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    Europe

    Demandeurs d’asile: une opportunité économique pour l’Europe

    media Des migrants débarquent de l'Aquarius dans le port de Valence, en Espagne, le 17 juin 2018. Kenny Karpov/SOS Mediterranee/Handout via Reuters

    Alors que les questions migratoires déchirent l’Europe, une étude vient à l'encontre des idées reçues : l'un des arguments avancés par les partisans d’une fermeture des frontières est que les économies européennes ne peuvent pas faire face à l’arrivée des migrants. Ces derniers représenteraient un « fardeau » en termes de dépenses et en termes d’emploi, dans des pays où le taux de chômage reste encore élevé. Cette étude, publiée dans la revue scientifique américaine Science estime au contraire que la crise migratoire en cours peut être une opportunité économique pour l’Europe.

    Cette étude n’est pas la première du genre, mais elle est nouvelle par sa méthode. Les économistes du CNRS, de l’université de Clermont-Auvergne et de l’Université Paris Nanterre ont analysé l’impact des chocs migratoires sur l’économie globale de 15 pays d’Europe de l’Ouest (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Islande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni et Suède), sur une période de 30 ans. De 1985 à 2015, ces pays ont connu à plusieurs reprises d’importants flux de demandeurs d’asile, surtout lors des guerres dans les Balkans, lors des printemps arabes et depuis la guerre en Syrie. Autre nouveauté, les études disponibles ont souvent une approche comptable, c’est-à-dire qu’en général elles mettent en balance les dépenses liées à l’accueil des demandeurs d’asile d’une part, et les recettes fiscales de l’autre. L’étude de Science s’intéresse également aux interactions économiques de l’immigration, avec l’évolution du Produit intérieur brut par habitant par exemple, ou avec les retombées indirectes générées en termes d’emploi.

    Demandeurs d’asile et migrants permanents, deux facteurs de croissance

    Les économistes ont étudié l’impact des chocs migratoires pour deux catégories de personnes :  les demandeurs d’asile, c’est-à-dire les personnes qui ont demandé une protection et sont en attente de la réponse, et l’ensemble des migrants permanents, c’est-à-dire ceux qui ont obtenu l’asile et/ou disposent d’un titre de séjour de plus d’un an. Elle exclut en revanche les personnes en situation irrégulière.

    Et globalement, leur effet est positif. Sur la période étudiée, le gain en termes de recettes fiscales a été supérieur au coût de la prise en charge, une constatation que l’on retrouve dans d’autres études. Mais la publication de Science réserve aussi des surprises auxquelles les chercheurs ne s’attendaient pas. L’économiste Hippolyte d’Albis rappelle par exemple que les demandeurs d’asile ne travaillent pas - leur accès au travail est en tout cas très restreint. Ils ne payent pas d’impôts et bénéficient des services sociaux. Or le chercheur constate que les flux de demandeurs d’asile n’ont pas eu d’effet négatif sur les indicateurs économiques, et qu’ils ont commencé à avoir des effets positifs au bout de trois à cinq ans, lorsqu’une partie des demandeurs ont obtenu l’asile et se sont intégrés à la société.

    Le chômage ne s’aggrave pas

    Deux ans après un « choc » migratoire, l’analyse des économistes montre une augmentation du Produit intérieur brut par habitant de 0.45%, et de 0.59% à 5 ans (pour la catégorie des demandeurs d’asile). En ce qui concerne le chômage, l’arrivée d’un flux de « migrants permanents » entraine une baisse de - 0.12% la première année et de - 0.03% au bout de cinq ans. L’effet s’estompe donc avec le temps.

    Ces flux migratoires ont de nombreux effets indirects qui doivent être pris en considération, estiment les chercheurs. A titre d’exemple, la création d’emplois même temporaires liés à l’arrivée des demandeurs d’asile. Ou encore les recettes indirectes liées à leur présence : démarches administratives, logement, vie quotidienne, etc.

    L’Europe peut absorber ces flux

    Il existe nécessairement de grandes disparités selon les pays, mais l’étude traite leur globalité économique. Elle démontre que sur les 30 dernières années, l’Europe de l’Ouest a su absorber ces nouveaux arrivants, et n'a pas subi d’effet négatif. Sans se livrer à des projections pour les années à venir, mais en appliquant leur modèle statistique aux chiffres actuels, les économistes estiment que la « crise migratoire » actuelle pourrait être une opportunité pour l'Europe sur le plan économique.

    Ils reconnaissent néanmoins que l'arrivée de très nombreux demandeurs d'asile sur une courte période représente un défi politique, tant pour les pays individuellement que pour l'Union européenne. Mais, concluent les économistes, pour que ce défi soit plus facile à relever, il faut cesser d’associer demandeurs d’asile et fardeau économique, un cliché qui ne correspond pas à la réalité.

    (Re) lire : Montée de l’extrême droite et crise des migrants, l'impossible équation

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