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    Pour Arash Hampay, réfugié iranien en Grèce: «Ma mère, c’est mon héros»

    media Arash Hampay et sa mère à Téhéran, le jour du départ d'Arash Hampay. Arash Hampay

    Bouk Khanoom, la mère d’Arash Hampay, est née dans une petite ville conservatrice d’Iran il y a un peu plus de 60 ans, avant la Révolution islamique. Ce réfugié politique de 32 ans vit en Grèce depuis un an et demi. Il raconte comment elle lui a transmis les valeurs pour lesquelles il s’est battu toute sa vie.

    Quand on demande a Arash Hampay quelle est la femme qui a joué le rôle le plus important dans sa vie, le jeune Iranien n’hésite pas une seconde avant de répondre : « Ma mère, c’est mon héros ». Sur la place Monastiraki à Athènes, ce producteur et photographe tient une photo sur laquelle on les voit assis côte a côte sur un canapé. Alors qu’il fait le signe V de la victoire, elle tient sa main, comme pour le soutenir, ce qu’elle a fait toute sa vie.

    Cette photo, ils l’ont prise dans leur appartement de Téhéran, le jour de son départ précipité du pays, il y a environ deux ans. Arash vient d’apprendre que la police viendra l’arrêter le lendemain matin pour le faire emprisonner pour dix-neuf ans, alors qu’il vient déjà de passer deux ans derrière les barreaux pour son activisme en faveur des droits de l’homme, notamment ceux des réfugiés afghans. Sa mère approuve son départ et l’aide à préparer son sac : « Elle m’a demandé : "Arash, tu emmènes tes livres, non ?" Je lui ai répondu: "Maman, je n’ai pas de voiture, je vais passer la frontière à pied". Elle m’a dit : "D’accord, prends tes cinquante livres préférés alors ».

    Cette femme de 62 ans ne sait ni lire ni écrire, raconte son fils : « Elle n’a jamais été à l’école car, à l’époque, cela ne se faisait pas, c’était haram [interdit, ndlr] pour les filles ». Bouk Khanoom a grandi à Tabriz, dans une famille très conservatrice de la minorité kurde de cette grande ville de la province de l’Azerbaïdjan iranien, au nord-ouest du pays. Elle est l’aînée de cinq sœurs et deux frères. Son prénom signifie « grande femme » en azeri. Son combat pour les droits des femmes a commencé à la maison.

    Très tôt, cette jeune fille au teint pâle, aux cheveux longs et aux formes épanouies, tient tête à son père. Comme le veut la tradition, il veut la marier à un homme choisi par ses parents, alors qu’elle est amoureuse de son cousin. Une fois arrivé devant le mollah, elle fait l’invraisemblable, raconte son fils en riant : « Devant tout le monde, ma mère a jeté sa bague à la tête de son père en lui disant : "Tu peux me tuer, je n’épouserai que Ali Akbar. Je suis indépendante, je suis humaine" ». Il ajoute : « Imaginez le scandale à Tabriz à l’époque. C’était une des villes d’Iran les plus conservatrices. Ma mère est une guerrière, vous ne pouvez pas imaginer comment c’était à l’époque ». La sanction tombe. Elle n’aura plus le droit de quitter la maison jusqu’à ce qu’elle craque.

    « Ma mère a aussi connu la prison en quelque sorte »

    C’est sans compter la caractère de la jeune Bouk Khanoom qui tiendra dix ans, enfermée entre quatre murs. « Ma mère a aussi connu la prison en quelque sorte », explique Arash Hampay qui sait de quoi il parle. Au bout de dix ans et de nombreuses menaces de suicide, le couple est autorisé à se marier, mais leur famille les renie. Sans un sous, ils démarrent de zéro en vendant des vidéos interdites en Iran sous le manteau. La fortune aidant, ils se réconcilient avec leur famille.

    Pour son fils, « cela ne suffisait pas à ma mère d’avoir pu gagner sa liberté, elle voulait que tout le monde en profite ». Elle se lance dans un combat discret, alors que son mari devient un personnage public opposé aux guerres menées par l’Iran. Bouk Khanoom, elle, organise des rencontres de femmes à la maison. Elle les fait danser au son du tabl, une percussion iranienne. « Une musicienne et une danseuse, en Iran, vous imaginez ? C’est interdit pour les femmes ». Lors de ces rencontres, elle les encourage à briser les tabous, à se rebeller contre les mariages arrangés.

    La mort brutale de son mari par balles, puis celle de son fils le plus âgé pendu devant la maison et l’emprisonnement du deuxième fils auraient pu la stopper. A la place, elle déménage à Téhéran avec Arash alors adolescent et son petit frère. Luttant contre la dépression, elle continue de son côté et encourage ses enfants. « La condition pour qu’elle accepte mon départ pour l’Europe, c’était que je continue d'être activiste ici ».

    La police l’inquiète aussi, raconte Arash, même si le statut d’ancien combattant de sa famille la protège. Son humour et son sens de la répartie inspirent son fils : « Un jour, deux policiers étaient venus la questionner sur une de ses soirées. Elle leur a servi le thé et des gâteaux. Ils ont commencé à lui reprocher d’avoir critiqué le gouvernement. Elle leur a répondu, son bras nonchalamment posé sur le dossier de son siège : "Vous avez des enregistrements ? Non ? Alors partez !" ».

    Pour son fils, sa vie est une leçon. Aujourd’hui, alors que des Iraniennes ont lancé une campagne contre le port du voile compulsif, son fils y voit le résultat de sa lutte et de celle de nombreuses autres femmes. « Son combat est plus important que le mien. Pour une femme en Iran, c’est encore plus difficile de lutter ». Dans un sourire, Arash Hampay ajoute : « Le 8 mars est sa journée préférée ».

    Arash Hampay montre sur son téléphone la photo prise avec sa mère la veille de son départ d'Iran pour la Grèce. RFI/Charlotte Stiévenard

    RFI

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