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    Europe

    Allemagne: la Saxe, épicentre de l’extrême droite

    media Des manifestants d'extrême droite se rassemblent à Chemnitz, le 27 août 2018. REUTERS/Matthias Rietschel

    Chemnitz, dans l’est de l’Allemagne, est depuis plusieurs jours le cadre de rassemblements de l’extrême droite. Une nouvelle manifestation est de nouveau prévue ce samedi 1er septembre, à l'appel de l'AfD et du mouvement Pegida. Il ne s’agit toutefois pas d’un phénomène nouveau dans la région. Éclairage.

    Chemnitz est sous les feux des projecteurs, une soudaine célébrité dont la plupart de ses habitants se seraient bien passés. En effet, cette ville de la région de Saxe, dans l’est de l’Allemagne, est depuis près d’une semaine le cadre de manifestations d’extrême droite hostiles aux étrangers et la politique migratoire d’Angela Merkel.

    A la source de cette flambée de violence, un événement impliquant des réfugiés : le meurtre d’un Allemand de 35 ans, poignardé lors d’une rixe par un Irakien, selon les premiers éléments de l’enquête. Depuis ces faits du dimanche 26 août, des manifestations au cri de « Merkel muss weg » (« Merkel doit partir ») ont été organisées à Chemnitz, mais aussi à Dresde, rassemblant plusieurs centaines de personnes.

    La Saxe, un terreau pour l’extrême droite

    Ce Land situé à la frontière de la Pologne et de la République tchèque est toutefois un habitué des faits. Pour Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite, « il s’agit d’un phénomène assez ancien, qui date des années postérieures à la réunification ».

    Avant 1989, la Saxe faisait partie de la République démocratique d’Allemagne (RDA), un Etat communiste. « Après la chute du mur, le tissu économique de cette région industrielle s’est très rapidement délité ». Propulsée brutalement dans une société libérale avec un passage à l’économie de marché, « la partie la plus vulnérable de la population s’est retrouvée déboussolée ». Aujourd’hui encore, les régions de l’ex-RDA font partie des plus précaires d’Allemagne, « où la jeunesse a des perspectives de travail très faibles », poursuit le chercheur.

    Pour Emmanuel Droit, professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po Strasbourg, « le choc de 1989 a engendré une perte d’identité, qui s’est refermée sur l’Allemagne de l’Est. L'extrême droite a alors pu prospérer sur ce terrain ».

    Depuis la réunification, c’est en Saxe que l’extrême droite obtient ses meilleurs résultats électoraux. Les élections législatives de septembre 2017 avaient été un véritable séisme politique, puisque le parti AfD (Alternative pour l’Allemagne), anti-immigration et anti-Merkel, était devenu la première force régionale avec 27% des voix contre 12,6% au niveau national.

    Peu d’étrangers en Saxe

    Pourtant, la région compte très peu d’étrangers. Seulement 4,4%, contre 15% dans certaines régions de l’ouest. Pour Jean-Yves Camus, ce sentiment de défiance à l’égard des populations issues de l’immigration n’est pas lié au nombre de réfugiés sur place. Mais plutôt à une recherche de bouc émissaire et à une forte culture de l’extrême droite.

    Une notion qu’on retrouve dans d’autres pays d’Europe, affirme Emmanuel Droit. « C’est pareil en France, en Suède, en Pologne, en Russie… Les trajectoires nationales sont différentes mais le problème de la redéfinition de l’identité est commun ».

    La CDU fragilisée

    « Angela Merkel voulait faire sa rentrée politique sur d’autres thèmes, mais cette actualité va l’obliger à revenir sur sa décision de 2015 d’accueillir des réfugiés », analyse Emmanuel Droit. Une situation périlleuse pour la chancelière, qui avait déjà essuyé plusieurs revers en début d’année alors qu’elle tentait de fonder une coalition gouvernementale. Elle avait finalement réussi en février à trouver un accord de gouvernement entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates.

    Toutefois, la crise en Saxe « fragilise moins la coalition que la position d’Angela Merkel au sein de l’alliance chrétienne », analyse Emmanuel Droit. Alors que la droite radicale émerge dans la rue et dans les urnes, « certains membres de la CDU voudraient refermer la brèche en repositionnant la CDU plus à droite ».

    Les choses n’ont ainsi pas tardé à se corser un sein de la coalition, lorsque début juillet le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer avait menacé de démissionner en signe de protestation contre la politique d’asile de la chancelière.

    Alors que la mobilisation ne faiblit pas à Chemnitz, le mois d’octobre s’annonce compliqué pour la coalition gouvernementale. La Bavière - dirigée par la CSU, le pendant régional de la CDU – votera pour les législatives et il est très probable que l’AfD fasse son entrée au Parlement bavarois. « L’AfD se renforcera probablement à chaque élection locale et régionale », analyse Jean-Yves Camus, « et attire de plus en plus d’électeurs de la CDU ».

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