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    Belgique: à Bruxelles, le square Lumumba ne met pas fin aux débats

    media Le square Lumumba a été inauguré Porte de Namur le 30 juin 2018. RFI/Sabine Cessou

    Un square au nom de Patrice Emery Lumumba, héros de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), a été inauguré le 30 juin, porte de Namur, à Bruxelles. Bien en vue, la plaque est située sur une grande artère de la capitale belge, où se trouve l’entrée du quartier « afro » de Matonge. Ce geste symbolique, très attendu, ne clôt pas le débat sur le passé colonial.

    Ce pourrait être une histoire belge : un square et une place Lumumba sont situés à quelques rues l’un de l’autre à Bruxelles. Le premier existe vraiment, depuis le 30 juin, à un grand carrefour de la ville, ajouté sur un trottoir à une place du Bastion qui n’a pas perdu son nom.

    La seconde est toute virtuelle, figurant depuis 2015 sur Google Earth et Google Maps. La société américaine avait accédé aux demandes de collectifs de Congolais et d'Afro-descendants, qui avaient identifié la petite place de l’Athénée comme lieu idéal, nichée derrière l’église Saint-Boniface, un coin tranquille de Matonge.

    Google a donc fait figurer sur ses cartes la « Futur Place Lumumba », avec une faute d’orthographe en français comme en anglais. Du coup, lorsqu’on cherche le square sur Internet, c’est toujours la « future » place que l’on voit en premier.

    La «Futur Place Lumumba» qui figure depuis 2015 sur Google Maps. RFI/Sabine Cessou

    « Une grande première en Belgique »

    Quoi qu’il en soit, 57 ans après l’assassinat atroce du père de l’indépendance congolaise (1925-1961), la plaque apposée porte de Namur relève bien de la grande, et non de la petite histoire. Tout un symbole : elle fait pratiquement face à la statue de Léopold II sur son cheval, en bordure du Palais royal. Un roi qui avait fait du Congo belge sa propriété privée, faisant couper bien des mains dans ses exploitations de caoutchouc, comme l’avait révélé en 1903 le rapport d’un consul britannique, Roger Casement.

    Un siècle plus tard, le square Lumumba est perçu comme une « grande première » en Belgique, sans doute parce que le pays a du mal à surmonter son passé colonial. Il aura fallu plus d’une décennie de bataille avant que l’inauguration ne se fasse, attirant à peine 300 personnes.

    Mireille Tsheusi-Robert, 36 ans, fondatrice de l’association Belgian Afro-Descendants Muntu Committee (BAMKO), a fait partie de ceux qui ont résisté, face aux officiels de la commune d’Ixelles, où se trouve Matonge. Ils lui avaient déclaré qu’il n’y aurait « jamais de place Lumumba à Bruxelles ». La municipalité avait refusé la demande faite en 2013 sous prétexte que Patrice Lumumba ne serait « pas assez fédérateur ».

    Le 21 janvier dernier, une place Lumumba itinérante a été lancée par BAMKO dans la galerie Ravenstein, un espace privé situé en face du Palais des Beaux-Arts (Bozar), où s’est déroulé le même soir un concert « Rumba Lumumba ». Le lendemain, le maire de Bruxelles annonçait que le square Lumumba était bien à l’ordre du jour.

    Un combat inachevé

    La ville a fait les choses en grand. Au programme officiel de l’inauguration, qui a coïncidé avec la fête de l’indépendance de la RDC, ont ainsi figuré des « visites décoloniales » au centre-ville, encore impensables à Paris. Le maire, Philippe Close, a parlé de « réconciliation », avant que le professeur Jean Omasombo Tshonda ne retrace la vie de Patrice Lumumba. Il a été question, entre autres, du discours historique prononcé par Patrice Lumumba à Kinshasa face au roi Baudouin, le 30 juin 1960, comme le rappelle dans son blog la journaliste Colette Braeckman.

    Mais le débat autour de Lumumba, Premier ministre assassiné dans des conditions atroces en 1961 par des puissances étrangères, dont la CIA et des Belges, est loin d’être clos. Cette anecdote en dit long sur le sujet : l’historien Ludo de Witte, auteur en 1999 d’un ouvrage sur l’assassinat de Lumumba qui a fait scandale en Belgique, a d’abord été invité par la mairie pour les festivités. Puis déprogrammé. Et reprogrammé sous diverses pressions, dont celle du cinéaste Raoul Peck, auteur du biopic sur Lumumba.

    Dans l’attente d’un hypothétique procès

    Peut-il y avoir mémoire sans justice ? La question se pose en ces termes en Belgique. Une commission d’enquête parlementaire, formée en 2000 après la parution du livre de Ludo de Witte, a reconnu la « responsabilité morale » du royaume dans le meurtre de Lumumba. « Ce qui élude toute responsabilité tangible, concrète, dont la reconnaissance aurait des conséquences énormes sur le plan financier et juridique », souligne l’historien.

    Au bout d’un an, la commission a bouclé ses travaux, sans qu’aucune de ses décisions ne soient ensuite appliquées : pas de fonds Lumumba, pas de financement pour stimuler les études d’archives sur la décolonisation, et encore moins de dédommagement à la famille. Pire : il a fallu attendre des révélations de la presse en janvier 2016 pour qu’il y ait une première perquisition. La fille de Gérard Soete, commissaire de police belge ayant œuvré au Congo, a montré à un journaliste du magazine néerlandophone Humo une dent de Patrice Lumumba, trophée rapporté par son père.

    Ces dépouilles se trouvent au palais de Justice de Bruxelles, et sont réclamées par des militants en RDC, et non par les autorités de Kinshasa. Une plainte a été déposée en 2011 par les enfants de Patrice Lumumba contre les 12 hommes encore en vie ayant trempé dans le meurtre de leur père. L’enquête, depuis, s’éternise. La plainte a été jugée recevable en 2012, mais nul ne sait si elle débouchera sur un procès.

    Réouverture attendue du Musée d’Afrique centrale

    Quant aux Afro-descendants et Africains de Bruxelles, ils attendent au tournant la réouverture en grande pompe du Musée royal d’Afrique centrale, à Tervuren, en banlieue de Bruxelles, prévue pour le 9 décembre prochain, après des années de fermeture pour travaux. Ils suivent déjà l’évènement à la loupe, pour être sûrs que seuls les murs n’aient été dépoussiérés mais aussi les esprits des commissaires d’exposition.

    Ce n’est pas très bon signe : l’artiste belge d’origine rwandaise Laura Nsengiyumva s’est vu refuser un projet « qui aurait rendu, pour une fois, la figure de Léopold II critiquable au sein du Musée ». Elle avait proposé sa version de la statue de Léopold II au Palais royal, raide et digne sur son cheval. Une réplique de glace et à taille humaine du roi, dont le piédestal lui serait passé par-dessus la tête pour se transformer en lampe chauffante.

    Au final, c’est l’Ecole Baron Steens, dans le quartier des Marolles, qui abritera son installation le 6 octobre prochain, dans le cadre de la Nuit blanche de Bruxelles. L’artiste fera donc descendre le roi de son piédestal, pour faire fondre doucement son effigie de glace. A l’image du « mythe colonial ».

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