion supplémentaire à Vladimir Poutine de se détacher des autres concurrents. Le président russe ne participe d’ailleurs pas aux débats télévisés. Selon Vladimir Ryzhrov, ancien député d’opposition et soutien du candidat du parti libéral Iabloko à la présidentielle, « les candidats n’ont pas tous le même temps d’antenne et surtout, ils sont présentés de manière tout à fait différente. On montre Vladimir Poutine exclusivement sous un jour positif. A chacune de ses apparitions, il parle de choses importantes. A l’inverse, pour les autres candidats, on a tendance à retenir des paroles sans consistance, ou des choses complètement idiotes et absolument sans importance », explique l’homme politique. L’effet sur l’électorat est alors sans appel : « Quand la télévision est votre principale source d’informations, que vous n’utilisez par les réseaux sociaux ou que vous ne lisez pas les journaux de qualité, vous avez cette impression qu’il n’y a qu’un seul candidat qui se préoccupe sérieusement du destin du pays et que tous les autres sont des idiots, qui disent n’importe quoi et ne comprennent rien à rien », résume Vladimir Ryzhkov. « Lorsqu’on parle d’élection honnête, il ne faut pas se cantonner au jour du vote », complète l’homme politique. « On ne peut parler d’élection honnête quand durant la campagne, l’équité des candidats n’est pas garantie. »

    Les instituts de sondage donnent Vladimir Poutine gagnant dès le premier tour avec plus de 60 % des intentions de vote. L’institut VTsIOM, proche du gouvernement, le crédite de 69.5 % des suffrages (au 18 février 2018), loin devant le candidat du Parti communiste, le directeur du « Sovkhoze Lénine », Pavel Groudinine (7,5%), qui arrive en deuxième position devant le nationaliste Vladimir Jirinovski (5,3%). « Il devrait vraisemblablement réunir entre 65 et 70 % des voix », pronostique Serguei Shpilkin, spécialiste en statistiques électorales.

    Stabilité

    Le chef de l’Etat russe a nettoyé le champ politique et fait en sorte de n’avoir aucune opposition digne de ce nom. Après 18 années aux affaires, il continue de jouir d’une bonne popularité et est régulièrement présenté comme le garant de la stabilité du pays.

    Le contexte socio-économique n’est pourtant pas des plus optimistes. Les problèmes ne manquent pas : « Les revenus réels de la population sont en baisse pour la quatrième année consécutive. Depuis 2013, ils ont été diminués de 15 % et cela fait six ans qu’il n’y a pas de signe de croissance », énumère Vladimir Ryzhov. « La situation n’est pas très agréable pour Vladimir Poutine. Les problèmes sociaux s’accumulent, dans le secteur de la santé, l’éducation. Ces difficultés émergent sur fond de confrontation avec l’Occident et de sanctions économiques. » Pour l’ancien député d’opposition, ce contexte explique, en partie du moins, le fait que la campagne soit assez monotone, et que le chef de l’Etat y fasse le service minimum. « Cette campagne électorale est très courte, elle ne dure qu’un mois, et elle est la plus calme possible, l’objectif étant que les problèmes aigus et criants du pays ne soient pas discutés. »

    L'opposant russe Alexeï Navalny, le 24 janvier 2018 devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). REUTERS/Vincent Kessler

    Alexeï Navalny, une menace ?

    Pour ce scrutin, Vladimir Poutine a face à lui sept autres candidats : trois représentants du camp libéral, trois communistes et le sulfureux député populiste d’extrême droite Vladimir Jirinovski, qui en est à sa sixième campagne. Aucun de ces prétendants n’est en mesure de faire de l’ombre au président sortant. Le seul qui aurait pu jouer les trouble-fête, Alexeï Navalny, n’a pas été autorisé à se présenter, officiellement en raison de condamnations judiciaires.

    L’opposant représente-t-il un réel danger pour le pouvoir ? « Si ce n’était pas le cas, il n’aurait pas été écarté », répond Dmitri Orechkine. Les chances de l’opposant de bousculer le pouvoir sont très faibles, mais son absence du scrutin le prive, en premier lieu, d’un accès aux médias officiels. « Bien sûr, il ne faut pas surestimer son importance, sa côte de popularité n’est pas très élevée, mais Alexeï Navalny est un homme politique très talentueux, et s’il avait été autorisé à concourir, il aurait pu atteindre 10, 12 voire 15 %, or ça, c’est impossible, car les opposants à Vladimir Poutine ne doivent pas récolter plus de 30 % des voix à eux sept, pour lui garantir 70 %. Quant à l’hypothèse d’un second tour, c’est carrément un tabou », souligne le politologue.

    Privé de présidentielle, Alexeï Navalny appelle ses partisans à observer une grève des urnes. Une démarche que Serguei Shpilkin qualifie de « malheureuse » et « contre-productive ». Pour le spécialiste des statistiques électorales, « d’une façon générale, un boycott peut avoir pour effet de diminuer le taux de participation, mais d’un autre côté, il contribue à gonfler le résultat du candidat le plus fort. Et comme les partisans actifs de Navalny ne représentent qu’environ 1% des électeurs, on n’obtiendra pas de baisse significative du taux de participation, mais on verra une amélioration du résultat pour Vladimir Poutine ».

    Si la victoire du président sortant dès le premier tour est garantie, l’abstention pourrait bien être l’autre gagnante de ce scrutin. « Aujourd’hui, la principale préoccupation des autorités est de faire en sorte que les électeurs se déplacent pour voter », reconnaît Serguei Shpilkin. En l’absence de véritable enjeu, d’alternative crédible, et au terme d’une campagne terne, bon nombre de Russes pourraient être tentés de bouder les urnes. Et c’est ce qui inquiète les autorités.« Un gigantesque travail est mené pour organiser la venue d’électeurs ou plutôt leur acheminement dans les bureaux de vote le 18 mars », explique Vladimir Ryzhkov. « On met à contribution des directeurs d’usines, les directeurs des écoles, les médecins chefs des hôpitaux, les responsables des fonds de pension. Des militants sont chargés de faire du porte à porte, d’établir des listes de ceux qui sont prêts à voter pour Poutine et de veiller ensuite à ce qu’ils aillent bien voter. On ne peut pas appeler ça de la fraude, mais c’est ce qu’on appelle en Russie "l’usage des ressources administratives" ».

    Les autorités locales ont reçu ordre d'attirer les électeurs par tous les moyens. Dans certaines régions, des concours de selfies dans les bureaux de vote vont être organisés avec iPhones, iPad ou même voiture à gagner. Dans l'Oural, une société de télédiffusion a produit un clip où se succèdent rappeurs et retraités, chantant : « Venez aux urnes, allons voter ! Qui choisira notre président, si ce n’est nous ?  ».

    Un scrutin propre ?

    Faut-il alors s’attendre à des fraudes pour donner un coup de pouce au score de Vladimir Poutine ou au taux de participation ? Les manifestations massives de l’opposition pour protester contre les irrégularités qui avaient émaillé les élections législatives de décembre 2012 sont encore dans toutes les mémoires.

    « Pour Poutine, le plus important n’est pas seulement de gagner, mais aussi de faire en sorte que le résultat apparaisse comme légitime aux yeux des électeurs mais aussi de l’étranger », précise Vladimir Ryzhkov. « Il va faire en sorte que dans les grandes villes, comme Moscou, Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg, Novossibirsk, il n’y ait pas de fraudes criantes. L’idée est d’éviter une vague de publications sur les réseaux sociaux et des manifestations de protestation dans la rue. Mais dans le même temps, il pourra compter sur des régions, qui constituent des sortes d’anomalies électorales, où l’on constate toujours un taux de participation exceptionnel et un pourcentage de soutien à Vladimir Poutine tout aussi exceptionnel. »

    Sultanats électoraux

    Le politologue Dmitri Orechkine, qui avait documenté les fraudes en 2011, abonde dans son sens : « Là où il a des observateurs, des médias d’opposition, on ne va pas taquiner le sort et on va compter les voix de façon honnête. Déjà en 2012, à Moscou, l’élection s’est déroulée de façon assez honnête », explique-t-il. Pour preuve, poursuit le politologue, « Vladimir Poutine y avait alors recueilli 47 % des voix ». Or selon ses propres observations, le président russe était crédité de 45-46 % des suffrages. Le tableau devrait être différent dans d’autres régions et en particulier dans celles que Dmitri Orechkine qualifie de « sultanats électoraux ».

    Une spécificité du système russe, hérité de l’époque soviétique : « Il y a une quinzaine de régions sur les 85 que compte la Russie, où les résultats des votes, ou pour être plus précis, les chiffres des votes, ne dépendent aucunement de l’humeur des électeurs, dont tout le monde là-bas se contrefiche, mais de la façon dont les élites locales contrôlent le processus électoral. En Tchétchénie, en 2012, le taux de participation s’est élevé à 99,6 %, et 99,8 % de la population a voté pour Vladimir Poutine. Ces régions ne sont pas très nombreuses, mais elles sont en mesure de rapporter 10 à 12 millions de voix. Donc, par définition, cette élection ne pourra pas être complètement honnête parce que ces sultanats électoraux ne vont pas disparaître du jour au lendemain. »

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