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    Europe

    En Arménie, la contestation prend de l'ampleur

    media Un opposant arménien durant une manifestation contre le Premier ministre Serge Sarkissian, le 22 avril à Erevan. Vano SHLAMOV / AFP

    Un grand rassemblement se déroulait ce dimanche soir à Erevan, la capitale arménienne, au dixième jour de manifestations pour réclamer la démission du Premier ministre Serge Sarkissian.

    Pourtant vidée quelques heures plus tôt, la place de la République n'a jamais été aussi noire de monde lors de ce rassemblement de ce dimanche soir à Erevan. Plusieurs drapeaux géants de l’Arménie ont été déployés au-dessus d'une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

    Selon les observateurs, il s'agissait du plus grand rassemblement depuis le début de la contestation. Mardi dernier, 40 000 personnes s’y étaient réunies. Cette fois, les 100 000 participants pourraient avoir été dépassés.

    Les arrestations musclées des coordinateurs du mouvement et du premier d’entre eux, le député d’opposition Nikol Pachinian, y sont sans doute pour quelque chose. Tout au long de la journée, des manifestants ont organisé des actions dans divers quartiers de Erevan et dans d’autres villes du pays, bloquant des routes, klaxonnant, chantant, dansant… Jusque-là, 253 personnes ont été emmenées au poste de police, selon les médias arméniens. Il y a eu des heurts et plusieurs blessés.

    Mais au fil des heures, les rues de la capitale n'ont pas désempli. Certains ont été jusqu’à s’enchaîner à même l’asphalte des rues d’Erevan, pour mieux en paralyser l’activité. D’autres se sont réunis devant le commissariat où Nikol Pashinian est détenu, rapporte notre correspondant dans la région, Régis Genté.

    L'opportunité de « parler de toutes sortes de problèmes »

    Selon Olya Azatyan, professeure d'université et militante de la société civile, cinq manifestations se sont déroulées en même temps ce dimanche après-midi dans divers quartiers d'Erevan. Chacun d'entre elle a rassemblé entre 10 et 15 000 personnes. « Les gens ont le sentiment d’avoir aujourd’hui une opportunité de parler de toutes sortes de problèmes auxquels fait face l’Arménie, comme l’oppression, la pauvreté, les inégalités, les injustices, la corruption, la discrimination et la guerre, indique-t-elle. Or le principal responsable de ces difficultés, celui qui a été au pouvoir ces huit dernières années, c’est Serge Sarkissian, donc ils estiment qu’il doit partir. »

    D'après Olya Aztyan, le mouvement de contestation est désormais complètement décentralisé. Sans leaders clairement identifiés avec lesquels discuter derrière des portes closes, le Premier ministre arménien « va devoir dialoguer avec les gens », se félicite cette militante de la société civile.

    Tension

    Ce soir, la situation restait tendue. Les manifestants redoutent un durcissement de la réponse policière après l’arrestation des chefs du mouvement. Le parquet les accuse d'« avoir violé de manière répétitive et grossière la loi sur les manifestations, en organisant des défilés et des meetings illégaux et en appelant à bloquer les routes et paralyser le fonctionnement des établissements publics ».

    Le ministère de l'Intérieur arménien a déclaré dans un communiqué qu’il a pris la décision de « disperser les manifestants, y compris ceux réunis sur la place de la République à Erevan ». Pour éviter tout débordement, plusieurs organisateurs du rassemblement ont appelé la foule à se disperser. « Venez à la révolution comme vous allez au travail », a lancé l’une des oratrices de la place de la République, appelant les manifestants à poursuivre les actions désobéissance civile et à revenir demain.

    Ils se sont entendus lire un message de figure de proue de la contestation, Nikol Pashinian, appelant à la poursuite de la lutte, de la désobéissance civile, du blocage des rues.

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