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    Europe

    Election présidentielle en Russie: jour J pour un scrutin joué d'avance

    media Vladimir Poutine sort de l'isoloir où il a voté, le 18 mars 2018 à Moscou, jour de l'élection présidentielle russe. AFP/Yuri KADOBNOV

    Près de 110 millions d'électeurs russes sont appelés aux urnes ce dimanche pour un scrutin sans grand suspense, Vladimir Poutine étant assuré de l'emporter. En l'absence de son principal opposant Alexeï Navalny, aucun de ses adversaires ne franchit la barre des 10 % d'intentions de vote. L'incertitude pèse en revanche sur le taux de participation. Le Kremlin espère un taux élevé pour légitimer un résultat joué d'avance.

    A Moscou, le scrutin pour l'élection présidentielle a débuté dans une ambiance de kermesse dans les bureaux de vote ce 18 mars. De la musique est diffusée par haut-parleur dans celui où se trouve notre correspondant Daniel Vallot, et l’entrée a été décorée de ballons multicolores. A l’intérieur, des boissons chaudes et de la nourriture sont distribuées aux électeurs.

    Au fond du bureau de vote, on trouve deux isoloirs en bois blanc avec les photos des huit candidats ainsi que leur biographie et leur patrimoine. On apprend ainsi que Vladimir Poutine possède un appartement de 70 mètres carrés à Moscou, un garage et trois voitures de fabrication russe.

    Les électeurs glissent ensuite dans l’urne une grande feuille de papier sur laquelle ils ont pu cocher le nom de leur candidat. Irina, 59 ans, a voté sans hésiter pour Vladimir Poutine. « J'ai voté pour mon président préféré, déclare-t-elle. Bien sûr, il y a des problèmes avec l’économie mais c’est pas grave, il va s’en occuper. Je ne sais pas concrètement comment il va faire mais je lui fais confiance. Cela fait 18 ans que je lui fais confiance ».

    A l’extérieur du bureau de vote, Lioudmila, une retraitée obligée de continuer à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, ne votera sûrement pas pour Vladimir Poutine. « Je n’ai jamais voulu de lui comme président, explique-t-elle. Il n’a rien fait pour le pays, il ne pense qu’à son intérêt. De toute façon, on sait d’avance qu’il y aura des fraudes, cela a été toujours été comme cela et cela le restera tant que Poutine sera au pouvoir ».

    Poutine, un homme qui a « relevé le pays »

    Le contexte international est explosif pour cette élection avec la crise diplomatique suscitée par l'affaire de l'ex-espion russe Sergueï Skripal empoisonné au Royaume-Uni. Mais l'issue du vote ne fait effectivement aucun doute. Le sortant Vladimir Poutine est assuré de l'emporter. Crédité de près de 70 % des intentions de vote selon les derniers sondages, le président russe n'a même pas éprouvé le besoin de faire campagne.

    Il suffit de se tourner vers ses soutiens pour comprendre pourquoi. Denis Matveev, militant pro-Poutine, estime ainsi que le chef de l'Etat est le meilleur garant contre un retour dans le chaos des années 1990, lorsque la Russie découvrait l'économie de marché. « J'étais enfant lorsque dans les années 1990, il y avait des crimes partout dans le pays, lorsque les salaires n'étaient pas payés pendant des années et qu'il n'y avait pas de retraites, explique-t-il au micro d'Anastasia Becchio, envoyée spéciale de RFI. Quand Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir en 2000, les gens ont commencé à toucher des salaires. Bien sûr au début, ils n'étaient pas élevés, mais ils ont augmenté progressivement. Quand on parle des problèmes sociaux, l'état des routes, les pensions, les salaires, ils existent dans chaque pays. Et comme vous le savez, la Russie est le plus grand Etat du monde. Plus le pays est grand, plus il y a de problèmes sociaux. Aujourd'hui, on a la stabilité, la certitude de toucher notre salaire le 30 du mois. Dans les années 1990, on n'avait pas tout cela. »

    En face du président soritant, Pavel Groudinine, le candidat du parti communiste, peut espérer 7 % des voix. Il arrivera sans doute en deuxième position. Puis vient l'inoxydable candidat nationaliste Vladimir Jirinovski. Enfin, en quatrième position, arrive la journaliste Ksenia Sobchak, véritable surprise et révélation de la campagne. Mais l'ancienne vedette de télé-réalité ne peut espérer faire mieux que 2 % ou 3 % des voix.

    Daria Novikova, 18 ans, originaire de Saratov et étudiante en arts plastiques vote pour la première fois ce dimanche 18 mars. Lorsqu'elle est née, Vladimir Poutine était déjà au pouvoir. Elle donnera sa voix à la libérale Ksenia Sobtchak, même si elle ne se fait pas trop d'illusions. « Du fait qu'il occupe ce poste depuis très longtemps, Vladimir Poutine a réussi à gagner la confiance d'une partie du peuple qui se dit : "S'il reste au pouvoir si longtemps, cela n'est sans doute pas sans raison. Je pense aussi que les gens ont sans doute peur de voter pour quelqu'un d'autre, parce que cela suppose des changements, de la nouveauté et cela leur fait peur. Moi, cela ne me plait pas cette stagnation du pouvoir, il faut du changement, il faut apporter du sang neuf, il faut donner leur chance aux jeunes. Ce qui me plait avant tout chez Ksenia Sobtchak, c'est qu'elle propose d'être en bons termes avec les autres pays, de ne pas faire la guerre. Bien sûr, le résultat de l'élection est écrit d'avance, mais je pense qu'il est important au moins de participer. »

    L'enjeu de la participation

    Le taux de participation restera la véritable inconnue de ce scrutin. Le Kremlin s'est fixé l'objectif ambitieux de 70 % de votants. Un chiffre difficile à atteindre, d'autant qu'Alexeï Navalny appelle au boycott des urnes. L'avocat, principal opposant à Vladimir Poutine, a été interdit d'élection en raison d'une condamnation judiciaire qu'il dénonce comme fabriquée de toutes pièces. Il demande donc à ses partisans de refuser de participer à ce qu'il qualifie de « farce électorale ».

    Une consigne que suivra Sacha, 23 ans. Lui n'ira pas voter. « On n'a pas de démocratie, cette élection n'est pas une élection, explique-t-il. Dans toute la Russie vous avez partout des panneaux qui appellent à aller voter, mais à côté de cela, il y a très peu de panneaux du candidat Poutine, parce que cela n'est pas nécessaire. A la télévision, on monte la population contre tous les autres candidats. On raconte par exemple que certains des candidats sont soutenus par l'Occident et c'est pourquoi il ne faut pas voter pour eux. Pour ce qui est des communistes, ils ont trouvé des dossiers compromettants. Par exemple, pour [Pavel] Groudinine [candidat du parti communiste], ils ont vu qu'une partie du peuple était prête à voter pour lui, donc ils ont raconté qu'il avait des comptes en Suisse et que son fils possédait une maison en Lettonie. Que nos fonctionnaires aient des maisons en Europe, cela ne dérange personne, mais en revanche, pour le fils de Groudinine, ils ont annoncé, à une heure de grande écoute à la télévision, qu'il avait un permis de résidence en Lettonie, un pays de l'Otan, et qu'il est donc un ennemi de la Russie ».

    Ce dimanche 18 mars, Vladimir Poutine a assuré, après avoir voté à Moscou, qu'il se satisferait de tout score lui permettant d'être élu pour un quatrième mandat.

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