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    ETA: le mea culpa historique d'une organisation en voie de disparition

    media Un graffiti du logo et d'un militant de l'organisation séparatiste basque ETA (image d'illustration). RAFA RIVAS / AFP

    Pour la première fois de son histoire, et après plus de 800 morts, le groupe séparatiste basque ETA a demandé « pardon » aux victimes de ses violences, dans un communiqué publié dans le quotidien basque Berria, vendredi 20 avril. L'organisation avait annoncé la fin de la violence armée en 2011.

    Créée en 1959 en pleine dictature franquiste, l'ETA a renoncé à la violence en 2011, puis déposé les armes il y a un an. Nouvelle étape avant sa dissolution unilatérale, cette déclaration est historique pour l'Espagne.

    Dans son communiqué, l'organisation a manifesté « son respect aux morts, blessés et victimes » de ses actions pendant 40 ans, et reconnu sa « responsabilité directe » dans la souffrance causée. Pour Enekoitz Esnaola, journaliste basque, auteur de Luhuso, un ouvrage sur le désarmement de l'ETA, le mea culpa de l'organisation séparatiste est un « document historique, inédit ».

    « C’est une autocritique des actions armées que l’ETA a pu mener, analyse le journaliste basque. L’organisation a reconnu pour la première fois la douleur qu’elle a causée et sa responsabilité directe. Tout le monde n’a pas été ravi. Il y a eu des réactions ce vendredi de la part du gouvernement de Madrid, du gouvernement basque et de celui de Navarre. Tout le monde n’a pas été ravi mais la réflexion peut avancer, on peut franchir de nouvelles étapes. »

    Polémique sur la distinction des victimes

    Enekoitz Esnaola pense qu'ils « n’auraient pas pu faire plus mais pas moins non plus ». Les séparatistes basques « ont trouvé un certain équilibre », selon le journaliste. « Ils ont demandé pardon à certaines victimes, pas à toutes, mais ils disent qu’ils s’en excusent vraiment. »

    Le communiqué d'ETA adresse en effet sa demande de pardon plus directement aux « victimes qui n'avaient pas de participation directe au conflit », c'est-à-dire aux civils qui n'étaient ni élus, ni policiers, ni gardes civils ou militaires. Pour celles impliquées dans ce « conflit », les représentants de l'Etat espagnol, ETA n'exprime que des « regrets ». De quoi déclencher une polémique en Espagne, certains critiquant cette distinction faite entre les victimes.

    « Demander pardon à toutes les victimes, ce serait une solution », estime Enekoitz Esnaola, avant de nuancer : « De son côté, le gouvernement de Madrid pourrait lui aussi reconnaitre la douleur que certaines de ses politiques ont causée et reconnaitre la faute des policiers. »

    Pas de « contrepartie », prévient le gouvernement

    Suite au communiqué d’ETA, le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy a répondu que « le groupe terroriste » aurait dû se prononcer en ce sens bien avant, estimant que cette demande de pardon était avant tout une « nouvelle conséquence de la force de l'Etat de droit ». Un peu plus tard, le porte-parole du gouvernement Inigo Mendez de Vigo a assuré qu'il n'y aurait pas de « contrepartie » de sa part après ce communiqué.

    Des proches de détenus membres de l'ETA espèrent pourtant une évolution de la politique pénitentiaire de l'Espagne et de la France après la disparition de l'organisation, permettant un rapprochement des détenus dans des prisons près de chez eux et des libérations conditionnelles pour ceux n'ayant pas commis de crimes de sang.

    L'organisation clandestine doit annoncer sa dissolution au cours du premier week-end de mai par une « déclaration très claire », a notamment assuré un médiateur international, Alberto Spectorovsky, membre du Groupe international de contact (GIC). La fin de l'ETA pourrait aider aussi la gauche séparatiste basque, qui affronte de nouvelles élections municipales en 2019.

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