GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 13 Octobre
Lundi 14 Octobre
Mardi 15 Octobre
Mercredi 16 Octobre
Aujourd'hui
Vendredi 18 Octobre
Samedi 19 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Europe

    Affaire Skripal: les confidences de l’un des inventeurs du «Novichok»

    media Tente médicale sous laquelle se trouve le banc sur lequel Sergueï Skripal et sa fille Youlia ont été retrouvés inconscients, dans un centre commercial de Salisbury, à 140 km au sud-ouest de Londres, le 4 mars 2018. REUTERS/Peter Nicholls

    Vladimir Ouglev a été au cœur du programme d’armes chimiques développé par l’URSS dans les années 1970. Ce scientifique russe a ainsi assisté à la création du « Novichok », l’agent toxique qui aurait été utilisé pour empoisonner Sergueï Skripal et sa fille, le 4 mars dernier, dans la ville britannique de Salisbury. Dans cet entretien accordé à Radio France Internationale, le scientifique de 71 ans lève le voile sur la naissance du « Novichok ». A ses yeux, c’est bien cet agent toxique qui a été utilisé contre l’ancien espion russe. Vladimir Ouglev estime impossible de prouver la culpabilité de la Russie dans cette affaire. Mais selon lui, tout porte à croire que c’est bien son propre pays qui est derrière l’empoisonnement de Sergueï et de Youlia Skripal.

    RFI: Quel a été votre rôle au sein du laboratoire où avaient lieu les expériences sur le programme d’armes chimiques soviétiques ?

    Vladimir Ouglev: J’ai travaillé dans ce laboratoire de 1975 à 1990, au sein de l’Institut national de recherche scientifique de chimie organique. Au début, j’étais un assistant du directeur, et ensuite c’est moi qui ai dirigé le département de recherche. Notre objectif était de développer un agent dix fois plus puissant que le VX américain.

    (NDLR : le VX est un agent toxique développé dans les années 1960 par l’armée américaine)

    Et êtes-vous parvenus à remplir cet objectif ?

    De par leur stabilité et leurs caractéristiques, on peut dire que nos agents toxiques ont atteint cet objectif. On peut même considérer qu’ils étaient dix fois plus efficaces que le VX. D’abord, ils étaient beaucoup plus stables. Et puis, nos agents fonctionnaient lorsqu’ils touchaient la peau, ou lorsqu’ils étaient ingérés avec de la nourriture. Avec le VX vous pouviez vous servir d’un masque à gaz et vous en tirer, pas avec nos agents !

    Au total je pense que nous avons produit de 200 à 300 kg d’agents toxiques. Mais nous ne sommes jamais passés à une production de masse. A la fin des années 1980 les dirigeants soviétiques se sont désintéressés du programme. Ils ont estimé que les armes chimiques n’étaient pas nécessaires. »

    Ce stock de Novichok qui a été produit à cette époque, qu’est-il devenu par la suite ?

    La plupart du temps il était utilisé pour des expérimentations, donc on envoyait des échantillons dans d’autres instituts pour développer des antidotes par exemple. Mais la plus grande partie du stock servait pour les tests militaires, et je ne pense pas qu’il en reste beaucoup.

    Mais pensez-vous que dans les années 1990, à une époque où les autorités russes n’étaient pas en mesure de garder avec efficacité ces stocks, du Novichok a pu être vendu, ou a pu être volé par des organisations criminelles ?

    Vous savez, ce n’est pas la première fois que cet agent toxique est utilisé à des fins criminelles. En 1995, le banquier Ivan Kivelidi a été empoisonné de la même façon. A l’époque j’ai d’ailleurs été interrogé et même soupçonné d’avoir fabriqué le poison utilisé contre lui. Finalement, il a été démontré que c’est Leonid Rink, un ancien collègue de mon laboratoire, qui l’avait vendu.

    Mais pour répondre à votre question, je ne pense pas que les organisations criminelles aient eu un accès direct aux stocks dans les années 90. A l’époque, elles n’en avaient pas besoin, elles utilisaient d’autres armes.

    (NDLR: Leonid Rink a été condamné à un an de prison avec sursis en 1995 après avoir admis avoir vendu le poison. Le banquier Ivan Kivelidi et sa secrétaire sont tous les deux décédés après avoir été pris de convulsions et de spasmes. L’enquête menée à l’époque avait relevé des traces d’un agent toxique sur le combiné téléphonique du banquier.)

    Pensez-vous comme les autorités britanniques que c’est du Novichok qui a été utilisé pour empoisonner Sergeï et Youlia Skripal ?

    D’après les informations qui ont été rendues publiques, il n’y a aucun doute : la substance utilisée pour empoisonner les Skripal correspond à celle que nous avons inventée.  Et il ne peut s’agir de BZ, comme le prétend Sergeï Lavrov. (NDLR : le BZ est également un agent innervant développé par l’armée américaine dans les années 1960). En outre, il s’agit d’un produit d’une très grande pureté. Il est évident qu’il a été produit par des professionnels de très haut niveau, ou dans un très bon laboratoire. Il se peut même qu’il s’agisse de la substance que nous avons fabriquée à l’époque. Cela n’est pas à exclure parce que l’agent peut rester efficace plusieurs décennies après sa fabrication.

    Les autorités russes disent que si c’est vraiment du Novichok qui avait été utilisé, Sergueï Skripal et sa fille n’auraient jamais survécu…  

    Moi-même j’ai failli être intoxiqué à deux reprises au cours de manipulations en laboratoire, et je suis encore vivant ! Il est possible de nettoyer l’agent si on prend les précautions nécessaires. Je pense que les auteurs de l’empoisonnement ont agi de façon stupide. En déposant l’agent sur la poignée de la porte, ils n’ont pas pris en compte le fait que les Skripal pouvaient porter des gants ou qu’ils pouvaient rentrer à l’intérieur et se nettoyer les mains.

    Pensez-vous, comme les Britanniques, que c’est forcément la Russie qui se trouve derrière cet empoisonnement ?

    Je pense que le gouvernement britannique n’aura jamais de certitude sur ce point. C’est impossible à prouver ! Imaginez que vous êtes un détective sur une scène de crime : il y a un mort et des empreintes digitales, mais il n’y a pas de base de données pour identifier ces empreintes ! Il faudrait pouvoir comparer l’échantillon utilisé contre les Skripal avec celui du laboratoire où il a été fabriqué. Ce serait la seule manière de trouver le coupable.

    Donc on ne saura jamais qui a utilisé le Novichok ?

    Pour l’instant c’est impossible à prouver, mais en tant que citoyen russe, je peux dire sans hésitation que toutes les traces remontent vers la Russie.

    Pourquoi avez-vous cette conviction ?

    Je ne sais pas quelles étaient leurs motivations en s’en prenant à Srkipal. Mais il faut se rappeler que les services de renseignements russes ne pardonnent jamais rien à personne. C’était le cas à l’époque de la Tchéka, puis du NKVD, du KGB, et aujourd’hui du FSB. Les noms ont changé mais l’idée reste la même.

    A (re)lire: Royaume-Uni: Sergueï Skripal, l'agent double russe devenu réfugié

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.