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Pollution des eaux: pointée du doigt, la Pologne revoit ses pratiques agricoles

media La gestion des eaux en Pologne est l'objet d'une nouvelle loi, rentrée en vigueur au 1er janvier 2018. RFI / Marc Etcheverry

Alors qu'elle doit accueillir en décembre prochain la COP24, la Pologne bat toujours des records de pollution atmosphérique dans plusieurs de ses grandes villes. Dans les campagnes, la copie est un peu plus présentable. Sous la pression de Bruxelles, une nouvelle législation est entrée en vigueur au 1er janvier, et devrait avoir un impact sur la gestion et la qualité des cours d’eau du pays. Il y a urgence : la pollution, aux nitrates notamment, émanant principalement de l’activité agricole, menace jusqu’au développement de la mer Baltique.

De notre envoyé spécial en Pologne,

Entre Varsovie et Bruxelles, les sujets de discorde ne manquent pas. Mais certains - comme la réforme de la Justice ou la reprise en main de l’audiovisuel public - sont plus médiatisés que d’autres. Il y a pourtant une brouille qui ne date pas de l’installation du tandem Duda / Morawiecki (droite populiste) au pouvoir, celle concernant l’état des cours d’eau. Un contentieux qui a valu à la Pologne, en 2016, une condamnation devant la Cour européenne de justice pour ses manquements dans la mise en œuvre d’une directive-cadre qui n’est pourtant plus très jeune.

Quatorze-ans après l’entrée dans la grande famille européenne, et alors que la Pologne doit accueillir une grande conférence des Nations unies sur l’environnement (COP24) à la fin de l’année, le tir commence à être corrigé. En janvier dernier, une loi est entrée en vigueur pour répondre aux injonctions européennes. Et avec elle, un chapelet de mesures : création d’une nouvelle autorité administrative et de nouvelles normes en matière de prélèvement et de rejet, durcissement du régime de sanctions, limitation généralisée des écoulements de nitrate dans les cours d’eau.

Le gouvernement était très attendu par les associations de défense de l’environnement sur ce dernier point, car les cours d’eau en Pologne, principalement dû à un usage irraisonné de fertilisants chimiques, sont dans un piètre état. En 2014, la Pologne avait d’ailleurs été déjà condamnée par la justice européenne pour ne s’être pas suffisamment conformée à la directive sur les nitrates, notamment en ne délimitant pas assez les zones dites « vulnérables ». Zones dans lesquelles le versement des aides européennes aux exploitations est par exemple conditionné au respect de normes plus strictes.

« Des dispositions pertinentes sont contenues dans la loi sur l'eau qui est entrée en vigueur le 1er janvier, concède Marek Szolc qui a suivi le dossier de près pour l’ONG ClientEarth, avant de devenir conseiller environnemental du petit parti centriste Nowoczesna. Toutefois, elle n'énonce que quelques règles très générales et toutes les limitations plus spécifiques visant à réduire les ruissellements de polluants seront contenues dans un règlement exécutif qui est encore en consultation. »

« Or, poursuit M. Szolc, si ce règlement reste en l’état des discussions, on peut douter de son efficacité. Les périodes pendant lesquelles la fertilisation est autorisée sont trop longues, les distances par rapport aux plans d'eau sont trop courtes, trop peu d'agriculteurs sont obligés de créer des plans de fertilisation adéquats - principalement les grosses exploitations contrairement à ce qu’énonce la loi sur l’eau qui généralise cette obligation. De plus, aucune loi n'a été créée pour réduire le ruissellement du phosphore. »

De bonnes pratiques en héritage

La question de la taille des exploitations est ainsi souvent cruciale dans l’élaboration d’une loi, ou d’un règlement, dans un pays qui, comme la Pologne, connaît un extrême morcellement de sa superficie agricole.

Mais à écouter Andrzej Majlert, agriculteur, elle ne se poserait pas vraiment lorsqu’il s’agit d’environnement. « Les pollueurs, ce sont les gros exploitants », jure celui dont la famille exploite 14 hectares de cultures dans la périphérie de Varsovie. Depuis huit ans, Andrzej s’est mis au bio et pour lui, la faible taille des exploitations polonaises est une chance. « Avoir peu de surface agricole facilite le passage au biologique, et le bio, c’est une opportunité de trouver de nouveaux débouchés car la demande est très forte pour ces produits en Pologne. »

Autour de sa coquette ferme qu’il espère transformer un jour en restaurant, des cultures de tomates, de framboises, de fraises ou de salades. A l’arrière, deux immenses cuves recueillent l’eau de pluie qui ruisselle depuis le toit des serres, évitant ainsi d’en puiser trop souvent dans les sols. Une pratique à laquelle il doit néanmoins se plier : « Il y a trois ans, on a eu beaucoup d’intempéries, puis l’année dernière, deux mois sans rien. Et cette année, peu de précipitation et pas de neige, ce qui est inhabituel. […] La Pologne a un gros déficit d’eau », affirme l’agriculteur, qui voit d’un œil favorable la nouvelle législation polonaise.

Si la nouvelle loi introduit dans le système juridique polonais le concept de « service de l’eau » et revoit le système de redevance pour les prélèvements ou les rejets, elle reste en-deçà des demandes des ONG. « Ce [nouveau] système permet au propriétaire foncier de puiser de l'eau gratuitement à condition de ne pas dépasser une moyenne annuelle, et non quotidienne comme [nous] le recommandons », estime ainsi ClientEarth, qui regrette en outre que les associations de défense de l’environnement ne soient pas associées au processus de délivrance des permis.

S’il les approuve, Andrzej Majlert se sent peu concerné par ces mesures. Il se veut, avec d’autres, le porte-étendard d’une agriculture d’antan qui, au XXIe siècle, se trouve être tout à fait compatible avec les exigences écologiques et les nouvelles habitudes alimentaires qui se développent en Europe. « On a recours à la bouse de vache ou au compost, on utilise des plantes améliorant la fertilisation des sols. » Des techniques ancestrales qu’il croit répandues, et qui ne le sont à l’évidence pas assez, à entendre les scientifiques.

La mer Baltique en danger

Car plus au nord, la sonnette d’alarme est tirée. L’enjeu de la pollution des cours d’eau en Pologne n’est pas seulement national. A l’embouchure de nombreux fleuves et rivières, c’est aussi toute la mer Baltique qui trinque. « Et les substances les plus polluantes [y] entrent depuis la Pologne », rappelait encore récemment au site Science in Poland le scientifique polonais Przemyslaw Wachniew, membre d’une collation internationale de chercheurs engagés dans la recherche de solutions aux conséquences de la pollution agricole sur la mer Baltique (projet Soil2Sea). Une pollution qu’il attribue à de mauvaises pratiques -  dont souvent les agriculteurs n’ont même pas conscience - et à une forte perméabilité des terres polonaises. Or si la pollution industrielle est assez facilement détectable, celle en provenance des exploitations agricoles, qui s’infiltre notamment dans les eaux souterraines, l’est beaucoup moins.  

Les nitrates, comme le phosphore, existent à l’état naturel et sont des éléments nutritifs indispensables à la croissance des plantes. Mais en trop grande quantité, ils bouleversent les équilibres. Dans la mer Baltique, les algues raffolent de ces nutriments et grossissent à mesure que leurs taux augmentent. En se développant de façon excessive, elles captent tout l’oxygène, au détriment des autres espèces aquatiques.

Réunis en symposium à Gdansk, le mois dernier, des chercheurs, des juristes et des activistes de 12 pays - essentiellement du nord de l’Europe - ont appelé à un sursaut pour sauver la mer Baltique de ce fléau. Ils précisent que les agriculteurs sont la clé du problème à condition qu’ils soient suffisamment incités à agir et qu’ils disposent « d'un cadre de gouvernance qui offre des possibilités d'ajustements lorsqu'il s'agit d'inclure la gestion environnementale dans la prise de décision de l'entreprise agricole. »

Reste que selon les scientifiques, même si les meilleures pratiques agricoles étaient adoptées aujourd'hui, une amélioration de la situation ne serait pas constatée avant de nombreuses années.

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