[Reportage] Irlande: des fermiers passionnés malgré des difficultés - PAC - RFI

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[Reportage] Irlande: des fermiers passionnés malgré des difficultés

media En Irlande, deux tiers du territoire sont dédiés à l’agriculture et près de 10% de la population active travaille dans le secteur agricole. Anne Bernas/RFI

L’Ile verte porte à merveille son surnom. En Irlande, deux tiers du territoire sont dédiés à l’agriculture et près de 10% de la population active travaille dans le secteur agricole. Dublin, qui mise de plus en plus sur la hausse de la production agricole pour booster son économie, fournit des aides aux paysans. L’Union européenne de son côté, par le biais de la Politique agricole commune (PAC), entend soutenir l’agriculture irlandaise via une aide de 1,75 milliard d’euros annuelle. Les revenus agricoles sont en dessous de la moyenne, mais les fermiers, par amour du métier, s’accrochent.

De notre envoyée spéciale en Irlande,

Comté de Laois, à 110 kilomètres au sud-ouest de Dublin. Des étendues vertes de prairies et de pâturages saturent l’horizon. En Irlande, 80% des surfaces agricoles sont réservées aux pâturages, avec un taux de croissance de l’herbe qui dépasse la moyenne européenne de plus d’un tiers. Francis Gorman travaille depuis trente ans dans l’exploitation familiale de 55 hectares de la commune de Ballinakill. Nichée sur une colline, sa ferme est entourée par ses terres où il élève son cheptel de 300 moutons, 450 agneaux et 170 vaches.

Fier de faire visiter son exploitation et de présenter ses bêtes, Francis Gorman se décrit, sourire aux lèvres, comme « pauvre, mais heureux ». Il travaille six jours sur sept, douze heures par jour, qu’il pleuve ou qu’il vente. Son travail, c’est une vocation, il suffit de l’écouter en parler. Son cheptel, avec qui il « communique » tel un père de famille, ne lui rapporte rien, mais c’est son capital. Les hausses de prix du fuel, de l’électricité, de l’engrais, etc. le rendent encore et toujours plus vulnérable.

Le fermier avoue être extrêmement dépendant des aides de l’Europe. « A la différence du secteur laitier, raconte-t-il, les perspectives ne sont pas bonnes dans le domaine de l’élevage. On nous demande de produire toujours plus pour gagner moins, et c’est là que la PAC tente de compenser la baisse des prix. » Il y a treize ans, Francis recevait 54 000 euros par an de Bruxelles, il ne touche plus que 34 000 aujourd’hui. Avant la mise en place de la nouvelle Politique agricole commune, les éleveurs touchaient des subventions en fonction du nombre de bêtes ; aujourd’hui le versement est effectué selon le nombre d’hectares possédés. Le montant maximal à l’hectare est fixé à 700 euros à l’horizon 2019.

Brian Treanor sur l'un des ponts symbolisant la frontière avec l'Irlande du Nord, près de son exploitation. Anne Bernas/RFI

Une PAC qui doit être améliorée ?

Mais le fermier avoue que la PAC a tout de même des bienfaits (pour le bien-être animal, pour l’environnement, etc.), qu’il faut qu’elle soit maintenue. Et d’insister sur le fait qu’elle doit être améliorée et que son budget augmente.

C’est aussi ce que pense un autre passionné du métier, Brian Treanor, éleveur de vaches laitières dans le comté de Monaghan, à la frontière nord-irlandaise. « Sans la PAC, ça serait difficilement tenable, concède-t-il tout en veillant à ce que la traite se passe bien. Je ferais toujours du profit, mais moindre. » Parallèlement à la production laitière, Brian arrondit ses fins de mois en vendant les veaux nés dans sa ferme, ce qui lui permet de gagner au total environ 2 000 euros. Le temps d’une éclaircie, le fermier raconte son travail, à plein temps là encore (la traite doit être effectuée chaque jour de l’année), dévoilant différents hangars où crèchent les vaches selon leur âge, leur état de santé, etc.

A côté de l’élevage, le secteur laitier est le second secteur le plus lucratif en Irlande, le pays compte quelque 18 000 exploitations laitières. Grâce au climat, les vaches laitières paissent en liberté et en plein air jusqu'à 300 jours par an. S’il y a une euphorie autour du lait, ce sont pourtant les fermiers laitiers qui sont le plus endettés depuis la fin des quotas en avril 2015. Brian Treanor confirme : le lait est le secteur qui reçoit le moins d’aides de la PAC, contrairement au secteur de l’élevage. Avec 45 vaches sur 26 hectares de terres, il reçoit chaque année entre 5 000 et 6 000 euros de Bruxelles (la moyenne par agriculteur étant de 12 000 euros).

Des veaux nés chez Brian Treanor, à Emyvale. Anne Bernas/RFI

Brian travaille à Emyvale, une région très vallonnée et où la pluviométrie est importante. Ainsi situé dans une zone définie comme « région de contraintes naturelles », il perçoit environ 1 800 euros de plus (à l’échelle nationale, 70% des exploitations se situent en zone défavorisée ou en zone de montagne). En somme, les aides représentent de 12% à 15% de son revenu annuel.

L’agriculture, un secteur clé dans l’économie

En Irlande, l’agriculture est un secteur clé dans l’économie du pays, l’élevage représente 85% de la valeur de la production agricole nationale. L’agriculture de la Verte Erin, avec ses 5 millions d’habitants, produit pour 50 millions de personnes,  90% de la viande et 80% des produits laitiers sont donc exportés. « Il y a 130 000 agriculteurs dans le pays, et le secteur emploie quelque 300 000 personnes », explique Gerry Gunning, responsable du développement rural à la très puissante IFA (Association des fermiers irlandais).

Selon lui, la PAC représente 75% des revenus moyens des agriculteurs, « voire 100% chez certains céréaliers et éleveurs de bovins et d’ovins ». Au niveau européen, c’est en Irlande que la part de la PAC est la plus importante dans le montant des aides perçues (80%). Par effet domino, elle injecte de l’argent dans l’économie locale, « par exemple pour 1 euro versé, c’est 4,5 euros pour l’économie élargie ». « Pour les régions, même les plus pauvres, il n’y a pas de meilleure politique que la PAC. Cela crée du bien public, les agriculteurs entretenant les paysages (des subventions au verdissement et la protection de l’environnement sont versées par l’UE, ndlr), c’est un plus pour le tourisme. »

Ainsi, pour Gerry Gunning, si la PAC n’est pas parfaite, elle permet malgré tout de soutenir la production et de la renforcer, même si certaines exploitations ne sont pas rentables. Le revenu moyen par habitant est en Irlande de 3 100 euros. Chez les fermiers il est en moyenne de 2 200 euros.

Le pays voit donc d’un très mauvais œil la proposition de baisse du budget de la PAC de 5% pour la période 2021-2027, annoncée début mai. « La PAC n’est pas forcément juste, poursuit Gerry Gunning, elle ne peut pas tout faire, mais elle soutient notre économie. Quant à la PAC 2020, elle ne sera sans doute pas une révolution, mais une évolution. » Saura-t-elle attirer les jeunes agriculteurs qui peinent à se lancer dans l’aventure fermière ? Le doute est permis au vu de la situation actuelle.

Kieran Treanor, qui prendra probablement la suite de l'exploitation de son père. Anne Bernas/RFI

Peu de jeunes agriculteurs et beaucoup d’emplois à temps partiel

La PAC actuelle tend en effet à convaincre les jeunes agriculteurs de moins de 40 ans à s’engager dans le métier. Une aide directe est donnée aux nouveaux fermiers. Pourtant en Irlande, peu de jeunes sautent le pas. Seuls 7% des exploitants ont moins de 35 ans et 50% des exploitants ont plus de 55 ans. A 51 ans, Francis Gorman avoue être le plus jeune dans les réunions de fermiers. « Comment oser, quand on est un jeune agriculteur, investir des milliers voire des millions d’euros dans du matériel lorsqu’on sait que le secteur n’est pas florissant ? », s’interroge-t-il en expliquant qu’heureusement pour lui, il a fini de payer son hangar à 140 000 euros. Actuellement, il lui faudrait un nouveau tracteur, mais il n’en a pas les moyens. Et quand bien même il aurait de l’argent, il préférerait investir dans des machines modernes plutôt que dans de la main-d’œuvre.

Au pays du trèfle aujourd’hui, 75% des agriculteurs ont un revenu extérieur, seuls 30 % des exploitations fournissent suffisamment de travail pour occuper une personne à temps complet. Si Francis n’a pas de second travail, c’est parce que son épouse a un emploi confortable en dehors de la ferme, « et il va falloir qu’elle travaille plus longtemps si ça continue », plaisante l’éleveur. Les gens qui l’aident quand il a beaucoup de travail ou quand il part en vacances le font bénévolement. « Voilà pourquoi peu de jeunes se lancent. » Et ce dernier de douter que son fiston de 3 ans reprenne un jour l'exploitation. Le modèle de la ferme familiale qui collait à l’image du pays a bel et bien fait long feu.

Pour Brian Treanor, 64 ans, la relève semble tout de même être assurée : Kieran, son fils de 28 ans, qui l’aide actuellement à temps partiel gratuitement, prendra la suite de l’exploitation, un domaine acheté par la famille Treanor en 1945. En attendant, le reste du temps il travaille dans un abattoir. « Nos marges, dit-il, sont trop faibles pour employer quelqu’un, d’autant que Bruxelles ne nous donne aucune aide à l’embauche. » Proche de la retraite, c’est lui qui, dans le futur, aidera bénévolement son fils pour le travail quotidien de la ferme, par nécessité, mais aussi et beaucoup par amour du métier.

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