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    Europe

    Sommet européen: les Vingt-Huit s'attaquent à l'épineux dossier migratoire

    media Le sort des migrants de l'Aquarius (ici à leur arrivée à Valence le 17 juin 2018) a précipité la crise politique sur la question migratoire en Europe. Kenny Karpov/SOS Mediterranee/Handout via Reuters

    Le sommet européen qui se réunit ces jeudi et vendredi à Bruxelles devrait être largement dominé par la question migratoire. Le dossier divise les Etats-membres. Plusieurs propositions ont été émises pour gérer les flux de migrants, mais aucune ne semble faire consensus.

    « Le débat sur les migrations s'enflamme de plus en plus, et ce sera le point principal de l'ordre du jour », a d'ores et déjà annoncé Donald Tusk à quelques heures de l'ouverture du sommet à Bruxelles. Le président du Conseil européen Donald Tusk a beau prévenir que les divisions face aux migrations sont un signe de faiblesse de l'Union européenne et alimentent les mouvements populistes et xénophobes, rien ne dit que ce sommet accouchera d’un agenda concret, tant les points de vue sont éloignés sur la question.

    Après avoir refusé d’ouvrir ses ports à deux navires d’ONG chargés de migrants, l’Italie va faire une série de propositions parmi lesquelles la création de centres de protection dans les pays de transit. De leur côté, la France et l’Espagne plaident pour l’instauration de centres européens fermés proches des zones d’arrivées des migrants où seraient examinées les demandes d’asile. Une idée qui ne risque pas de séduire beaucoup au sein de l’UE selon François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à l'université de Liège et à Sciences-Po Paris : « Sans doute la Grèce, peut-être la Suède, l'Italie ou Malte refuseraient vraisemblablement d'accueillir de tels centres sur leurs sols. Pour eux, l'objectif est clair : ces migrants ne doivent même pas atteindre l'Europe. L'Italie a évidemment un argument très fort : elle a été laissée un peu toute seule depuis la crise des réfugiés en 2014-2015. »

    A l'inverse, avec des pays d’Europe centrale, l'Autriche planche sur l'établissement de centres d'accueil de migrants à l'extérieur de l'Union. Parmi les pays susceptibles d'accueillir ces centres, le nom de l'Albanie a été avancé, mais celle-ci a d’ores et déjà décliné.

    Dans une lettre adressée aux dirigeants de l'Union en amont du sommet, le président du Conseil leur a demandé de valider la mise en place de « plateformes de débarquement régionales en dehors de l'Europe », pour les migrants et les réfugiés. Les Vingt-Huit semblent en tout cas d’accord sur un point : il faut renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’espace Schengen.

    Une « fuite en avant »

    Pour François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à Sciences Po Paris, les pays européens fuient quelque sorte leur responsabilité. « Comme les gouvernements européens ne parviennent pas à s'entendre sur ce qu'ils veulent faire en matière d'asile et d'immigration, la fuite en avant consiste à confier ces politiques à des pays tiers et singulièrement à des pays situés sur la rive sud de la Méditerranée et parfois des régimes peu recommandables », analyse-t-il.

    Mais cette externalisation de l’asile contrevient potentiellement au droit international, en particulier à l'article 33 de la Convention de Genève qui interdit le refoulement, remarque encore François Gemenne : « Or, si la demande d'asile est externalisée et si les gens n'ont même pas la possibilité de déposer une demande d'asile dans les pays de l'Union européenne, à l'évidence ils contreviennent à ce principe de non-refoulement. »

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